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  • Après Citroën et le fracas des carcasses métalliques sur la chaîne hypocrite qui nous la joue "encore un tour", nous les ouvriers on adore écouter du Bach, dépenaillés, en songeant à des mots que plus personne n'utilise et puis, bonnet vissé jusqu'aux oreilles, le nez au vent, les vapeurs de cambouis insinuées dans chaque épaisseur de coton, on court au cinoche pour regarder les autres sur l'écran, en songeant à l'amitié, aux illusions de jeunesse, à la bouffonnerie généralisée des rapports humains, et au maton du ferrage, le jeanjean chef d'équipe qui demain pourrait bien se retrouver une chignole dans la zébrure à réciter son cahier des charges, aux tuméfiés de l'aquarium aussi, les playmobils, chacun sa couleur, bleu et rouge, jaune et bleu, gris pour la maintenance, cravate pour la décadence de la promotion. On y songe et puis on franchit la ligne, les belles portes vitrées de la grande salle, ou le carré soigné de la Arts et essais, et là, silence, recueillement, plus question de bagnole, de fraiseuse ou de soudure à froid, on devient philosophe son petit bonnet tortillé entre les doigts, on se dit que ça a toujours été comme ça, qu'on s'en fout des miteux. Et qu'histoire de faire la peau aux idée reçues, on mangerait bien du polar, du film noir.

Vendredi 1 juillet 2005

Dieudonné est-il vraiment anti-breton, anti-sémite, anti-fatwa ? Est-il cet adepte de la négritude figé dans une posture de victime et qui s'en va chercher des boucs émissaires sionnistes comme on nous le décrit à longueur de pages , d'hebdo, de chroniques, de petits mots lâchés de-ci de-là sur les plateaux télés par des adeptes de la staritude et du parisiannisme bon ton.
Peut-on rire aujourd'hui malgré les tensions? Peut-on parler de la situation en Israël sans qu'on nous reserve en permanence les appartenances religieuses

Dieudonné est-il exempt d'ambiguités ? Si l'on regarde attentivement ses derniers spectacles : "Le divorce dePatrick" et ""Je m'excuse" il attaque frontalement toutes les religions, plus exactement leur sectarisme, leur virus si l'on peut dire qui finit tôt ou tard par les conduire à fabriquer de l'exclusion. Sa quasi obsession: le communautarisme est une plaie. La france qui se gargarise d'être la nation Universaliste n'a rien fait pour l'heure pour remédier aux discriminations.

Dieudonné critique la sacro-sainte posture française qui à toute question répond : révolution française monsieur, esprit des lumières. sans jamais préciser que la traite négrière a enrichi ce pays. Que la france n'a pas quoi qu'on en dise cesser son néo-colonialisme, quelques frémissements heureusement:  la situation s'améliore en Nouvelle-Calédonie. Flosse aurait a priori lâcher un peu de lest en Polynésie.
Voir à ce sujet le dossier Afrique de Rezo. net

Mais Dieudo reste confus dans ses provocations et la confusion ouvre des gouffres, laisse le champ libre à toutes les interprétations, à toutes les projections. Peut-être est-ce ce qu'il cherche...

par anton abo publié dans : Débats
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Mardi 31 mai 2005

" Où l’on attend. Le parloir est de ces étapes imposées pour ravitailler la cale, inonder les sens d’une nouveauté pressentie. Odeurs, froissements, frôlements de tissus rêches. Le cliquetis de serrures n’est déjà plus qu’une information parmi d’autres. Je tâche d’économiser chaque geste, scrutant l’hygiaphone comme seul horizon. L’hygiaphone qui me malaxe, m’entame, m’étrangle savamment. Non, ils ne croient pas que parler me soulagera, ils se fichent du soulagement, la croyance en la cérémonie seule suffit.

Le parloir est un lieu qui vous reçoit, hôte, juste le temps d’abreuver les terres en friche. Rien que la fine gouttelette, la maigre rainure que creuse l’eau à même le sol nu et sourd.

Celui qui vient, celui qui sollicite pourrait n’être qu’une ombre singeant la défense, un bourreau en villégiature. Il marque de sa présence en négatif l’endroit d’où devrait se manifester l’écho. Je l’observe vaguement, sans attentes particulières. Si l’envie me prenait de l’épier il tirerait le rideau. Quel profil admirable, cette belle prestance des certitudes entretenues, cette omnipotence qui s’affiche, presque palpable. A peine un visage, juste une insupportable causerie. Du bon côté, rênes en main, il interroge, griffonne, fait mine de savoir quand il est à cour d’inventions. Tout cela me blesse et m’indiffère. Quelle nouveauté suis-je en droit de réclamer ? Exiger peut-être pour que la farce soit complète que l’on fasse mine de me laisser sortir. Entrer, sortir, je ne sais plus bien à quoi tout cela correspond. Pousse t’on un homme au hasard sur une scène aussi nue ? Sous cet éclairage de néons faméliques ? Pour qu’on neutralise un homme à ce point il faut d’autres raisons, d’autres principes.

Je gesticule, cela va de soi, puisque le moindre de mes mots à peine libéré est jeté à bas, épousseté comme on le ferait de miettes sur une table. Sans les mots, comme un simple pantin spectateur d’un funeste jeu pratiqué sur sa dépouille.

L’enfermement pour une heure encore, pour la vie entière prolonge la peine.

Une seule fois accepter le jeu, accepter que l’on cloisonne ma parole, que l’on me dise où et quand je pourrais faire montre d’humanité, c’est le signe premier de la perte de ma condition d’homme.

« Faites là où on vous dit de faire ! Déféquez ! Mangez ! Parlez ! » il ne reste plus qu’un buisson d’actes conjugués à l’impératif. Il faut bien que le corps se purge, on ne parle plus pour être entendu, on ne parle plus d’ailleurs, on joue les naïfs ou les muets. Un juste assemblage d’organes, aussi catégoriquement soumis qu’un rat de laboratoire. Et le naïf laborantin fait jouer encore une fois sa clef dans la serrure. Retour à la cellule, à l’essentiel. Le loquet tourne comme par miracle, je reste assis, patiente la prochaine ronde. Et sous ma fesse glisse le monde."

L'observatoire international des prisons le rappelle, les prisons françaises sont douloureusement surchargées et source de bien des drames : suicide, agressions, maladies mentales. Le débat nécessaire concernant les prisons rebute tout le monde parce qu'une forme de "bon sens populaire" juge depuis toujours que les prisonniers, les "punis" méritent leur sort. La question ici n'est pas sur les peines mais sur les conditions d'incarcération, sur la dignité bafouée. Le très bon article de Stéphane Artéta dans le Nouvel Obs décrit parfaitement la situation en juin 2004, depuis rien n'a changé. Il convient de souligner que la situation dans les prisons françaises est un scandale complet. On juge une société à sa façon d'appliquer la loi, de protéger les faibles. Les lois élémentaires ne sont tout simplement pas respectées dans les prisons. Rappelons que les incarcérations de très longue durée ne représente qu'un infime pourcentage et que la vrai question au bout de tout celà est celle de la réinsertion. Comment se réinsérer quand on ressort broyé, fou ou définitivement associal du cloisonnement.
























par Anton Abo publié dans : Débats
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Samedi 7 mai 2005

De l’impérialisme en général et du tourisme en particulier.

Peut-être fallait-il un peu plus d'espoir pour que le fourmillement se fasse plus précis. La phrase seule et tournoyant dans le crâne comme une fièvre vient vous prendre. Peut-être jusqu’à ce jour je n’avais su poser mon âme à mes côtés pour lire un semblant de paix, la frénésie des transports, humeurs et véhicules, les départs toujours à différer, à réfléchir, la crainte de ne jamais parvenir à s’écarter des sentiers tracés, le dépit aussi de ne pas être seul au milieu de ce groupe, tout cela a concouru à faire des premières encablures du voyage une approche digne mais qui au fond, et cela je le souhaite plus que tout autre chose, n’annonce rien d’autre que le rêve à incarner, le défi des sens à relever. Revenir mieux armé car cette jeunesse que je me suis faite est encore par trop indolente, inaccoutumée aux rixes, pas plus que d’autres sans doute, mais ont-ils ces appétits d’envergure, ces regains de passion ?

Je suis né en un temps, en une fin de siècle où tous se disent blasés, où tout est contrefait, le voyage s’est « popularisé » et avec ce terme toute la fausse candeur, le vrai voyeurisme, l’absence d’innocence et l’étroitesse d’esprit se diffusent aux quatre coins de la planète. 1000 européens en partance ne feront pas le centième, ne verront pas une once de ce qu’un siècle plus avant un seul entrevoyait. Ils viennent, tout pétris d’arrogance, assurés déjà de ce qu’ils vont trouver puisqu’on daigne le leur servir sur un plateau, puisqu’on connaît le moindre des stimulus nécessaires à réveiller leurs appétits. D’aventure il ne reste que celle de la devise, bien de consommation courante, perversion complète et endémique qui fausse les rapports comme on gagne en brûlis sur une forêt vierge. Tout s’achète, tout se paye, tout se filme, s’enregistre et peu importe combien coûte le typique, peu importe que le touriste rougeoyant vole les photos, confortablement assis dans son cyclo, à hauteur de visage de ces femmes qui triment balancier à l’épaule dans un quartier miteux sans eau courante, peu importe, ça fera une super diapo, une preuve qu’on y était, et que les miséreux sont restés dans cette boue.

Dorénavant il faut non seulement une volonté de fer (comme toujours) pour triompher de l’anémie des esprits, se dégager de l’étau où l’on nous enserre, où l’on se laisse enserrer. Et ici en Sud-est rien n’est différent de la métropole, il faut résister sans cesse aux évidences que votre candeur inspire, aux poncifs que l’on vous serre, puisque la faune transie et conditionnée des touristes alentours a tout faussé. Là est la première lutte et elle est perte de temps : se démarquer des impies que les charters déversent par grappe, sur un sol déjà conquis dans leurs crânes. Mais que cherchent-ils alors s'ils n’ont plus rien à envier, à critiquer, à mordre ? S’ils ne sont qu’un tombereau d’évidences et de craintes. Ils ne cherchent rien, sinon l’anecdote, le croustillant, l’exotique à bon créneau. En bref tout ce qui nie la vertu et le sens noble. Ils sont un fléau bien plus inquiétant que le palu où la rage, parce qu’ils sont divisibles à foison, multipliables jusqu’à l’écoeurement. Une marée qui ne se fie à aucune lune, qui n’a comme horizon que le mur gris et sale de son absence d’envergure. Par pitié qu’on cesse d’exporter l’imbécillité même noyée sous les devises, c’est un cauchemar insupportable. L’obscure nécessité qui pousse à partir loin de chez soi ne supporte pas qu’on la rabaisse à ce point. Le mystère est allergique aux codes barres.

par abo publié dans : Débats
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