W3C

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0

___________

 

 

               kinékiffé

  • A bittersweet life
  • A bittersweet life
  • Breaking news
  • Breaking news
  • Crying fist
  • Crying fist
  • J'irai au paradis car l'enfer est içi
  • J'irai au paradis car l'enfer est içi
  • La 25éme heure
  • La 25éme heure
  • la sociologie est un sport de combat
  • la sociologie est un sport de combat
  • Le cauchemar de Darwin
  • Le cauchemar de Darwin
  • Le couperet
  • Le couperet
  • Le petit Lieutenant
  • Le petit Lieutenant
  • les mauvais joueurs
  • les mauvais joueurs
  • Max
  • Max
  • Memories of murder
  • Memories of murder
  • Running on karma
  • Running on karma
  • Syriana
  • Syriana








  • Après Citroën et le fracas des carcasses métalliques sur la chaîne hypocrite qui nous la joue "encore un tour", nous les ouvriers on adore écouter du Bach, dépenaillés, en songeant à des mots que plus personne n'utilise et puis, bonnet vissé jusqu'aux oreilles, le nez au vent, les vapeurs de cambouis insinuées dans chaque épaisseur de coton, on court au cinoche pour regarder les autres sur l'écran, en songeant à l'amitié, aux illusions de jeunesse, à la bouffonnerie généralisée des rapports humains, et au maton du ferrage, le jeanjean chef d'équipe qui demain pourrait bien se retrouver une chignole dans la zébrure à réciter son cahier des charges, aux tuméfiés de l'aquarium aussi, les playmobils, chacun sa couleur, bleu et rouge, jaune et bleu, gris pour la maintenance, cravate pour la décadence de la promotion. On y songe et puis on franchit la ligne, les belles portes vitrées de la grande salle, ou le carré soigné de la Arts et essais, et là, silence, recueillement, plus question de bagnole, de fraiseuse ou de soudure à froid, on devient philosophe son petit bonnet tortillé entre les doigts, on se dit que ça a toujours été comme ça, qu'on s'en fout des miteux. Et qu'histoire de faire la peau aux idée reçues, on mangerait bien du polar, du film noir.

Vendredi 1 juillet 2005

Dieudonné est-il vraiment anti-breton, anti-sémite, anti-fatwa ? Est-il cet adepte de la négritude figé dans une posture de victime et qui s'en va chercher des boucs émissaires sionnistes comme on nous le décrit à longueur de pages , d'hebdo, de chroniques, de petits mots lâchés de-ci de-là sur les plateaux télés par des adeptes de la staritude et du parisiannisme bon ton.
Peut-on rire aujourd'hui malgré les tensions? Peut-on parler de la situation en Israël sans qu'on nous reserve en permanence les appartenances religieuses

Dieudonné est-il exempt d'ambiguités ? Si l'on regarde attentivement ses derniers spectacles : "Le divorce dePatrick" et ""Je m'excuse" il attaque frontalement toutes les religions, plus exactement leur sectarisme, leur virus si l'on peut dire qui finit tôt ou tard par les conduire à fabriquer de l'exclusion. Sa quasi obsession: le communautarisme est une plaie. La france qui se gargarise d'être la nation Universaliste n'a rien fait pour l'heure pour remédier aux discriminations.

Dieudonné critique la sacro-sainte posture française qui à toute question répond : révolution française monsieur, esprit des lumières. sans jamais préciser que la traite négrière a enrichi ce pays. Que la france n'a pas quoi qu'on en dise cesser son néo-colonialisme, quelques frémissements heureusement:  la situation s'améliore en Nouvelle-Calédonie. Flosse aurait a priori lâcher un peu de lest en Polynésie.
Voir à ce sujet le dossier Afrique de Rezo. net

Mais Dieudo reste confus dans ses provocations et la confusion ouvre des gouffres, laisse le champ libre à toutes les interprétations, à toutes les projections. Peut-être est-ce ce qu'il cherche...

par anton abo publié dans : Débats
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mardi 28 juin 2005

8La crainte des Bretons apparaît à l'évocation de l'Ankou, en breton 'Anken' signifie chagrin, 'Ankoun' oubli. Personnage clef des légendes bretonnes, l'Ankou est la personnification et l'artisan de la mort. (oberour ar maro)


A l'aube en sueur agité, cavalant du lit à l'entrée, horizon chétif de mes 10m2. Tout juste éveillé de ma nuit interrompue, maudissant le sommeil et les horreurs couvées. Les cauchemars sont les rêves qui ne vous calment pas.
Tout avait concouru à rendre cette nuit plus interminable que les autres. Vers deux heures du matin, j'avais fini par m'endormir, fuyant les you-you acides d'une tristesse insupportable. Mélopée de femmes tournoyant plusieurs minutes dans la rue vide, répétition inlassable et stridente de chants berbères pour m'annoncer la nouvelle de sa disparition. Au matin mes muscles s'en ressentaient encore, tendus et secs, douloureux.
Le rêve s'engage dans un souterrain, entre les couloirs sombres et humides d'une fosse, devant moi, des galeries voûtées, de larges et hautes fresques couvrent les parois, des tableaux de massacre peints de couleur vives, le rouge domine mais je ne remarque qu'un couleur fauve se diffusant alentours. Toutes mes sensations se sont soumises au poids de ce brouillard cramoisi. L'histoire est écrite dans le sang, des hommes aux traits déformés par la rage s'entretuent à l'abri de venelles noirâtres, sous la cloche d'un ciel gorgé d'eau. La St-Barthélémy où la fièvre des tortures de l'inquisition, partout ce n'est que représentation vivante de la terreur. Les yeux d'un cavalier au pic ensanglanté tombent sur moi sans une hésitation, je m'attends à ce qu'il descende de cheval et pointe sa gâche vers mon torse, mais l'image reste fixe, l'acier des armes scintille. Plus loin, fasciné, courbé ridiculement, incapable du moindre mouvement, j'observe qui éventre et découpe des membres, qui jette ses forces pour tuer. D'autres lances percent des flancs, partout des plaies béantes, des peaux violacées happent le regard et vous entraînent. Dans le tunnel je ne peux que continuer, poursuivre mon chemin, sans me soucier de ce coeur qui bat à tout rompre. Le ciel est sans lumière, je pénètre une salle plus haute, et plus impressionnante encore. Nombres de tréteaux sont disposés au petit bonheur, j'y découvre des pièces grossières de bois sculptés, figures humaines, têtes et bras, de longues jambes filiforme. Des silhouettes s'activent au-dessus de cet étalage macabre, des hommes vêtus de large bure, la tête encapuchonnée. Dans l'immédiat je ne vois que leurs mains nues disposant de fines lamelles de chair à la tête de chaque effigie de bois, certains s'agenouillent devant l'alignement. a défaut de fuir où de me cacher, je subis de front l'activité de ces cuisines, les lambeaux de cadavres s'alignent, une étrange hilarité m'envahit, grignotant mes restes de sang-froid. Pris d'un fou rire grotesque je hurle soudain, pointant le doigt vers chacun d'eux, je les insulte : ils n'honorent pas les corps des défunts mais du bois mort. Ils se trompent ! Ils se mentent ! La chair, les os, nos eaux, notre sang, tout celà pèse infiniment plus lourd qu'une piècede bois mort. Nul ne me prête attention. aucun ne se détourne ou n'interrompt son office. Ils sont imperturbables. Mais l'un d'entre eux, drapé de noir et qui se tenait à l'écart feignant l'immobilité, vient de bondir sans frein. Il m'empoigne. Nous commençons à nous battre, mais d'une manière si lente, si figée, que chaque geste se décompose et m'apparaît par flash. Je vois venir les coups avant qu'ils ne m'atteignent. Je sais combien la douleur sera vive mais ce n'est guère suffisant pour m'en défaire, la lucidité ne préserve pas du réel. Petit à petit, la lutte glisse vers un corps à corps , nous nous saisissons au visage. mes doigts cherchent sa face, j'explore avec violence, tire sur un bout de chair, sous l'action décomposée les visages se déforment comme s'ils étaient fait d'une matière malléable, ils s'affaissent, comme une chaude patte à modeler. C'est un combat que je ne peux pas perdre, que je ne dois pas perdre. L'enjeu en est, me semble t-il, démesuré. La lutte se poursuit indéfiniment, infiniment, entre nos doigts qui tiraillent et s'agrippent, tout notre hargne s'incarne. Trouver une prise et ne plus la lâcher, se suspendre de tout son poids, s'il le faut. Mon index soudain s'enfonce profondément, un liquide chaud s'écoule de l'orbite, de jointure en jointure. Dans un hurlement démesuré je le repousse de toute mes forces. Un borgne. Il n'émet pas une plainte et revient à la charge, le combat n'en finit pas, il a cédé pourtant, a même manqué de s'effondrer.
Je m'éveille en sursaut, sans souffle, alors même qu'arc-bouté c'est lui qui me fait plier. Je palpe les draps pour me rassurer. J'étais revenu, cette angoisse qui depuis des jours me poursuivait invisible, passant comme une traînée de poudre, cette chimère portée par un cauchemar fit rendre l'âme à me boyaux. Le borgne avait pris forme concrète, son fiel s'était correctement écoulé dans mes rêves jusqu'à l'abject. Au delà du seul dégôut inspiré par son teint bleui de cadavre, la peur lui avait petit à petit construit une réalité.
L'opacité est obsédante, que dire aux personnages qui vous inquiètent jusqu'à vous pousser dans vos derniers retranchements ? Comment leur dire quand il ne s'agit que s'adresser au vide ? Il me falllut des jours pour me remettre de ce cauchemar, j'essayais bien de me raisonner mais c'était inutile les images s'étaient calquées sur ma rétine. Voûté, cerné dans l'atmosphère obsédante de catacombes de bazaar, le souvenir de la lutte restait le plus tenace, et dans cette fin qui n'en était pas une tout laissait craindre que ce borgne revienne pour terminer le combat. Combien fut longue cette minute, cet instant où l'on suffoque, combien l'oppression qui n'est qu'un mot porte en elle l'avant-goût silencieux de la mort. On étouffe, on est là, enterré vivant, bien vivant mais privé d'une fonction primordiale, à peine soi-même, tout ce qui nous reste d'humain n'est que douleur. Et quand l'air revient on fait plus de bruit qu'un cargo rugissant, les poumons absorbant tout l'air de la pièce. Quand pourrais-je me permettre d'éprouver un sentiment libéré que la mystification de la rage ne couvre pas ? (à suivre dans Journal 333.)  

par abo publié dans : Inédits
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 28 juin 2005

L'écran d'El Fernando
Votre serviteur est de ceux qui ne prennent jamais de vacances, ou si peu, une petite expédition sur zone industrielle de temps en temps, une baignade dans une carrière inondée, une visite au camp militaire de Coëtquidam entre les fausses baraques de béton, les cibles géantes et les ballets des Rafales sur la forêt de Paimpont, ça fait mon bonheur. Quelques heure de base-ball avec mes potes aussi, manière de justifier mon surnom d'el toro et puis retour aux écrans géants, pop corn dans les allées, Suzy la guichetière délicieuse, pommettes hautes, grands yeux calmes, et gestes brouillons quand elle rend la monnaie, (sûrement mon charme latin). J'ai prévenu Suzy, elle me verra beaucoup, je vais squatter la feutrine des fauteuils tout l'été. Et pour commencer "Joyeux noël" de Christian Carion, [ça me rappelle un 15 aôut caniculaire où j'étais aller voir "La bûche" moins cher qu'un cône et même fraîcheur de vivre] un film sur la fraternisation dans les tranchées en 1916, entre allemands, anglais, français, une belle oeuvre européenne pour célébrer l'apaisement d'un continent déchiré durant des siècles. Adepte du coq à l'âne depuis un séjour marocain aux cascades d'ouzoud, (mais ça fera l'objet d'une explication prochaine) je n'ai pu m'empêcher en pleine projection de me souvenir de cet autre film : JSA, autrement plus intense et habité et traitant du même sujet humaniste: la fraternisation en temps de guerre, au-dessus des impératifs nationaux, idéologiques, le quotidien, le ressac de la petite humanité qui oublie les armes et la connerie de l'affrontement. La simplicité en un sens qui tente de se frayer un chemin au grand jour. Dans JSA, film de Park Chan Wok qui réalisera 4 ans plus tard "Old Boy", c'est d'un autre pays dont il est question, où les tranchées n'ont guère été comblées en 50 ans. "La division contemporaine de la Corée remonte aux suites de l'occupation japonaise commencée à partir de 1905. À la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, la Corée a été divisée en deux zones par les puissances mondiales, les États-Unis et l'URSS. En 1948, le Sud et le Nord se constituaient chacun en un État indépendant, un Nord communiste, et un Sud sous influence étatsunienne. En juin 1950, la Guerre de Corée commençait. Le Sud était soutenu par les États-Unis, le Nord par la Chine. L'accord de cessez-le-feu de Panmunjeom, signé en 1953, a mis fin aux combats mais pas à la guerre, qui n'est, en 2004, toujours pas officiellement terminée. La péninsule de Corée est divisée par une zone démilitarisée (DMZ) aux alentours du 38e parallèle. C'est la zone la plus militarisée du monde." Source : Wikipédia
La Corée, où la guerre de tranchées la plus longue de l'histoire, de part et d'autre de la frontière la plus explosive au monde. Les militaires du nord, obéissant à un régime dictatorial, qui fut communiste avant d'être stalinien, où les famines se succèdent à l'abri derrière un rideau de fer, pas d'images, à part peut-être de temps à autres les retours au compte goutte dans le sud de quelques membres d'une famille déchirée, les militaires du sud et la guerre froide entretenue, la course au nucléaire, le chaud et le froid. C'est une dialectique de la violence entre nations jumelles, un corps fendu en deux dont les membres s'afrontent à l'infini. Le cinéma Coréen est de qualité, de grande qualité même, on en a la certitude depuis les années 80, et le récent déferlement de films de genre, de sabre (Bichumoo) et policier (memories of murder), mangas (Wonderful days) et kimkiduckerie (Samaria , locataires) confirme le constat. Im kwon taek, réalisateur prolixe d'une centaine de film avait montré la voie, "Les monts taebek" surtout détaillait les basculements d'un village situé sur le 38 ème parallèle et passant successivement du Nord au Sud. Le Mont Taebek considéré comme la montagne mère du pays, un endroit de beauté et de tolérance, à voir ce lieu déchiré, ces familles imploser, ces individus forcés de choisir entre deux feux, et c'est toute l'âme coréenne qui s'explique : cet omniprésence de la violence et de l'absurde. Ces 20 dernières années le cinéma coréen a mûri, ses cinéastes ont digéré lé culture us et travaillent sur cette séparation et ses effets dévastateurs. Pour l'histoire la Joint security Area c'est la zone tampon, le no man's land de la séparation, où surveillent inlassablement les vigies en uniforme. Risquant de mettre le feu au poudre un double meurtre en pleine casemate des gardes communistes va forcer tout ce petit monde à enquêter. Pour l'intrigue évidemment je ne dirais rien, mais il faut souligner que si le film s'entame assez classiquement comme un "whodunit" (Kikatué?) de plus. Les flash back vont se charger de nous attacher lentement aux personnages, on retrouve Song Kang-Ho déjà vu en détective roublard dans "Memories of murder" et sa gueule fatiguée personnalise pleinement une Corée lasse de reconduire le malaise, jour après jour, il est celui qui a voyagé, qui dans un pays fonctionnant en autarcie sait qu'il existe d'autre modèles. En face il y a le jeune soldat du sud, avec un sens de l'honneur et une bonne dose d'idéalisme. Tout soldat surpris en train de parler avec l'ennemi est fusillé, ceci dit, il reste des tas d'autres moyens de communiquer autrement que par les mots. Il y a la bouffonnerie, la chasse au lapin, la musique... et comme dans le plan de fin on devine derrière les postures, le sérieux des uniformes que ces déguisements ne tiendront plus longtemps, on l'espère en tout cas. Mais "la grande muette" en kaki n'aime guère les histoire qui finissent bien.

par abo publié dans : Chroniques
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 22 juin 2005
ça se passe aussi chez Haut et Fort.   

                 
                              Prise2tête. Kung-fu cérébral
par abo publié dans : mandjaro.le-journal
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 14 juin 2005

J’épiais les allers et venues autour de la laverie comme d’autres aimaient s’avachir devant leur poste de télé, c’était devenu une méchante habitude. Je me roulais clope sur clope et scrutais l’enseigne lumineuse, la buée qui gagnait du terrain par couche, s’affichait progressivement sur la vitrine. Ça tenait du miracle parfois toute la vapeur épaisse trouant la rue les soirs de chaleurs.

Descendu de mon perchoir, je rejoignis la salle carrelée. Le soir approchant, l’assemblée hétéroclite avait déserté les lieux. La pièce était vide. Hormis un pauvre sac trônant sur la table. Curieusement ça sentait le raifort et le tabac froid, comme si les cloches avaient laissé traîner une vieille paire de groles et une réserve de tabac de chine dans un sèche-linge. Le sac puait tout autant : vieux chien mouillé, un pissou d’indigène des trottoirs, c’était au choix. Risquant un coup d’œil vers la porte je m’approchais du cabas de survie estampillé « Monkey bag », il tenait droit, rigide, et un savant travail de marqueterie avait visiblement permis de rafistoler les anses en bois pour un confort tout ergonomique. J’aurai sans doute risqué un coup d’œil à l’intérieur si on m’avait laissé le temps. Surgissant comme une furie la légitime propriétaire venait de faire son entrée. La charpie en guenille d’été tenta sans attendre de me faire subir une impressionnante clef de bras dont je me dégageais assez facilement, récoltant au passage une béquille bien ajustée dans la cuisse. A cet instant seulement elle laissa échapper un terrible meuglement guerrier qui à lui seul valait toutes les prises de close-combat disponibles dans l’attirail des vigiles du Monoprix. Désormais loin du sac, attendant que passe la douleur je lorgnais sur mon assaillante, son genou à la peau épaisse et noire dépassant de sous la grosse jupe plissé. Elle s’était arrimée au Monkey bag avec la sauvagerie d’un bulot qui tient à son rocher plus qu’à tout autre chose. Posé à même la pointe du pied l’une de ses frêles gambettes charbonnées tremblotait, et visiblement c’était bien de moi dont elle avait peur.

Comme deux discus affaiblis surnageant péniblement dans leur aquarium sous la lumière crue, nous nous dévisagions de côté. Je craignais une nouvelle attaque foudroyante, elle redoutait un vol à la tire. Pour détendre d’une manière où d’une autre cette atmosphère suspecte il aurait fallu des talents de diplomate, je ne me trouvais capable que d’une piteuse pirouette verbale : « Vous auriez de la monnaie pour les machines ? » refusant obstinément de détourner le regard l’autre ne répondit rien, puis imperceptiblement se mit en mouvement. Traînant les pieds son précieux sac tout contre elle, elle se mit à avancer droit sur moi. J’aurai pourtant dû m’en douter, avec mon physique de jockey, mes petites jambes galbées d’Aznavour en crise de tétanie perpétuelle, j’étais ce qu’on pourrait appeler le contraire d’un athlète, et pour tout dire je faisais une proie facile. Stoïque je la laissais venir, sur ma garde dans l’hypothèse où il faudrait esquiver un nouveau coup. L’éternité nécessaire à sa prudente traversée des quelques mètres nous séparant me laissa tout loisir de détailler les traits de la vieille. Elle était morveuse et reniflait à chaque pas. Sous la méchante muraille de sourcils froncés on devinait deux yeux vifs de fouine, ses mains étaient longues, osseuses, d’un blanc impeccable. Et avant que j’ai pu esquisser le moindre mouvement de recul elle avait touché au but. Testant d’un coup d’épaule mon équilibre, elle s’immobilisa soudain, collée contre moi. Rapidement je vérifiais que personne ne se préparait à entrer puis j’attendis. L’odeur tenace de la vieille m’enveloppa lentement comme un puissant anesthésique, sa rage semblait s’être dissipée, et comme je la laissais faire elle entrepris de se coller un peu plus contre moi. Le nez contre son chignon défait, menton levé, il m’apparut assez clairement qu’elle cherchait l’apaisement. Chez les grands singes une grande séance d’épouillage aurait définitivement scellé la réconciliation. Mais je manquais de dextérité dans ce domaine et de peur de provoquer une nouvelle avalanche de coups je n’osais bouger. A mon grand soulagement ce fut elle qui brisa la glace : « je te montre ce qu’il y a dedans si tu vides le tien. » C’était assez imprévisible, baissant la tête je constatais qu’elle lorgnait sur mon sac de linge sale. C’était donc ça, d’un coup je me dégageais de l’étreinte la vieille tituba, manquant de tomber à la renverse.

L’odeur s’était incrustée, une odeur de pot-pourri, de plante racornie, un délicat mélange qui chahutant mes narines me rappelait pêle-mêle l’agonie d’un Zippo, un vieux calva, une godinette. La vieille attendait, reprenant progressivement mes esprits je décidais qu’il serait bon finalement d’enterrer la hache de guerre. Je ralliais la table et sans attendre retournant mon sac de linge déversais tout son misérable contenu en pleine lumière. Mon intimité formait un minuscule tas de fripes sordides. Il fallait que je sois à moitié cinglé pour me prêter à ce jeu. La vieille prit place sur l’un des bancs dos à la rue et à défaut de fouiller dans les fringues épars comme je m’y attendais, elle se contenta de glousser. Visiblement satisfaite, tandis qu’elle défaisait avec une application intense les quelques ficelles qui fermaient son sac elle m’invita à prendre place à ses côtés. Et commença un curieux inventaire. Ca n’était rien sans doute mais je savais qu’elle venait de m’ouvrir les portes de son jardin secret. En un surcroît de dignité la rencontre de l’exilé et de la nomade aux yeux jaunis de mauvais vin passait de la rixe à la confidence. Elle logea dans ma main une petite chenille verte, pâle et luisante, je reconnus sans peine des bonbons collés, vosgiens sans doute ou des Valdas centenaire soudés les uns aux autres. Progressivement elle aligna ses fétiches : un médaillon enveloppé avec soin, une paire de lunettes sans monture, une poupée minuscule qui clignait de l’œil, des photos de mariés découpés dans des journaux…

Des milliers d’histoires, sa vie, elle s’appelait Enora et je ne l’ai plus jamais revu après ces quelques heures d’intimité. Toute agonie atteint son terme quand il n’y a plus de raisons de lutter. Existerait-elle encore sans la somme, les années lumières de souvenirs d’étrangers agrafés, petites capsules de bonheur propres à peupler ses jours et ses nuits ? Je me souviens qu’en rangeant son sac elle répétait « tout est à sa place ici. » Et cette phrase m’avait paru d’une justesse à chialer. Comme si pour tenir la mort à distance ces fétiches suffisaient, comme si ce rôle de gardienne de fantômes la préservait de l’irréparable. J’étais sorti ensuite, mon linge toujours aussi sale dans son sac gris. Enora à la table semblait m’avoir oublié déjà. Derrière la vitrine le visage gainé d’une ombre fugitive elle souriait paisiblement. La traversée de la rue vide me parut prendre des heures.

 

 

par Abo publié dans : Autres vies
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mercredi 8 juin 2005

Pourquoi Mandjaro ? Pourquoi pas Mont Canigou ou Rail de Ouessant ? Que vient faire ici le nom d'une montagne qui a priori ne devrait passionner que les randonneurs, les alpinistes chevronnés et quelques amoureux de l'afrique de l'est ? Ce nom, nous l'avons choisi, tout simplement parce que cette montagne est magnifique, que derrière sa beauté se cache une puissance en sommeil. Des volcans éteints à proximité de la Rift valley là où tout aurait commencé, pour l'humanité, ça faisait pas mal de symboles réunis et du coup, ça s'est imposé. En fait de volcans éteints l'équipe du journal
réunit pour l'heure si peu de monde que ça serait presque indécent de les nommer tous. Journal avec un oeil de trop, expression chère à H. Michaux. Mandjaro se fixe la lourde tâche de donner sa vision décalée du monde sous toutes les formes qu'il jugera nécessaire d'utiliser. Les étiquettes ne sont pas notre fort mais disons que notre fond de sauce c'est l'utopie, sorte de synthèse caramélisée d'une pensée de gauche, de l'écologie militante et du surréalisme. Certains se disent anarcho-taoistes, d'autres décus du programme commun de la gauche, d'autres des terroristes du verbe, d'autres ne se prononcent pas. Un oeil de trop sur une montagne ça a un petit côté franc-maçon et pourtant c'est juste dans l'idée de voir loin. Mandjaro est un métissage. Nous vous laissons tout loisir d'explorer les liens, les articles pour vous faire une idée.

CONTACTEZ-NOUS ICI e-mail


Aline Toullic d'après Basquiat.

par anton abo publié dans : mandjaro.le-journal
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 2 juin 2005

 

Il y avait des histoires à reconter et puis, au fil de la plume, les personnages, leurs sentiments, aigreurs ou espoirs, leurs luttes, leurs possibles disparitions, tout celà a fini par se mouvoir, se confondre, par acquérir une autonomie propre. Aussi, si ne restent que de sbribes, des évocations, des pièces rapportées, si ne demeure en fil rouge que l'acharnement du narrateur à vouloir fixer ce que lui-même oublie plus vite qu'il ne le fixe, autant faire le récir de l'inconstance, de ce qui échappe, de ce qui s'éffiloche. Libre alors d'assembler ce que l'on croira en cohérence, de rejeter ce que l'on soupçonne de légèreté, de rétablir un semblantde narration là où l'histoire a ses croisements.
Puisqu'il est des lieux qu'on traverse à défaut de les enjamber, des lieux qui ne dureront qu'une saison, mais qu'on ancre en soi à l'abri d'un orgueil, ce journal ne saurait durer plus qu'une évocation.
Nuancée, tronquée c'est la carte imprécise d'une géographie intérieure, le récit d'un deuil, d'une lutte, d'un exil.
C'est un menu pour qui daignera croire qu'un personnage en bout de course pouvait redevenir un homme.
par anton abo publié dans : Inédits
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 1 juin 2005

« La mort dans l’âme »

A l’heure ou le débat, tous les débats sur l’Europe fleurissent, l’information est partagée comme jamais, au gré des forums, des chats, des blogs, on peut vérifier qu’une frange au moins de la population s’est emparée des médias avec force et conviction. Ceux-là même qui sont les passeurs d’idées quant à eux sont cette année ciblés plus encore. Les journalistes, grands reporters en majeure partie, que ce soit en Irak ou Côte d’Ivoire… servent désormais par la menace qu’on fait peser sur eux la cause de nouveaux communiquant de la terreur plate. Parfois même c’est en creux qu’on devine les revendications des preneurs d’otage, à leur silence. Ils souhaitent tout simplement qu’une menace sourde délimite des zones de non information, coupées du monde. Assassinats, enlèvements définissent une nouvelle identité des journalistes, non plus par le média qu’il représente, par la qualité de leurs infos, mais par leur seule existence. Cela nous prouve que la terreur ne reconnaît aucun privilège. Il y avait déjà l’indifférence de nos médias, qui souvent abandonnent des continents entiers à leur sort, indifférence motivée par le manque d’attrait d’un sujet ou la concurrence déloyale de sujets people plus rigolos, il y avait aussi l’incompétence de certains et bien d’autres problèmes de concentration de la propriété de vendeurs d’armes, de biens, de colonnes à la une. Aujourd’hui faire de l’info dans le monde revient à préserver son indépendance dans un océan d’hypocrisie, de copinage et surtout de menace comme le souligne reporters sans frontières. Pour quelques milliers de sujets sur le tsunami combien sur le Darfour, sur le Sida en Afrique et dans le monde ? 28 millions de mort en 2005 est un chiffre, mais il mérite une analyse autrement plus approfondie, et même si l’Irak est au centre de nos préoccupations, c’est juste une question de proportion.

 L’info serait-elle en train de changer de forme ? Ce serait souhaitable. En tout cas l’expansion des nouveaux supports comme les blogs posent un tas de questions auxquelles les professionnels se devront de répondre. On peut dire tout et n’importe quoi sur le web, il n’existe pour l’heure pas de chartes des journalistes amateurs, c’est à l’écrémage qu’on jugera la propagande de la véritable info mais c’est une source supplémentaire de diffusion et donc de répercussions.

 

Pour l’heure les français semblent se montrer satisfaits de leurs journalistes. Souhaitons que cela dure et que l’émotion perceptible depuis l’enlèvement de Florence Aubenas et Hussein Hanoun en Irak ne soit pas la seule cause de cet intérêt. Car demain encore ce soutien sera vital, pour que ce ne soit pas la mort dans l’âme, l’esprit lourd de trouille que les passeurs de lucidité continue à traquer l’info où qu’elle se trouve.

par abo publié dans : Edito
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

.


Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons

Calendrier

Juin 2005
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30      
<< < > >>

Au suivant

Cliquez ici pour recommander ce blog

Recherche

Album photos

Blog : Science sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus