W3C

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0

___________

 

 

               kinékiffé

  • A bittersweet life
  • A bittersweet life
  • Breaking news
  • Breaking news
  • Crying fist
  • Crying fist
  • J'irai au paradis car l'enfer est içi
  • J'irai au paradis car l'enfer est içi
  • La 25éme heure
  • La 25éme heure
  • la sociologie est un sport de combat
  • la sociologie est un sport de combat
  • Le cauchemar de Darwin
  • Le cauchemar de Darwin
  • Le couperet
  • Le couperet
  • Le petit Lieutenant
  • Le petit Lieutenant
  • les mauvais joueurs
  • les mauvais joueurs
  • Max
  • Max
  • Memories of murder
  • Memories of murder
  • Running on karma
  • Running on karma
  • Syriana
  • Syriana








  • Après Citroën et le fracas des carcasses métalliques sur la chaîne hypocrite qui nous la joue "encore un tour", nous les ouvriers on adore écouter du Bach, dépenaillés, en songeant à des mots que plus personne n'utilise et puis, bonnet vissé jusqu'aux oreilles, le nez au vent, les vapeurs de cambouis insinuées dans chaque épaisseur de coton, on court au cinoche pour regarder les autres sur l'écran, en songeant à l'amitié, aux illusions de jeunesse, à la bouffonnerie généralisée des rapports humains, et au maton du ferrage, le jeanjean chef d'équipe qui demain pourrait bien se retrouver une chignole dans la zébrure à réciter son cahier des charges, aux tuméfiés de l'aquarium aussi, les playmobils, chacun sa couleur, bleu et rouge, jaune et bleu, gris pour la maintenance, cravate pour la décadence de la promotion. On y songe et puis on franchit la ligne, les belles portes vitrées de la grande salle, ou le carré soigné de la Arts et essais, et là, silence, recueillement, plus question de bagnole, de fraiseuse ou de soudure à froid, on devient philosophe son petit bonnet tortillé entre les doigts, on se dit que ça a toujours été comme ça, qu'on s'en fout des miteux. Et qu'histoire de faire la peau aux idée reçues, on mangerait bien du polar, du film noir.

Mercredi 12 octobre 2005
medium_the_machinist.4.jpg

 

"Ce livre n'est pas seulement une insomnie, c'est aussi un voyage. L'insomnie appartient à qui a écrit le livre, le voyage à qui l'a fait." Antonio Tabucchi.
Je me suis verouillé à une machine expresso pour expérimenter l'insomnie sur plusieurs semaines. A quoi bon, me direz-vous ? A quoi bon mettre à mal un si précieux équilibre de veille et repos qui jusqu'alors me gardait pied vif et oeil alerte. A quoi bon des litres de café pour des pupilles en dilatation permanente, un esprit s'embrumant à mesure que je m'excite au clavier, peut-être pour les déphasages à la mesure du surprenant quotidien... C'est la vision de "The machinist" de Brad Anderson qui m'a jeté dans ces travers expérimentaux, dont je suis coutumier ( souvenirs de peyotl à la vision de "Blueberry" et "La forêt d'émeraude", Pastaga pour la rétrospective Jean-Marie Poiré à Sète et autre Marijeanne pour "Country man") Session 9 son précédent film approchait la question de la schizophrénie sur le versant homicide sanglant dans un ancien hopital psychiatrique désaffecté, flippant mais assez prévisible et brouillon. "The machinist" creuse le sillon du trouble de la personnalité avec un Christian Bale, habité par son rôle et qui au delà de la performance physique, parvient à vaciller à l'infini, maigre comme la mort, ouvrier en voie de disparition accroché au fil de ses souvenirs par quelques post-it sur un frigo. Hagard, regard vide, il erre sans but, juste la paranoîa pour tenir. Il est cette machine à vivre dont la conscience semble s'en être allé avec les derniers réflexes élémentaires de survie. Il ne dort plus, la frontière entre lui et le monde tient dans l'épaisseur d'un papier à cigarette, mais il est loin d'avoir la force de déchirer ce voile qui dissimule l'essentiel. Le sujet est creusé, lentement, surement, jusqu'au malaise. L'insomnie n'est peut-être qu'un symptôme alors, ou la chance d'ouvrir un autre champ de perception. "Fight club" de David Fincher d'après le roman de Palaniuk s'entame sur la même constatation, le héros ne dort plus, et comme Alice il traverse le miroir, "Fight Club" n'est pas un fim de résistance altermondialiste où une bande de nihilistes mettraient à bas la société de consommation et ses vitrines, comme pour "The machinist" c'est la mise en scène réelle d'une guérison à l'oeuvre, le machiniste va jusqu'à se réduire à l'essentiel, réduire son monde en peau de chagrin, devenir une enveloppe pour atteindre à l'essentiel, à la réponse. Tyler Durden, lui, détruit en lui, autour de lui, jusqu'à ce que la chute de ce monde, de ces tours sur l'échiquier change la donne du schéma où il est enfermé et l'amène à renaître du chaos qu'il aura crée. Guérison à l'oeuvre, lutte en chantier à l'intérieur d'un être, la figure du double est l'une des plus mythique de l'humanité, elle fascine et effraie à l'extrême, c'est en quelques sorte l'ABC de l'étrangeté cette image d'un double, Faust, le Horla, les frères Bogdanov, rien au fond n'est plus frappant visuellement que l'Autre héros, le Mister Hyde du docteur Jeckyll, le Gainsbarre du Gainsbourg a condition que le traitement qui en est fait ne soit pas purement manichéen.
Mais si la figure du double en cinéma continue d'être utilisée sur son versant psycho-pathologique dans une production contemporaine anglo-saxonne détaillant nos sociétés schizos, bousculées où des individus en perdition, s'inventent des repères tangents. Le double ouvre aussi au politique et au spirituel, "Mr Klein" de Joseph Losey et "Nocturne Indien" d'Alain Corneau sont encore à la lisière de l'insomnie et du dédoublement énigmatique. Dans "Mr Klein" c'est un grain de sable dans la machine qui va tout bouleverser, un journal reçu à la mauvaise adresse pour mettre un doigt dans la mécanique bien huilée de la collaboration et des rafles. Mr Klein, comme un héros de Kafka pose des questions bien plus vastes que son petit destin de bourgeois contraint à s'impliquer ne pourrait le laisser croire. Cet autre Mr Klein que tout le monde semble poursuivre, cet homme pourchassé, en danger permanent finira par offrir un destin à son double, ce Mr tout le monde qui délaisse ses attributs de lâcheté et d'immobilisme, sacrifiera son petit instint de conservation pour aller jusqu'au sacrifice et la déportation. C'est la question de la responsabilité anonyme qu'interroge Losey. Chacun préservant son petit "quant à soi" laisse faire, fait mine de ne pas remarquer les rafles, la disparition d'un voisin, d'un collègue. Delon, impeccable en Klein, finit par se laisser prendre par le courant, pour se fondre dans ce tout indistinct des déportés et leur donner un visage. Je suis cet autre, je suis mon double.

Idem, pour "Nocturne Indien" adaptation du roman éponyme de Tabucchi où un homme parti à la recherche d'un ami disparu en Inde finit par se trouver lui même au bout d'un lent voyage halluciné. Corneau parvient grâce à une grande maîtrise à maintenir le rythme lent du livre, sorte de récit de voyage qui n'en serait pas un. Puissance évocatrice, étrangeté, ce qui importe dans cette quête d'un ami hypothétique, en de nombreux point semblable au narrateur, c'est que le héros, J.H Anglade, semble lui même transparent, d'une fadeur taoiste, parfait voyageur dès lors pour souligner la dureté et l'étrangeté des lieux qu'il traverse. Jeu de piste spirituel entre un homme et son double dérobé. Où on se demande qui au fond s'est vraiment perdu. "... Ne crois pas. Ne cherche pas. Tout est occulte." Fernando Pessoa, maître des personnalités multiples est évoqué et Tabucchi qui en est un grand lecteur dans la droite ligne de ces quelques mots interroge au fond le processus de l'écriture, de création lui même. Qui écrit ? Qui filme ? la véritable intrigue est là dans ce questionnement inutile. On ne pourra jamais qu'évoquer la figure du double, elle est avant tout une ouverture sur la question de l'être, question hautement spirituelle de l'ordre du "Qui sommes-nous ? Ou allons-nous ? Vous reprendrez un café ?" à laquelle l'humanité s'efforce de répondre manière comme une autre de passer le temps qu'il lui reste.
par abo publié dans : mandjaro.le-journal
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Retour à la page d'accueil

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Trackbacks

Aucun trackback pour cet article

.


Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons

Calendrier

Septembre 2008
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30          
<< < > >>

Au suivant

Cliquez ici pour recommander ce blog

Recherche

Album photos

Blog : Weblogs sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus