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  • Après Citroën et le fracas des carcasses métalliques sur la chaîne hypocrite qui nous la joue "encore un tour", nous les ouvriers on adore écouter du Bach, dépenaillés, en songeant à des mots que plus personne n'utilise et puis, bonnet vissé jusqu'aux oreilles, le nez au vent, les vapeurs de cambouis insinuées dans chaque épaisseur de coton, on court au cinoche pour regarder les autres sur l'écran, en songeant à l'amitié, aux illusions de jeunesse, à la bouffonnerie généralisée des rapports humains, et au maton du ferrage, le jeanjean chef d'équipe qui demain pourrait bien se retrouver une chignole dans la zébrure à réciter son cahier des charges, aux tuméfiés de l'aquarium aussi, les playmobils, chacun sa couleur, bleu et rouge, jaune et bleu, gris pour la maintenance, cravate pour la décadence de la promotion. On y songe et puis on franchit la ligne, les belles portes vitrées de la grande salle, ou le carré soigné de la Arts et essais, et là, silence, recueillement, plus question de bagnole, de fraiseuse ou de soudure à froid, on devient philosophe son petit bonnet tortillé entre les doigts, on se dit que ça a toujours été comme ça, qu'on s'en fout des miteux. Et qu'histoire de faire la peau aux idée reçues, on mangerait bien du polar, du film noir.

Mardi 5 avril 2005

Marthe et les barbus, une nouvelle unique!!!

Ou il est question du Che, d'amour, de voyage et de l'enfer du petit écran. A paraître chez un éditeur de bonne volonté, dès que le marché de l'édition sera désengorgé, moins monopolistique, plus ouvert, etc

Dans la montagne profonde                                                                                        

assis sur un tapis de mousse                                                                                                   

 l'air insouciant 

un singe crie             SAIGYO

La relique est sur le mur me faisant face. Un vieux stimorol et une bonne dose de salive m'ont suffit à la fixer. C'est une vieille photo noir et blanc toute froissée, de celles qu'on garde des années , sans même s'en souvenir, sans jamais prendre garde à ce papier plié à l'ongle et fourré dans le portefeuille. Assez curieusement ils se sont empressés de prendre mes lacets et tout le reste sans se préoccuper de la photographie jaunissante. A la minute même du premier cliquetis délicat de serrure je l'ai découverte dans une poche. Surpris d'abord j'ai fini par l'installer bien en vue, en point de mire. Et contre toute attente ces silhouettes sont la meilleure compagnie que je pouvais souhaiter dans un moment pareil, cette petite mêlée joyeuse a quelque chose d'apaisant.


Kakis et barbus, authentiques héros de la révolution cubaine, mes francs camarades se tiennent debout devant le drapeau à l'étoile. c'est pour l'anonymat sans doute que j'ai conservé la photo jusqu'ici, pour leurs visages rayonnant d'inconnus mystérieux. Ils sont cinq, pas de Che ni de Fidel, juste des tigres brandissant leur kalachs, des hommes de main, des militants puant à plein nez, trempés de sueur et de boue, du fuel des camions bâchés qui les emportèrent victorieux jusqu'à La Havane. Ils sont ma petite fenêtre de cellule, ma justification, mon salut. Marthe n'y comprendrait rien, elle doit sangloter à cette heure, chialer comme la sale petite garce qu'elle est, chialer pour la galerie en espérant qu'on viendra s'attendrir sur sa tronche de reine du bal. Elle n'a jamais eu le moindre sens des responsabilités, ni une once de conscience. Quand je songe à elle c'est l'image grotesque d'une poule naine qui domine, une poule naine, avec une pleine cartouchière de préjugés, de fiel automatique; non c'est plus qu'une image, c'est comme un totem, un totem creu qui se serait fiché dans le sol pour souiller mon petit monde.



 

 

par anton abo publié dans : Inédits
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