
kinékiffé
















Laisser les images parler seules, c'est risquer les analyses à l'emporte pièce, les conclusions hâtives. Si face à la force indistincte des CRS, à ces silhouettes groupées et floues on peut opposer des visages de mères, d'enfants, d'homme le visage en sang, nul doute que nous savons de quel côté notre coeur balance. Ce film amateur circule depuis quelques temps sur la toile, provoquant de-ci de-là des débats souvent hargneux, des prises de parole où chacun campe sur ses positions. Ce film est une pièce brute, souvent flou, confus, il vous met dans la peau d'un sans-papier (et non d'un clandestin), d'un assiégé attendant que les portes cèdent. Pourquoi les télés refusent-elles de diffuser, même des extraits de ce genre de document ? Elles si friantes à l'habitude de sensationnel, d'émotion brute semblent se désintéresser complètement de la réalité crue. Evidemment ce petit film de l'intérieur n'est pas l'oeuvre d'un journaliste accrédité qui poserait des questions pertinentes aux représentants de la maréchaussée. Si c'est un reporter il a oublié la règle d'or du cadrage propre. Non la qualité est mauvaise parce qu'il est évident que celui qui filme est dépassé par ce qui arrive. L'irruption d'une cinquantaine de CRS en uniforme, leur énergie débordante quand il s'agit de déloger les femmes et les enfants réfugiés dans une autre pièce. Les crs sont d'une susceptibilité légendaire, pendant cinqs bonnes minutes ils vous dévisagent, visages fermés, et d'un coup c'est la charge pour un mot de trop. La matraque fait taire les récalcitrants et soulage l'amour propre de celui qui l'utilise.
Du "Non non non aux expulsions !" entonné bras-dessus bras-dessous par les militants et les familles ne subsiste presque rien dans le chaos général, lumière éteinte suivant l'irruption des uniformes. On entend par dessus le brouhaha des :
" Vous étes en train de terroriser des enfants !!!" "C'est des gamins! Laissez sortir les femmes ! "
Puis net et définitif tandis que la petite foule tente un sitting de la dernière chance. "On y va !!!" Parce que sous les uniformes sommeillent des hommes d'action à qui on a appris à ne pas réfléchir mais à agir. Quand l'évacuation, l'expulsion, appelons là comme on veut, traîne, ils remettent la gomme.
Quand des "Vous n'étes pas des hommes ! " "Plutôt pute que CRS" parviennent à leurs oreilles ils manient la matraque dans la seconde. Et c'est ainsi que jusqu'à l'aube ils poursuivront inlassablement leur tâche de nettoyeurs dans les rues adjacentes. Expulser d'accord, mais en gardant la part de jeu, la traque et la dispersion.
Mais qui doutait de l'efficacité des méthodes des CRS, de leur violence ? Non, le vrai sujet c'est la disproportion. Que la force publique soit devenu la solution à tous les les problèmes sociaux, c'est inquiétant et c'est pour tout dire le symptôme d'une politique du nettoyage et de la terre brûlée qui aurait remplacé les préventions et la politique sociale. Suite aux incendies criminels dans différents hôtels parisiens ou des enfants (principalement) de parents immigrés d'afrique noire trouvèrent la mort. Bertrand Delanoë et Jean-Louis Borloo (Ministre de la cohésion sociale) avaient promis qu'ils feraient le maximum pour qu'il n'y ait plus de familles habitant dans des squats à Paris ; et la mairie de Paris avait promis de reloger toutes les familles expulsées des squats vers des habitats convenables. On n'a vu que les expulsions, les relogements se feront au compte goutte. Pour ceux qui en douteraient, rappelons que les personnes expulsés ne sont pas des sans-papiers, que ces personnes travaillent mais sont justes contraintes au squatt où à s'abriter dans des hotels insalubres hors de prix pour cause de discrimination. Rappelons comme nous l'avions fait dans un précédent article que la situation du logement en France est catastrophique, qu'il y a une vraie disproportion entre la demande et la réalité. Quand des milliers de mètres carrés dévolus à la spéculation restent tout bonnement vides (2 millions de logements vides en France en 1999, voir les chiffres du DAL). La demande de logements ne cesse d’augmenter.
Un petit bilan s’impose :
Il y a des situations d’urgence Le nombre de mal logés et de sans logis reste important.
- 1,6 millions de personnes vivent dans des logements sans douche, WC ou les deux
- 1 million de personnes sont logées en situation de surpeuplement accentué
- 550 000 personnes, dont 50 000 enfants, vivent dans des hôtels, des meublés ou sous-locataires
- parmi les locataires, 300 000 ménages sont en situation d'impayés de loyers dont deux tiers dans le parc social, soit environ 1 million de personnes
- 146 000 personnes dans des maisons mobiles (recensement 1990)
- 10 000 sans abri à Paris pour une nuit moyenne de l'hiver 1995
- 86 000 personnes étaient "sans domicile".
Source : Ministère du Logement, de l'Equipement et des Transports - Questionnaire de la Commission de la Production et des Echanges. Projet de LFI pour 2001 et INSEE enquête 2001 sur la population "fréquentant les services d'hébergement et les distributions de repas chauds"
Le 7ème rapport de la Fondation Abbé Pierre, publié en mars 2002, recense trois millions de personnes mal logées en France dont, 86 000 sans domicile, 200 000 personnes hébergées durablement en hôtel, en habitat de fortune ou par des parents et amis, un demi million de personnes vivant en habitat temporaire ou précaire et deux millions de personnes dans des logements dépourvus de confort sanitaire de base. (SOURCE : Droit au logement)
Des immigrés en situation régulière s’entassent dans des hôtels bon marché à leur risques et périls. Jean Louis Borloo promet la lune avec son plan contre la fracture sociale en tête de pont d’une prose gouvernementale campée sur des chiffres gros comme une montagne:
Doubler le nombre de logements sociaux et inciter le marché locatif. Le deuxième axe du plan Borloo: s'attaquer à la crise du logement. D'abord rattraper le retard en construisant des logements sociaux: 70.000 cette année, 80 à 85.000 l'an prochain, pour atteindre 500.000 nouveau logements HLM en 2009. Pour ce faire, 3 millions de mètres carrés pourraient être mobilisés à Paris ou en région parisienne (par exemple des terrains qui appartiennent à la SNCF), et les financements seront simplifier pour accélérer le processus. Le ministre envisage parallèlement de récupérer des logements vacants dans le parc privé. L'idée est de trouver un système sécurisant pour garantir aux propriétaires, frileux face aux défauts de paiements, leur garantissant leur loyer en cas de non paiement du locataire. Cela pourrait permettre de remettre 100.000 logements sur le marché. Dernière mesure: les logements d'urgence vont être augmenter pour éviter l'hôtel durable aux familles expulsées. 12.300 places supplémentaires d'accueil et d'hébergement d'urgence, dont 4.000 places en maisons-relais pour des personnes en grande difficulté, et 7.000 pour des demandeurs d'asile, devraient être créées d'ici à 2009, afin d'atteindre 100.000 places. » Source : RTL
Mais les expulsions n’ont jamais été aussi violentes que ces derniers temps. Et des intérimaires meurent de froid dans leur voiture faute de place en foyer.
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