
kinékiffé
De limpérialisme en général et du tourisme en particulier.

Peut-être fallait-il un peu plus d'espoir pour que le fourmillement se fasse plus précis. La phrase seule et tournoyant dans le crâne comme une fièvre vient vous prendre. Peut-être jusquà ce jour je navais su poser mon âme à mes côtés pour lire un semblant de paix, la frénésie des transports, humeurs et véhicules, les départs toujours à différer, à réfléchir, la crainte de ne jamais parvenir à sécarter des sentiers tracés, le dépit aussi de ne pas être seul au milieu de ce groupe, tout cela a concouru à faire des premières encablures du voyage une approche digne mais qui au fond, et cela je le souhaite plus que tout autre chose, nannonce rien dautre que le rêve à incarner, le défi des sens à relever. Revenir mieux armé car cette jeunesse que je me suis faite est encore par trop indolente, inaccoutumée aux rixes, pas plus que dautres sans doute, mais ont-ils ces appétits denvergure, ces regains de passion ?
Je suis né en un temps, en une fin de siècle où tous se disent blasés, où tout est contrefait, le voyage sest « popularisé » et avec ce terme toute la fausse candeur, le vrai voyeurisme, labsence dinnocence et létroitesse desprit se diffusent aux quatre coins de la planète. 1000 européens en partance ne feront pas le centième, ne verront pas une once de ce quun siècle plus avant un seul entrevoyait. Ils viennent, tout pétris darrogance, assurés déjà de ce quils vont trouver puisquon daigne le leur servir sur un plateau, puisquon connaît le moindre des stimulus nécessaires à réveiller leurs appétits. Daventure il ne reste que celle de la devise, bien de consommation courante, perversion complète et endémique qui fausse les rapports comme on gagne en brûlis sur une forêt vierge. Tout sachète, tout se paye, tout se filme, senregistre et peu importe combien coûte le typique, peu importe que le touriste rougeoyant vole les photos, confortablement assis dans son cyclo, à hauteur de visage de ces femmes qui triment balancier à lépaule dans un quartier miteux sans eau courante, peu importe, ça fera une super diapo, une preuve quon y était, et que les miséreux sont restés dans cette boue.
Dorénavant il faut non seulement une volonté de fer (comme toujours) pour triompher de lanémie des esprits, se dégager de létau où lon nous enserre, où lon se laisse enserrer. Et ici en Sud-est rien nest différent de la métropole, il faut résister sans cesse aux évidences que votre candeur inspire, aux poncifs que lon vous serre, puisque la faune transie et conditionnée des touristes alentours a tout faussé. Là est la première lutte et elle est perte de temps : se démarquer des impies que les charters déversent par grappe, sur un sol déjà conquis dans leurs crânes. Mais que cherchent-ils alors s'ils nont plus rien à envier, à critiquer, à mordre ? Sils ne sont quun tombereau dévidences et de craintes. Ils ne cherchent rien, sinon lanecdote, le croustillant, lexotique à bon créneau. En bref tout ce qui nie la vertu et le sens noble. Ils sont un fléau bien plus inquiétant que le palu où la rage, parce quils sont divisibles à foison, multipliables jusquà lécoeurement. Une marée qui ne se fie à aucune lune, qui na comme horizon que le mur gris et sale de son absence denvergure. Par pitié quon cesse dexporter limbécillité même noyée sous les devises, cest un cauchemar insupportable. Lobscure nécessité qui pousse à partir loin de chez soi ne supporte pas quon la rabaisse à ce point. Le mystère est allergique aux codes barres.
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