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  • Après Citroën et le fracas des carcasses métalliques sur la chaîne hypocrite qui nous la joue "encore un tour", nous les ouvriers on adore écouter du Bach, dépenaillés, en songeant à des mots que plus personne n'utilise et puis, bonnet vissé jusqu'aux oreilles, le nez au vent, les vapeurs de cambouis insinuées dans chaque épaisseur de coton, on court au cinoche pour regarder les autres sur l'écran, en songeant à l'amitié, aux illusions de jeunesse, à la bouffonnerie généralisée des rapports humains, et au maton du ferrage, le jeanjean chef d'équipe qui demain pourrait bien se retrouver une chignole dans la zébrure à réciter son cahier des charges, aux tuméfiés de l'aquarium aussi, les playmobils, chacun sa couleur, bleu et rouge, jaune et bleu, gris pour la maintenance, cravate pour la décadence de la promotion. On y songe et puis on franchit la ligne, les belles portes vitrées de la grande salle, ou le carré soigné de la Arts et essais, et là, silence, recueillement, plus question de bagnole, de fraiseuse ou de soudure à froid, on devient philosophe son petit bonnet tortillé entre les doigts, on se dit que ça a toujours été comme ça, qu'on s'en fout des miteux. Et qu'histoire de faire la peau aux idée reçues, on mangerait bien du polar, du film noir.

Vendredi 21 avril 2006












































El fernando ça n'est évidemment pas mon nom, c'est le blaze d'un républicain espagnol que j'ai croisé sur les bords du Drac il y a 10 ans de celà et qui nous a quitté depuis, EL, parce qu'unique. Il avait la noblesse des coeurs portés par un idéal, que la vie s'efforce de fracasser et qui tienne envers et contre tout. Fernando, Républicain espagnol pour les plus jeunes ça ne veut pas dire grand chose, pour les autres avec des souvenirs, la mélancolie et des fois une chanson de ferré qui tourne en boucle sous la caboche, c'est un rappel d'une sale période, sale époque ou les bruns préparaient le terrain pour bouffer l'Europe entière, et où l'idée de l'europe justement, quelques milliers l'avaient chevillée au corps jusqu'à partir se sacrifier en pleine guerre civile espagnole. Anglais, Français, Allemands, de partout, pleins de convictions et d'idéaux... Mais là je vois pas bien où je m'embarque... c'est assez curieux que ce film m'amène à parler de la guerre d'Espagne, alors qu'il en est à l'exact opposé, il ne parle pas d'engagement politique, de partisans... Et pourtant il y est question d'engagement, d'otage... Tzameti est terriblement actuel malgré le noir et blanc, un film sur la condition humaine peut-être ...13 Tzameti de Gela Babluani, c'est l'individu réduit à sa plus simple expression : la survie. Le héros, c'est un clandestin, pas un résistant non, plutôt un chien de combat, une image de l'engagement dans le milieu des paris clandestin, où l'on pèse sa vie en biftons, avec des macs entourant l'arène. Métaphore du monde moderne ? Ou des gladiateurs miteux attendent qu'un jeu du chronomètre en laisse quelques uns sur le tapis. Dans Tzameti, le hasard dicte sa loi à quelques joueurs, aux abois, n'ayant d'autres choix que de mettre leur existence dans la balance pour une poignée d'euros. Ce qui étonne c'est l'aspect vénal permanent, pas de joie, juste une excitation malsaine et blasé chez les parieurs, fonctionnaires de morgue, regardant les autres mourir pour eux, mais "on achève bien les chevaux".
Il y a bien le tableau de Goya, Chronos bouffant ses enfants. Une image de l'humanité cannibale, qui pour un amusement las en sacrifie quelques uns. Mais ça n'est peut-être pas ça. Sinon ça se saurait, est-on devenu cynique à ce point ? Qu'on longe la folie un film entier sans jamais y tomber, restant dans l'entre-deux avec une sensation étrange d'inachevé. Le héros entame un yoyage dont a priori on ne revient pas, c'est bancal, mal joué par instant. Mais ça n'a pas d'importance on sent qu'une énergie tient le tout, que la mise en scène, le Cinémascope, les gueules, le beau noir et blanc qui rappelle "le couteau dans l'eau" de Polanski, les lumières dans le cercle de mort nous pousse à croire qu'on est en enfer à cet instant, un enfer absurde, sans échappatoire. Ca n'est pas "Voyage au bout de l'enfer" de Cimino où le même jeu suicidaire de la roulette tenait Christopher Walken en lisière de la mort, déjà mort, dépendant à la pire des saloperies morbides. Non dans Tzameti les joueurs sont volontaires et non prisonniers d'une sale guerre, où peut-être cette guerre sourde, larvée, de la misère de l'existence, héros vomitifs qui se chassent, tête à tête sordides, compression du temps. C'est chacun pour sa gueule et rien après, pas le plus petit rayon de lumière, hormis peut-être les sourires de la mère et de la soeur du héros, dont la subsistance dépend de son sacrifice après tout. Ce film est réaliste au fond et c'est ce qui rend le malaise plus intense, et c'est une raison suffisante pour courir le voir dans les quelques salles restantes.medium_tzametoi.jpg


par abo publié dans : Chroniques
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Mardi 10 janvier 2006

lundi, 09 janvier 2006

En conclusion du film de G. Clooney "Good night and Good luck" il ya cette profession de foi du héros : Edward R. Murrow parvenu sans courber l'échine, mais au prix de sa carrière, à défier Macarthy. Il dit à peu prêt ceci : la télé peut enseigner, éclairer des millions de personnes, elle est un instrument qui peut inspirer aussi mais à condition que ce soit le fruit d'une volonté, si l'on veut qu'elle ne soit qu'un instrument de divertissement, d'amusement et de cloisonnement, elle le restera. C'est une question de complaisance, ceux qui affirment que personne ne regardera des programmes destinés à éclairer, à informer qu'ont-ils au juste à perdre à essayer ? Si certains n'affirment pas la volonté d'utiliser cet instrument suivant ces principes alors la télévision n'est pas autre chose qu'un meuble lumineux.
medium_the_wire.6.jpg
C'était en 1958, quelle différence avec notre télé de 2006 ? Non, nous ne sommes pas soumis à la chasse aux sorcières, passées les habituelles dynamiques, homme politiques-journaliste-recettes publicitaire-démagogie. La question d'une télévision riche, lucide et utile ne se pose apparemment plus qu'en terme de pourcentage, les chaînes privées peuvent faire ce qu'elles veulent puisqu'Arte et la Cinquième remplissent leurs rôles de télés intelligentes (sic). Toujours ce magnifique cloisonnement français, on ne peut pas tout faire, soit on distrait, soit on informe. Et que dire des journaux télévisé, qui s'emballent désormais sans recul, avec non plus la volonté d'informer clairement mais plutôt de soumettre les spectateurs à des stimulis émotionnels, qui après quelques jours s'avèreront être des informations non vérifiés, des rumeurs... pour exemple le "train de l'enfer du nouvel an." Très visuelle et choquante comme image mais information à peine étayée... juste de quoi donner du grain à moudre à quelques politiciens toujours sur la brêche et présentateurs en mal de sujet. Murrow ne parlait pas d'autre chose que d'intégrité, de conscience, mais nous dira t-on le cynisme emporte tout à la longue, l'énergie des jeunes journalistes volontaires que l'on usera comme on use les scénaristes, et réalisateurs motivés, porteurs de sujets intéressant mais pas "vendables", hors du créneau, "trop", entendez : trop vrai, trop en avance, trop moraux quand les gens veulent qu'on les délasse le soir et non qu'on leur administre une énième prise de conscience. La télé prozac contre la télé lucide, le choix n'a pourtant rien de cornélien, mais dans notre beau pays, on dira toujours que les gens ne sont pas prêts, parce qu'on l'a décidé d'avance...
Si vous tendez l'oreille, à la radio, à la télé, dans la rue, au bureau, à l'usine, vous entendrez les beaux parleurs, les causeurs avec un avis sur tout, des spécialistes ouvrant des débats, tournant des pages. El Fernando a depuis longtemps décidé de n'être spécialisé en rien, sinon en vie intra-utérine 8 mois d'emblée, puis une trentaine d'années et quelque en vie intra-citadine, sirotant un petit biberon de réalisme acidulé quand amoureux des polars je dois subir les bluettes françaises décrivant la vie du commissariat flambant neuf de la PJ St Martin, aussi proche de la réalité qu'un épisode de Madame est servie le serait de votre vie familiale. Subir aussi les sagas de l'été, réunissant des millions de gogos autour d'un Dolmen de studio qui a tout d'un Menhir et qui nous solde une Bretagne en cirée jaune et intrigue à la "club des cinqs" j'ai mal à ma télé comme disait De Gaulle, main sur le coeur et téléphone à l'esgourde pour dicter sa vision des choses à l'ORTF. Les choses ont elles changées ? Evidemment c'est mieux qu'en Italie où la totalité des chaînes est entre les mains d'un seul homme, mais chez nous c'est l'autocensure qui prime, la guerre préventive faite à l'intelligence des téléspectateurs conduit à l'écoulement régulier d'un bouillon immonde, d'une tambouille à laquelle Arte par à coups parvient à donner un peu de goût. Les fictions françaises c'est un fait et pas seulement policières, nagent dans le bonheur et le débile, les instits sont des Mac gyver, les flics des clones balladurisés d'un Roger Hanin qui s'essoufle, les brocanteurs sont psychologues et en fait de fictions on nous solde un téléthon des familles, qui fait oublié au quidam son petit quotidien délavé dans un jus de chausette en 52 minutes. Vent discret de la fiction ampoulée où le carrément foutraque et magique avec Mimmie matty en mère Térésa invisible côtoient les reconstitutions en costumes à faire mal aux yeux. Seules entorses à ce sérialement correct : "Engrenages" sur canal et "Clara Sheller" puis retour aux remake et à l'utilisation de quelques scénaristes qui ont fait leurs preuves : les Maupassant, Alexandre Dumas et autres. A l'opposé les maudits ricains ont depuis longtemps saisi le potentiel du format télé, de la liberté qu'elle offre, de l'espace pour développer des histoires, faire grandir des personnages et amener la réflexion chez le télespectateur. medium_engrenages.jpgOn se plaint de notre télé en France parce qu'elle est uniforme, s'autocensure, se diperse dans le vulgaire et d'inutiles chroniques nombrilistes, le parisianisme tounant à vide, notre télé ne nous ressemble pas et pourtant quel outil ! Quel potentiel ! A quand une télé comme HBO aux états-unis qui développe des projets comme "Oz" ou "The Wire" en réunissant les meilleurs des scénaristes, des acteurs, des producteurs avisés, écrivains informés. Société civile au travail, penché sur sa réalité et analysant les faits sans fards, sans collusion, dénonciation réaliste au fond. Et il faudrait ajouter "The shield".
A quand une série reprenant en France les affaires de corruption des politiques, les liens coupables de la presse et des pontes du pouvoir depuis plus de trente ans, le tout en nous décrivant la réalité de la rue, des trimards, des gens qui se bougent ailleurs que sur les marchés typiques ou l'île aux enfants. Ni la télé , ni le ciné en France , à quelques exceptions (Les mauvais joueurs, 36 quai des orfèvres, Sur mes lèvres, le petit lieutenant...) ne se penche avec lucidité sur les réalités de tous les jours, des Pialat, Sautet, Beauvois... la télé américaine en a des équivalents prestigieux. Quand des noms comme ceux de David Simon, Edward Burns, chroniqueur pour la section criminelle du Sun et inspecteur de police. Dennis Lehane auteur de "Mystic River", George Pelecanos, auteur de polars et producteur des frères Coen dans les années 80 se penchent sur le berceau , nul doute que le bébé sera beau et digne de ses pères spirituels, imprégné de réalisme, à un point rarement atteint, comme le souligne ce site d'afficionados francophones de la première heure : The Wire - France.
Si la seule qualité de la série se limitait au réalisme celà finirait par ne mener nulle part, mais non les intrigues, les personnages, leurs faiblesse, leurs ambitions, leur ennui tout celà nous attache irrémédiablement à une poésie noire des jours de boulot. Prolos et notables. Au turbin les flics, les dealers, les dockers, les politicards, toutes les ruches bourdonnent et ce que le travail produit c'est en permanence du pognon, de la destruction, des solitudes citadines, alcool, prostitution, hypocrisie... des toxs qui s'en sortent, des flics qui plongent, des dealers qui voudraient rêver d'autre chose, des prédateurs... on retrouve le fond du fond de toutes nos sociétés. C'est Bukowski sur les docks. Avec pour la saison 3 un parfum de Western urbain en plus, quand un major de police, sans prévenir sa hiérarchie décide de nettoyer la ville de ses dealers en légalisant le deal sur des petites zones, édifiante démonstration alors du cynisme des politiciens, attachés à leur sondage, gouvernant non pour l'intérêt de la communauté mais dans un pur souci de préservation personnel, et d'ambition. C'est toute la politique des minorités, politique sécuritaire, l'absence de l'état américain sur le terrain social qui est illustré. Sale boulot laissé aux flics et au juges sans rien de concret du côté de la prévention. Ca ne vous rappelle rien ? La saison 4 sera consacré à l'éducation, sujet particulièrement d'actualité ici aussi, répression, éducation, et si tout celà restait quoi qu'il arrive une question de business ?medium_posterart_mcnulty.2.jpg
Saisons 1 et 2 en coffret DVD
par abo publié dans : Chroniques
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Mercredi 7 septembre 2005


medium_madadayo.jpg A Tokyo en 1943 le professeur Hyakken Uchida prend sa retraite de l'université pour se consacrer à l'écriture. Le vieux libertaire, ses disciples, sa femme dévouée, son chat, donnent à Kurosawa l'occasion de signer son film le plus léger, une forme de testament, d'ode à la vie. Philosophe de l'ironie dans une période de guerre, le maître toujours vénéré fait face à l'adversité, à la perte de sa maison, retranché sur l'essentiel, ceux qui l'aiment, une pensée acerbe, les vers de quelques poètes célébrant la nature. La disparition de son chat va seule le jeter dans un affreux désespoir. Mais encore et toujours avec tendresse Kurosawa dépeint le maître vieillissant dont on célèbre l'anniversaire en grand comité chaque année, occasion de s'entendre demander, "mahda-kai", que l'on traduira par un "étes-vous prêt ?" assez proche du "loup y es-tu ?" des jeux de cache-cache, auquel le maître répond inlassablement "Madadayo" "non, pas encore", ce "pas encore" du grand gamin qui refuse de vieillir et de cèder face à la mort qui patiente au bout du chemin. En temps de guerre et de perdition générale, alors que l'humiliation de la défaite et de l'occupation est à la mesure de la démesure faciste du japon expansionniste, le vieux professeur symbolise ce Japon de la constance, dans la simplicité et l'innocence, loin des parti pris, c'est cette même émotion que dans "Rhapsodie en Août" qui explorait la question de la culpabilité et du pardon entre les 2 ennemis d'hier japonais et américain. Ce film fut le dernier d'Akira Kurosawa, ultime pied de nez et petit joyau de légèreté. Cette année un autre film est venu pour confirmer que la veine aérienne nipponne n'était pas close, loin de là. The taste of tea d'Ishii Katsuhito est à l'image de ces maisons japonaises à l'ancienne, une succession de grandes pièces nues ouvertes sur le dehors. Et dans l'intimité d'une famille de joyeux allumés, entre lenteur et poésie permanente, la mère créant ses mangas, le père et l'hypnose, l'adolescent et ses amours progressifs, on s'attache au vieux pépé totalement déjanté, et à la petite dernière s'essayant à la métaphysique face à son double envahissant. medium_16389436149a2a5fcba0badec013bc57.jpg El Fernando ne s'étalera pas, parce que d'autre ont déjà parlé (et très bien) de ce petit chef d'oeuvre. Tout ce qu'il y aurait à en dire c'est que pour la première fois comme dans l'espace d'un haïku ramassé, un film ouvre une brèche sur la magie de la création elle même, et si on pouvait craindre que toute cette alliance hétéroclite, d'univers, de mondes intérieurs, de folie douce fasse "fondre le cerveau", c'est au final une aussi belle leçon qui nous est donné que celle du vieux maitre de Madadayo, une ode à la liberté traité par le composite, les effets spéciaux, la musique, les mangas, la danse, toutes ces formes qui finissent par s'allier parfaitement et former un tout cohérent et unique. Comme il en est de cette famille dans cette maison ouverte, alliance improbable de personnalités pleines et complexes sous le regard du doyen à l'oeil aiguisé. De la pudeur, de l'excès, bref de quoi nous tenir sans climax, sans manipulation scénaristique. S'il vous arrive de vous figer des heures face à une toile de Van Gogh ce film vous tiendra longtemps.

Mahda kaï ?

 
par anton abo publié dans : Chroniques
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Lundi 4 juillet 2005

 



Personne n’aurait parié sur moi, personne ne parie sur l’invisible en fait, ni sur l’inachevé.

Et pourtant c’est exactement ce qu’il conviendrait de faire, s’éveiller à ce qui est en germe, ne pas juger simplement d’un coup d’œil, ne pas flatter ce qui déjà est achevé, celui qui a trouvé son rythme, son chemin, sa verve. Non, il faut s’arrêter sur les médiocres, les étouffés, les introvertis. Ceux qui se cherchent encore, tâtonnent. Ceux qui par leur discrétion savent se rendre plus visible en un sens. C’est probablement en s’effaçant qu’on va vers la reconnaissance. C’est le plus sûrement une forme désaxée de patience. Mais les blogs ont le temps devant eux.

 

par anton abo publié dans : Chroniques
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Mardi 28 juin 2005

L'écran d'El Fernando
Votre serviteur est de ceux qui ne prennent jamais de vacances, ou si peu, une petite expédition sur zone industrielle de temps en temps, une baignade dans une carrière inondée, une visite au camp militaire de Coëtquidam entre les fausses baraques de béton, les cibles géantes et les ballets des Rafales sur la forêt de Paimpont, ça fait mon bonheur. Quelques heure de base-ball avec mes potes aussi, manière de justifier mon surnom d'el toro et puis retour aux écrans géants, pop corn dans les allées, Suzy la guichetière délicieuse, pommettes hautes, grands yeux calmes, et gestes brouillons quand elle rend la monnaie, (sûrement mon charme latin). J'ai prévenu Suzy, elle me verra beaucoup, je vais squatter la feutrine des fauteuils tout l'été. Et pour commencer "Joyeux noël" de Christian Carion, [ça me rappelle un 15 aôut caniculaire où j'étais aller voir "La bûche" moins cher qu'un cône et même fraîcheur de vivre] un film sur la fraternisation dans les tranchées en 1916, entre allemands, anglais, français, une belle oeuvre européenne pour célébrer l'apaisement d'un continent déchiré durant des siècles. Adepte du coq à l'âne depuis un séjour marocain aux cascades d'ouzoud, (mais ça fera l'objet d'une explication prochaine) je n'ai pu m'empêcher en pleine projection de me souvenir de cet autre film : JSA, autrement plus intense et habité et traitant du même sujet humaniste: la fraternisation en temps de guerre, au-dessus des impératifs nationaux, idéologiques, le quotidien, le ressac de la petite humanité qui oublie les armes et la connerie de l'affrontement. La simplicité en un sens qui tente de se frayer un chemin au grand jour. Dans JSA, film de Park Chan Wok qui réalisera 4 ans plus tard "Old Boy", c'est d'un autre pays dont il est question, où les tranchées n'ont guère été comblées en 50 ans. "La division contemporaine de la Corée remonte aux suites de l'occupation japonaise commencée à partir de 1905. À la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, la Corée a été divisée en deux zones par les puissances mondiales, les États-Unis et l'URSS. En 1948, le Sud et le Nord se constituaient chacun en un État indépendant, un Nord communiste, et un Sud sous influence étatsunienne. En juin 1950, la Guerre de Corée commençait. Le Sud était soutenu par les États-Unis, le Nord par la Chine. L'accord de cessez-le-feu de Panmunjeom, signé en 1953, a mis fin aux combats mais pas à la guerre, qui n'est, en 2004, toujours pas officiellement terminée. La péninsule de Corée est divisée par une zone démilitarisée (DMZ) aux alentours du 38e parallèle. C'est la zone la plus militarisée du monde." Source : Wikipédia
La Corée, où la guerre de tranchées la plus longue de l'histoire, de part et d'autre de la frontière la plus explosive au monde. Les militaires du nord, obéissant à un régime dictatorial, qui fut communiste avant d'être stalinien, où les famines se succèdent à l'abri derrière un rideau de fer, pas d'images, à part peut-être de temps à autres les retours au compte goutte dans le sud de quelques membres d'une famille déchirée, les militaires du sud et la guerre froide entretenue, la course au nucléaire, le chaud et le froid. C'est une dialectique de la violence entre nations jumelles, un corps fendu en deux dont les membres s'afrontent à l'infini. Le cinéma Coréen est de qualité, de grande qualité même, on en a la certitude depuis les années 80, et le récent déferlement de films de genre, de sabre (Bichumoo) et policier (memories of murder), mangas (Wonderful days) et kimkiduckerie (Samaria , locataires) confirme le constat. Im kwon taek, réalisateur prolixe d'une centaine de film avait montré la voie, "Les monts taebek" surtout détaillait les basculements d'un village situé sur le 38 ème parallèle et passant successivement du Nord au Sud. Le Mont Taebek considéré comme la montagne mère du pays, un endroit de beauté et de tolérance, à voir ce lieu déchiré, ces familles imploser, ces individus forcés de choisir entre deux feux, et c'est toute l'âme coréenne qui s'explique : cet omniprésence de la violence et de l'absurde. Ces 20 dernières années le cinéma coréen a mûri, ses cinéastes ont digéré lé culture us et travaillent sur cette séparation et ses effets dévastateurs. Pour l'histoire la Joint security Area c'est la zone tampon, le no man's land de la séparation, où surveillent inlassablement les vigies en uniforme. Risquant de mettre le feu au poudre un double meurtre en pleine casemate des gardes communistes va forcer tout ce petit monde à enquêter. Pour l'intrigue évidemment je ne dirais rien, mais il faut souligner que si le film s'entame assez classiquement comme un "whodunit" (Kikatué?) de plus. Les flash back vont se charger de nous attacher lentement aux personnages, on retrouve Song Kang-Ho déjà vu en détective roublard dans "Memories of murder" et sa gueule fatiguée personnalise pleinement une Corée lasse de reconduire le malaise, jour après jour, il est celui qui a voyagé, qui dans un pays fonctionnant en autarcie sait qu'il existe d'autre modèles. En face il y a le jeune soldat du sud, avec un sens de l'honneur et une bonne dose d'idéalisme. Tout soldat surpris en train de parler avec l'ennemi est fusillé, ceci dit, il reste des tas d'autres moyens de communiquer autrement que par les mots. Il y a la bouffonnerie, la chasse au lapin, la musique... et comme dans le plan de fin on devine derrière les postures, le sérieux des uniformes que ces déguisements ne tiendront plus longtemps, on l'espère en tout cas. Mais "la grande muette" en kaki n'aime guère les histoire qui finissent bien.

par abo publié dans : Chroniques
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Mardi 29 mars 2005

MENU DU MONDE APRES LE 11 SEPTEMBRE

Ce qui marque en général le début d'une histoire, c'est une alerte, un hérissement pileux, soudain, évident... La syntaxe suspendue prépare son achèvement à même la page blanche. Ils ont parlé d'agents dormants, mais peuvent-ils seulement s'imaginer que les deux tiers de la planète méritent cette même qualification d'agents dormants, de taupes en attente ? Ayant depuis toujours accepté d'être patient, de laisser le destin se jouer de nous. Jusqu'au jour où certains lassés d'espérer une vie meilleure, un monde différent, une Europe sociale, une reconnaissance etc. auront baissé les bras, lâcher du lest pour regarder au fond de leur verre, ou vrillé sans même y prendre garde passant de la frustration, de la révolte à la violence aiguillée, domptés par des pragmatiques, des adeptes de la réponse toute faite, du monde lisse comme un crâne de tortue. Ils n'y a pas d'agents dormants il y a des millions de personnes anesthésiés, jurant qu'on ne les y reprendra plus, que les prochaines élections changeront la donne. mais la machine politique posséde un impressionnant système digestif. Et certains mots comme celui de révolution sont devenus tabous, on leur préfère désormais le développement durable, pourtant on parlait de révolution permanente...

Pour l'heure c'est le matin. Les flèches évidentes iront de l'avant perforant les poumons d'acier. C'est le matin et l'avion s'échappe de la piste dans l'épaisseur du fuel en voile, dans les odeurs de caoutchouc chauffé. Larry pilote de son état ne répond rien aux questions en rafale de Diego, il sait d'expérience qu'aucune réponse ne calmera les nerfs du bleu. Le jeune est aussi excité qu'hier au départ de Denver. Le grand Larry fait celui qui n'entend pas. Il pense à sa petite dernière, à la sale nuit qu'il a passé, sur le pied de guerre, la môme dans les bras, des heures à tourner dans le grand appartement, attendant que les pleurs tarissent, attendant de dormir une heure ou deux. Il lui faut se passer de café. Ses doigts varappent délicatement sur le dénivelé du tableau de bord. Le bleu vient de contacter la tour, ça il le fait plutôt bien. Larry ne se souviendra plus, pour se souvenir il faut vivre. Non plus jamais ne lui reviendraient ces sensations confuses, cette hésitation au moment de préchauffe de l'appareil. Une curieuse atmosphère venait d'envelopper tout le cockpit. Scrutant la piste d'un air las il se contenta de retenir son souffle quelques secondes, comme pour chasser ce silence inhabituel, ce silence et les ronds des petits véhicules sur la piste. Dans moins d'une heure ils seraient morts.

Les hôtesses en démonstration, gainées de leur petits tailleurs bleus regardent dans le vide entre les sièges, enfilent les gilets de sauvetage avec des gestes d'automates, la lenteur d'un ballet khmer. L'avion n'est pas plein, ce mardi matin manque d'entrain. Quelques hommes pourtant, cinq au total, sont aussi concentrés qu'un bouquet de crevettes s'apprêtant à quitter leur petite mare.

Et s'il nous plait de ne raconter que le début c'est que nous connaissons tous la fin de l'histoire. Egorgés, pulvérisés, puis brûlés avant de finir projetés de plusieurs centaines de mètres à la verticale. Laissez mijoter quelques semaines vous obtiendrez à partir d'un formidable effet papillon la mort de plusieurs milliers de civils à quelques milliers de kilomètres de là. c'est tous les 10 ans et c'est aujourd'hui. Qui a dit que notre génération n'aurait pas sa guerre ?
Nous les aurons toutes.                   


 

 

 

 

par anton abo publié dans : Chroniques
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Lundi 28 mars 2005

La rupture et l'extrême 

Port-blanc Quiberonjour sans

Nous avions déception permanente pour patrie d'envergure, mauvais vers pour tisser des abris de fortune, sinistre clown chaque matin, mémoire difforme, implacable sénors en grappe, pays de vieux sans écorces, juste bon à laisser filer ce qu'ils s'étaient construits. Non, nous n'avions pas la fièvre, le désir lentement qui s'élève, le divers, la chute impitoyable. C'est Icare aussi qui louvoie sous les nuages, derrière la barre trimer, glisser, faire enjeu de patience d'une simple levée d'eau. De la crête blanche, rosée, paquet d'eau qui vous noie et vous libère un jour, lessivé, heureux. Qu'est-ce que l'extrême ? C'est derrière chaque sensation une attente, un enjeu de patience, une vigilance pour comprendre ce paquet d'eau qui s'amène et indique déjà en sous-main ce qui le distingue d'un toit du monde. On est là, pieds congelés, la crampe qui guette, et d'un bond on est Moïse, aérien, mu par l'élan, tenu par des tonnes de rouleaux qui n'attendent que de s'écraser.

(àsuivre)

par anton abo publié dans : Chroniques
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