
kinékiffé
Charlie hebdo DES INDIENS AU VATICAN
Cétait en 1979, une énigme apostolique et romaine allait bouleverser mon petit monde. Je faisais sans le savoir parti de la dernière brouette des baptisés de la région, la crise de 1973 effacerait bientôt toute foi en la religion dans les coeurs des bretons de l'intérieur. On allait retirer le crucifix graisseux du dessus de la cheminée, s'étioleraient comme neige au soleil les dragées de baptême qui faisaient ma joie
Il me faudrait de fait attendre l'année de mes huit ans pour vibrer de nouveau à l'unisson des adorateurs du grand dieu unique. A la télé un Zitrone en costume cintré déclamait l'info la plus stupéfiante jamais entendue depuis la pousse des pattes chez les têtards, j'en laissais tomber le Lucky Luke de mes genoux. « Aujourd'hui au-dessus de Rome une fumée blanche a suivi la fumée grise annonçant la nomination du nouveau pape. » Comme chez les Cheyennes, les Commanches et toute les tribus du Nouveau-mexique au Rio Grande. Les signaux de fumée nétaient à pratiquer quen cas d'alerte. Jen tirais assez rapidement la conclusion que quelque chose de grave était arrivé : nous avions perdu notre homme-medecine, notre chamane blanc, lunité de la nation indienne était menacée. Nous étions donc des indiens, enfin, j'en avais la preuve.
Malheureusement, cette magnifique illusion nallait pas perdurer, les années suivantes se chargèrent de me ramener à un semblant de lucidité. Je traquais tous les faits et gestes du nouveau chamane blanc, constatant assez vite quil s'apparentait bien plus au vendeur deau de feu qu'au sorcier surmonté dune tête de bison menant des pow-wow denfer du crépuscule à laube. Il avait tous les attributs du bonimenteur perché sur une carriole rutilante, dans des habits de lumière amidonnée soldant sa camelote à des foules béates. Le prestige de luniforme en un sens sans les pouvoirs de super héros, dailleurs il se prénommait Jean-paul, étrange sobriquet pour un sorcier de niveau II. En fait de vol Chamanique le Jean-Paul se contentait béatement de tour de stade de foots chapeauté dune cloche à fromage sur son Austin mini. Seule véritable prouesse : sa capacité à apprendre des centaines de langue sans effort avec la méthode de catéchèse polyglotte. Notre Jean-paul nétait donc quun VRP de luxe pour un produit en perte de crédibilité, soumis à un rude concurrence ; du côté des baptistes à fusil, promettant un paradis exclusif, garanti sans cholestérol, des islamistes radicaux promettant vierges et rendement immédiats pour des capitaux flottant. Et sa hotte pleine de bons conseils pour les bons sauvages (SAV des siècles dévangélisation forcé) : « croissez et multipliez-vous, nayez crainte du sida, une ouaille malade reste une ouaille. » Ces derniers temps le marché de la concurrence sest ouvert aux églises de tous poils. Et le règne de limage dans notre société a produit des tonnes de symboles. Les évangélistes, baptistes avec bible et fusil, ouvrant une théocratie à Madagascar comme les talibans lavaient fait en Afghanistan. (Voir à ce sujet ce site parodique)
J'ai un ami journaliste qui bosse à la télé. Le genre dami qui porte du velours côtelé même en plein été et qui nomet jamais de préciser que la télé cette « bible des idiots » nest après tout faite que de ce quon y met. Logique en un sens mais pas seulement logique, dangereux aussi. Car lui que la lucidité jamais ne déserte, cette dernière semaine sest profondément abîmé dans un jus de populisme et didolâtrie. Le mardi 5 il débarque à notre séance hebdomadaire de tennis ballon en hurlant : «Le pape est mort ! Vive le pape !» ce que je pris dabord pour de lironie mordante nétait de fait quune conséquence de la contamination ayant sévi toute cette dernière semaine sur les habitants de notre généreux pays. Car qui aurait prédit cette semaine de dégorgement, dépanchement hagiographique comme aux plus belles heures de la propagande de linquisition. Un son de cloche, un seul. 21ème siècle médiéval qui débute sur des fléaux planétaires, des martyrs planétaires et de la belle ouvrage en terme dimages. Ah ! La télé adore ça les martyrs en direct, un saint-père nhésitant pas à sexhiber jusquaux dernières heures du sacrifice. « Arc de communion mondial » dit-on, ce serait parfait si cette communion produisait des effets réels, mais il nest question que de satisfaction immédiate, « Santo subito » comme on a pu lire sur de nombreuses bannières lors des obsèques du pape. Une béatification immédiate, de limmédiat, parce que cette bulle qui enfle finira bien par crever.
Les philosophes parleraient de post-modernité rappelant finalement assez la pré-modernité (moyen-âge) et son cortège didolâtrie. La part de post-modernité tient surtout dans les outils de propagation de linfo, comme pour le tsunami dévastateur dont tant de pauvres occidentaux furent les victimes, là-bas sur ces paradis du bout du monde que loccident entretient à ses frais. Les télés ont relayés jusquà lécoeurement les images, sans recul, comme pour le 11 septembre 2001 jusquà les rendre absurdes, creuses. Le sens dès lors remisé au second plan, la sensation, lémotion sont de fait devenus les nouveaux critères de jugement. Et cette dernière semaine dinvasion de télé Vatican sur toutes les chaînes ne fait que confirmer ce qui avait été constaté en 1991 pour la première guerre du golfe, en 2003 pour la seconde. Les rédactions des journaux télévisés ne prennent aucun recul, reprennent mot pour mot les communiqués officiels du Vatican, comme celle des généraux américains durant la guerre. Ajoutons-y les drapeaux en berne, la sanctification télévisuelle dun comédien raté, homme de paille de lOpus Dei, principal pourvoyeur dune morale manichéenne, continuateur en un sens des grandes uvres de léglise des siècles durant. On se félicite de ses prêches en pays de dictature, de ses messages de paix. Mais quon cite seulement un pays ou sa parole a produit un effet bénéfique.
A mon tour jallume un grand feu, que les quelques indiens perdus au milieu des visages pâles guettent les fumées à venir.
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