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  • Après Citroën et le fracas des carcasses métalliques sur la chaîne hypocrite qui nous la joue "encore un tour", nous les ouvriers on adore écouter du Bach, dépenaillés, en songeant à des mots que plus personne n'utilise et puis, bonnet vissé jusqu'aux oreilles, le nez au vent, les vapeurs de cambouis insinuées dans chaque épaisseur de coton, on court au cinoche pour regarder les autres sur l'écran, en songeant à l'amitié, aux illusions de jeunesse, à la bouffonnerie généralisée des rapports humains, et au maton du ferrage, le jeanjean chef d'équipe qui demain pourrait bien se retrouver une chignole dans la zébrure à réciter son cahier des charges, aux tuméfiés de l'aquarium aussi, les playmobils, chacun sa couleur, bleu et rouge, jaune et bleu, gris pour la maintenance, cravate pour la décadence de la promotion. On y songe et puis on franchit la ligne, les belles portes vitrées de la grande salle, ou le carré soigné de la Arts et essais, et là, silence, recueillement, plus question de bagnole, de fraiseuse ou de soudure à froid, on devient philosophe son petit bonnet tortillé entre les doigts, on se dit que ça a toujours été comme ça, qu'on s'en fout des miteux. Et qu'histoire de faire la peau aux idée reçues, on mangerait bien du polar, du film noir.

Mardi 31 janvier 2006

mardi, 31 janvier 2006

medium_tele2.jpgOu notre héros André N. Nicklaus pour prouver son attachement à Marthe Grégory se voit contraint par sa belle famille de s'exhiber dans l'émission télé "Les voeux de l'amour" présentée par Didier Spinetti, le gendre idéal, la perfection du prime time.

 

 

 

Le studio d ‘enregistrement comme une arène sans terre battue, un immonde amphithéâtre kitsch au tapis de sol fluorescents, baigné de lumière crue jusqu’aux plus intimes recoins. Tel fut ma première vision d’horreur quand je pénétrais le lieu du défi.

- Vous êtes ?

- Un peu perdu je dois l’avouer .

Ils se ressemblait tous dans cet immense bordel hygiénique, les étiquetés menait la foule vieillotte à la voix, les semi-grabataires à problème urinaire étaient intelligemment placés sur les côtés, les marmots cernés au centre, noyé dans la masse de permanentes grise.
Le logement était en crise sur Paris d’après ce que racontaient les gazettes mais la légitimité des médiocres à prétendre à un toit trouvait dans ce temple son expression la plus démesurée. Gâchis organisé de place et d’accessoires, de brillantine et de fond de teint, de maquilleuses en sueur et de chauffeurs de salle cocaïnés jusqu’à l’oreillette. Cette bouffonnerie démesurée ne respectait évidemment pas les règles du direct. L’enregistrement d’une émission de trente minutes nous prit quatre à cinq heures.

J’étais depuis longtemps dans la place, répondant mollement aux questions des assistants de Spinetti, échangeant quelques mots avec mes co-thurnes, futurs adversaires de plateau. Je respirais difficilement, engoncé dans mon costume de C&A dont je venais de faire l’acquisition, lorsque Marthe pénétra dans la loge, en sandwich entre les deux ignobles chaperons de son sang. Elle était magnifique, vêtue d’une robe noire toute simple, les cheveux prit dans l’entremêlement de fils, comme un réseau de petites veines fuchsia dans l’épaisse toison brune. Cette apparition chassa d’un coup la pénible période d’attente angoissée. Son grand et admirable front dégagé, ses petits seins qui paraissaient méditer, discrets sous le tissu sombre, enfin elle me revenait.

Tandis que le père et la mère, anthropophages comblés au pays des rêves en carton, faisaient des papouilles à toute l’équipe, fuyant les lapements et autres bruits de sucions, j’isolais Marthe dans un couloir.

A peine avais-je saisi ses petites mains, fébrilement comme un gosse qui vient de faire le mur, trop heureux de ces retrouvailles, qu’un imbécile en costume bleu roi vint se planter sous notre nez, les pieds dans notre intimité confuse. Sans pudeur, sans retenue, c’était Spinetti. Marthe immédiatement se mua en une groupie sous hypnose, l’espace de quelques minutes je me trouvais remisé au second plan. Spinetti lui administra un long baise main écœurant sans se soucier de l’ordre des priorités.

« N’oubliez pas mes chers amis, du divertissement ! Je veux du divertissement ! »

Dans la seconde toute ma joie de collégien céda la place à une colère épouvantée.

« Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’on est venu là pour s’amuser ! » Marthe me regardait froidement.

- Merde Marthe, tes parents ont eu la pire idée imaginable, nous forcer à participer à cette bouffonnerie ! Je ne sais pas si j’aurais le cœur d’aller au bout !

- On n’a pas le choix.

- Si, tu sais très bien qu’on pourrait partir maintenant, quitter cette bande de dégénérés et rentrer chez nous, recommencer comme avant.

- Tu as donné ta parole André. Tu as donné ta parole. C’est un moyen comme un autre…

Elle était dans la nasse, nouvelle adepte, ayant pour de bon déléguer sa volonté aux événements, au chef d’orchestre de cette immonde symphonie. Un moyen comme un autre de gagner un week-end en Hôtel formule 1 sur une bretelle d’autoroute, voilà ce qu’étaient ces vœux de l’amour !

- Marthe, dis moi que rien n’est changé.

Spinetti repassait, suivi d’une nuée de petits marquis du plateau. Je le vis décocher un clin d’œil à ma princesse, à ma Marthe totalement conquise. Les conseils fusaient de toutes part : « Soyez vous-même ! A l’instinct ! N’hésitez pas à tout dire ! ».

- Comment peux-tu écouter cet abruti maquillé !

- Je le trouve assez aimable.

Oui certainement, aussi aimable qu’un juge s’apprêtant à décortiquer nos quelques mois de vie commune. Il avait le clinquant, la prose juste, l’amabilité d’un recouvreur de dettes qui n’attend qu’un mot de trop pour vous achever. Oui, elle était aimable cette petite machinerie ronronnante des vœux de l’amour, cette petite boite à musique pour chambre de jeune fille avec sa poupée Spinetti en verre poli. Mais le mécanisme marchait au vice, au jus concentré de lubricité et de double jeu. Mieux nous amadouer pour mieux nous dépecer tel était le stratagème . Et combien donc j’étais le seul à faire preuve de lucidité !

Bordel ! Ficelé comme une paupiette sur le siège éjectable de la connerie, piégé comme les autres dans un baquet d’auto-tamponneuse. Soudé à l’estrade, je suis là dans le bain de spot, derrière un pupitre en forme de termitière pour insectes plastiques. Je suis là et mon fluide vital fout le camp, je suis littéralement en train de me vider de toute énergie. L’idée me vient de présenter mon cul aux caméras à titre de partisan du réel, c’est inutile, mon geste héroïque disparaîtra au montage.

Les hostilités commencent, Marthe ignorant ma main ouverte a préféré se cramponner à l’accoudoir. Je suis seul cette fois sans aucun doute possible, moite devant la France entière.

Séparez l’authentique de la soupe populiste, et vous n’obtiendrez rien.

L’affrontement s’engage : Repassage, rangement, destination de vacances, nous effleurons avec délicatesse le quotidien douteux de notre vie commune. Et le fiasco est total. Pas un point, nous n’en marquons pas un. Spinetti renchérit : « A quoi avez-vous renoncé pour votre couple ? ». Marthe est en coulisse, c’est elle tout à l’heure qui devra répondre à cette même question. Il faut répondre vite, pas par principe non, par nécessité. Je suis engagé dans un très bref processus de survie. Les parents Grégory et leur faces de marionnettistes comblés d’aise au premier rang, la pression de ces milliers d’yeux qui me scrutent, Marthe qui n’attend qu’une chose… Et pourtant c’est plus fort que moi, je ne peux marcher dans leur sens à tous, c’est une compromission bien trop énorme. On doit répondre, c’est forcé, mais je n’ai rien à dire.

Alors je le dis : « Rien ». Et ce sera la substance de chacune de mes réponses à son harcèlement. Non, je ne m’étais jamais posé des questions aussi essentielles que : « Si elle rentrait tard de la salle de sport, seriez-vous inquiet ? » « Lequel de vous deux descend la poubelle ? »

- La fréquence de vos rapports sexuels est-elle satisfaisante ?

- Depuis trois semaines, la fréquence n’émet plus si vous voulez le savoir !

- Tiens donc et pourquoi cela, André ?

Spinetti souriait. Nicklaus était-il une proie si facile ? Minable pion, répète encore une fois mon prénom comme si tu t’adressais au doyen parkinsonnisé d’une maison de retraite et je te mets une balle entre les deux yeux ! C’est exactement ce qu’il m’aurait fallu dire, mais on a le courage de l’instant, et à cet instant précis, je me contentais de me taire. Non il n’y avait plus de rapport depuis que je ramais sur ce rafiot, depuis que nous avions subi le coup de balai de la fatalité familiale. Depuis 25 jour très exactement je n’avais pas touché le corps de Marthe. Et j’ai la mémoire des instants précieux…

- Vous êtes écrivain public je crois André ?

Je ne mouftais pas.

- Pourriez-vous nous expliquer en quoi cela consiste.

Toujours rien. Spinetti ne cédait pas. Il se tourna de côté, prenant soudainement le public à témoin.

« Chers amis du public, il semble qu’André ait besoin de vos encouragements ! »
La meute réagit au quart de tour, les deux syllabes de mon prénom reprises en chœur s’élevèrent au-dessus des gueulards immobiles comme une gigantesque bulle de bande dessinée. C’était beaucoup pour un seul homme, beaucoup de tenir bon face à une telle pression bestiale. Beaucoup de pouvoir aussi, pour un Spinetti, beaucoup trop. Cette chapelle était la sienne, les ouailles mangeaient dans sa main, c’est très exactement ce qu’il avait voulu me prouver par cette petite démonstration. Spinetti réagissait comme un chef de bande ; une résistance même minime de ma part pouvait provoquer les foudres du public. Après tout il n’était rien de plus qu’un lâche, c’est ainsi qu’agissent les lâches, dissimulé derrière la force brute.

« Comprenez moi André, Nous aimerions en savoir un peu plus sur vous. C’est le droit du public après tout. Essayons autrement si vous le voulez bien : Ce métier d’écrivain public y êtes-vous venu par vocation ? »

La vérité c’était que j’y étais venu par amour. En croyant bon porter ce masque ridicule j’avais joué la carte du respect pour l’innocence. Je n’avais pas voulu d’entrée plonger Marthe dans ma vie en mélasse. Pour cet amour, que Spinetti était en train de piétiner allègrement, la dissimulation n’était que le pendant du rêve, un mal nécessaire. Mais cette vérité n’avait rien à faire à la télé.

« Je voulais être facteur ». J’ignore ce qui m’a prit de répondre cela.

Un sursaut sans doute, et de l’espèce la plus rare, une bouffée délirante. J’aurais aussi bien pu annoncer gémissant : Je veux rentrer chez moi. Mais j’avais opté pour l’absurde. Spinetti feignit la surprise :

- Quelle curieuse idée. Ca manque tout de même de variété le métier de postier.

- Détrompez-vous, on rencontre des gens d’une espèce que vous ignorez : généreux, désintéressés…

J’avais débité d’un ton sec, trop heureux que ça sorte enfin. Et pourtant Spinetti affichait son parfait sourire de gentleman, je savais qu’il ne fallait pas s’y tromper. Un coq en sa basse-cour agit comme un gendarme.

- Mais ce côté bohème des écrivains publics, le poêle à charbon, les petites économies d’une longue vie. C’est sans doute ce qui attire une aussi charmante et très jeune fille que Marthe…

Vous savez comment parlent ceux qui peuvent abuser de leur temps d’antenne… Le maître de cérémonie articulait avec un soin tout particulier, abusait d’une technique éculée de beuglement théâtral. Chacun de ses mots dévastant la petite barricade de protection virtuelle que j’avais édifié patiemment. Je ne pourrais guère lui ôter ce mérite : il possédait un savoir faire évident pour abuser de son petit pouvoir. Je n’eus pas le temps de répliquer, Spinetti d’un virage à 180 degrés, virage chaloupé en glissement vers l’arrière était déjà à deux pas du public, un jingle de cuivres suraiguës gicla des haut-parleurs qui tapissaient la grande salle :

« Allez passons à la partie la plus intéressante de notre émission : c’est au tour des femmes ! »

Le tour des femmes finissait toujours par venir.

Isolé dans ma loge avec un petit verre de Cabernet d’Anjou en guise de réconfort, je vivais une solitude inédite. Et si j’étais en train de perdre la femme que j’aimais ? Comment là-bas, dans la cage à la merci de ce séducteur des hauts-plateaux, pourrait-elle se défendre ? Je l’avais séduite à coups de mensonges : c’était aussi la spécialité de Spinetti, et ça le rendait dès lors hautement fantasmatique, fantasmatique et bourré de tunes. Qu’allait-il improviser maintenant que j’avais à moitié avoué que notre couple battait de l’aile et du chignon ? Que Fantomas était mon employeur ? Je l’avais provoqué, j’avais provoqué Spinetti sans me soucier le moins du monde de but ultime de cette mascarade. J’avais oublié en route de me tenir aux garde-fou.

Je revins aux côtés de Marthe, légèrement échauffé par le Cabernet, me glissais péniblement dans l’espace menant au gros coussin mou que nous devions partager de nos fessiers complices. Et là, première surprise : Marthe était tassée contre son dossier, d’une façon que j’interprétais immédiatement comme une position de repli, voire même de dégoût à mon égard. Si elle avait pu, semblait-il, elle aurait sauter dans le siège voisin. Spinetti était à deux pas, un nouveau sourire en façade : celui du carnassier face à la bête incrédule. Profitant d’une petite trêve, les caméras n’avaient pas encore recommencer leur sinistre besogne, je remarquais un autre détail : Marthe avait pleuré. La tentative de dissimulation était impeccable, ses joues et ses pommettes étaient sèches, sans doute repassées au fond de teint, mais c’était insuffisant pour tromper le Nicklaus. Elle avait ce reniflement caractéristique de ses moments de pleurage, la goutte au nez, l’œil qui se détourne… Elle avait chialé, j’en aurais mis ma main à couper.
Voilà bien le genre de perspicacité et d’attention qui méritait qu’on me distribue des points. J’aimais assez cette femme pour ressentir ce qu’elle ressentait, pour avoir su deviner ses pleurs. De quoi rendre le Spinetti vert de rage…

« Bien, on peut dire que c’est une émission qui ne manque pas de rebondissement. Les femmes nous en ont appris des vertes et des pas mûres… »

A peine le temps de tenter une approche auprès de ma douce et c’était reparti avec le haut-parleur. Comme à Franprix un jour de remise : Spinetti en tête de gondole soldait son voyeurisme au kilo. Ce que j’entendais, filtré à la passoire de ma raison chancelante ne ressemblait à rien : « Un couple de Picards obèses, venez vite, venez voir ! Les smicard endettés du troisième type et comme clou du spectacle, le couple pas-couple : Elle pourrait être sa fille, il a les idées larges et ils couchent ! » C’était une petite voix, comme un gargouillis s’extirpant dans un râle des viscères de Spinetti, la vérité de ses boyaux. Il portait des petits bas transparents dans ses chaussures de cuir le Spinetti, il avait le sens du détail et du pas de danse. Mais je voyais clair dans son jeu.

A la question concernant nos rapports Marthe pouffa comme une idiote. Sur une petite note d’impudeur, elle assura Spinetti que « ça ne marchait plus aussi bien qu’avant » , et je cru dans l’instant avoir imaginé qu’elle disait cela. A l’autre question quand aux sacrifices que notre couple lui aurait imposés, elle réprima un sanglot, en se lamentant sur ses amies perdues, son année scolaire en forme d’échec…

Quoi ? j’étais ce monstre ? Je regardais Marthe avec les yeux de la vérité, cherchant dans son attitude et ce déballage écœurant où se cachait l’humour et le naturel. Il me sembla que leur fauteuil auto-tampon possédait une option « allongement infini », tant ce profil que je regardais amoureusement me parut loin, plus étranger seconde après seconde. « Tourne la tête Marthe, tourne ta tête de petite connasse vers moi… ». Je chuchotais, mais d’une manière suffisamment distincte pour qu’elle m’entendit.
Elle me snoba.
Je ne m’étais pas trompé, cette émission était une cour d’assise, et dans l’idéal, au retour de la loge, j’étais devenu l’accusé, Spinetti avait retourné le public contre moi, avait poussé Marthe à la délation. Et il corsait le mélange :
« Il est vrai que la différence d’âge entre vous explique assez facilement votre échec ». Elle était comme droguée, lointaine, dévisageant Spinetti comme le prêtre chargé de son salut.
«Rassurez vous Marthe, rien ne prouve que vous serez forcée de beurrer ses tartines à André au temps béni de la retraite ! »
Rires abominables dans le public, la mascarade s’est muée en impitoyable jeu de la vérité. Tout cela n’avait aucun sens, pourquoi s’acharner sur ma misérable personne ? Pourquoi Marthe avait-elle attendu cette exhibition pour étaler ses reproches, ses frustrations et ses petite ambitions ? Il n’y avait qu’une raison et une seule : Spinetti, qui lorgnait sur elle comme sur un trophée.

Le visage de Marthe, entre épousailles et naufrage. Le bonheur dans le dos, plus prêt des récifs que de la liste de mariage. C’est le même sentiment que lorsqu’on se vide de son sang . Une réalité en laquelle on croyait qui fout le camp, c’est la vie qui se tire sans douleur, par palier. Et c’est ce qu’on était en train de me faire.

Spinetti lorgnait. Avec sa carrosserie refaite, ses implants, sa gomina, son sourire en placo il était le summum de la représentation du quadra épanoui, bien dans son corps, nullement complexé de sa richesse… L’idéal incarné. Et Marthe, qui s’était habituée à l’idée d’être attractive aux yeux des vieux messieurs, avait sans nul doute flairé les avantages à tirer d’un tel parti.

Au début de notre relation il m’avait fallu supporter la petitesse de toute les théories à la mode concernant l’attraction de l’homme mûr pour une jeune fille et vice-versa. Cela dans des bouches amies, dans le désordre de mes connaissances lointaines et proches. « Elle cherche la protection d’un père… » « Elle n’est qu’une enfant ». A se demander de quel cerveau amical aurait bien pu surgir un encouragement, un soutien. Les collègues au tri m’avaient mis en garde contre le jeu de cette petite. Et le ver était dans le fruit déjà, avant même d’avoir essayé de nous faire l’un à l’autre. En ce jour de spectacle d’agonie, rangée au côté de Spinetti elle avait décidé de leur donner raison. Compromis fumeux entre la séduction Nicklausienne et la sécurité paternelle. Spinetti incarnait le renouveau, le brin de muguet précoce, le nouveau mentor.

Tout le laissait supposer. Il suffit de déchiffrer chez une femme souvent, il suffit de comprendre le code, les soupirs tacites, les sourires… Même si Marthe changeait de code au gré de ses déplacements. C’était manifeste, dans son chagrin soudain la consolation portait un micro-cravate, une gourmette or et promettait une révolution de palais.
Le couple de Picards obèses emporta le morceau : des chèques–cadeaux, une parure de lit, les médailles en chocolat du dépucelage télévisuel et le réconfort d’avoir fait ses preuves.
En voilà deux qui continueraient à couler des jours heureux sans plus de honte…


OFF. Les caméras, le son. A priori plus rien ni personne ne nous épiait, le plateau s’emplit bientôt d’une foule de techniciens casqués, d’assistantes, d’assistantes des assistantes, etc. Et l’œil sur la petite foule, scotché à mon siège, défiant le temps et l’espace je restais un instant en suspens. C’était fini, comme une rage de dent qui avait cessé, la douleur s’en était allée. Je relâchais ma vigilance, Marthe en profita pour s’éclipser de son côté du manège. Elle avait probablement rejoins les coulisses. Je venais tout juste de décider d’en faire de même, lorsque relevant la tête j’aperçus deux immenses boulets de canon qui fonçaient droit sur moi, deux boules de chair en furie, dignes redresseurs de tort, artisans du destin corrompu, les parents de Marthe fendant la foule. Mon esquive fut magnifique, je devrais dire ma diversion, ce serait plus juste. En appui sur le fauteuil j’imprimais un effort concentré des deux jambes contre la termitière vert pomme qui nous avait tenu lieu de pupitre. La chute de cette chose eut un effet convaincant. Tout le monde recula dans une pagaille étonnante, repoussant les deux boulets en périphérie du cercle. Michel Grégory bondissait sur les pattes arrières pour me suivre des yeux par dessus les épaules en barrage. J’étais dans les coulisses déjà. Mais point de Marthe en vue. Je commençais à marcher de long en large, arpentant tout les couloirs du petit village troglodyte. Une sauvagerie progressive, une nervosité grandissante s’emparait de moi. La faute à la vitalité, à toute la vitalité retenue des heures durant pour ne pas me donner en spectacle. Elle pointait son nez tardivement mais avec la rage du champignon gémissant pour sortir de terre au bout de la nuit. Je passais devant des portes, des barrières de sécurité, des ascenseurs. Et je voyais derrière chaque mur, je devinais le Spinetti entreprenant, acculant Marthe dans un angle , le regard bleu–émail, ses mèches dissimulant grossièrement ses oreilles décollées et ma douce cédant pouce après pouce, bientôt à la merci de toutes les injures.

« Qu’on m’indique la loge du pervers ! »

J’imaginais sans doute qu’en hurlant la forteresse cachée livrerait ses secrets, comme Ali baba dans son désert mité en quête du trésor fabuleux. « Marthe ! Marthe ! ». Pas de réponse. Je Tambourinais des pieds sur le bois d’une marche. Renversais ou jetais au loin tous les objets à portée. Les chaises de mauvaises qualités rebondissaient sur les murs, les câbles tendus s’arrachaient à leur matrice sans un sanglot. Quelqu’un finirait bien par remarquer le bordel, mes manières d’émeutier.

« Marthe ! Ou sont les pavés ? »

Je gueulais comme un forcené, il ne s’agissait plus de lui faire entendre raison, il s’agissait de la débusquer. Et que l’on s’intéresse à mon sort.

Pour qui ne s’est jamais perdu, qui n’a jamais senti que le cour des choses se jouait de lui, que sa réalité s’effilochait comme un vieux pull, ma crise, ce soudain abandon à la rage pourra passer pour une classique crise de jalousie du névrosé impuissant. Mais c’était tout autre chose, c’était bien plus. Cinquante ans de soumission, de colère sourde contenue, d’années s’étant succédés sans réussite et qui par un curieux effet boomerang explosaient enfin à la face du monde, côté-jardin de ce théâtre creux. Je ne perdrais pas Marthe aussi connement.

Je ne la perdrais pas du tout.

Un petit groupe de curieux a fini par venir à ma rencontre, mais les cris, ma face convulsée, le sang qui tambourine à mes tempes. Tous ces petits signes les forcent à se maintenir prudemment à distance. Je saisis sans intention particulière un extincteur rouge sang qui me narguait au mur. Et l’arme déployée fermement à bout de bras braque l’embout noir sur l’homme le plus proche. Il se pétrifie dans la seconde, sa mâchoire pendouille lamentablement.

« Où est Spinetti ? ». Voilà, cette fois le forcené a clairement démontré ce dont il était capable, exprimé ses revendications. Il me semble que tout est clair, mais mon interlocuteur figé comme l’âne dans la crèche semble avoir définitivement perdu la parole. Quelqu’un bouge en arrière du groupe, une femme toute menue se fraye lentement un passage jusqu’au devant des curieux. Elle porte une broche gigantesque, un papillon luisant qui lui mange la poitrine, à moins que ce ne soit son torse, guère plus large que celui d’une enfant, qui fait paraître le papillon plus gros qu’il ne l’est. Enfin, toujours est-il qu’elle paraît inoffensive avec sa petite voix tremblante :

« Monsieur Spinetti est remonté dans son bureau, et il n’y a plus aucune raison de le déranger ».

Ils ne comprennent que la manière forte, comment ai-je pu l’oublier aussi facilement. D’un bond je suis sur la naine, de mon bras libre je l’attrape au cou. Evidemment sans réelle violence, il faut bien reconnaître que je sais y faire.

« Je vais vous en trouver une de raison ! »

J’ai fait volte-face, et me voilà reparti à l’assaut de l’immeuble entier, traînant mon otage minable comme un pantin sans force. Nous nous engouffrons dans un ascenseur qui s’ouvre à peine. « Quel étage ? » Elle me regarde comme si j’étais Human bomb à poil sur une plage, mi-fascinée, mi-terrorisée, incapable de la moindre réponse. Petite pression délicate sur ses cervicales. L’ogre de ses cauchemars lui murmure au visage : « Quel étage papillon ?!! ».

C’est au neuvième, elle paraît soulagée d’avoir céder si vite. « Comprends moi, ça n’est pas après toi que j’en ai… La cause de tout ça c’est ton patron. » Elle comprend sans comprendre, regarde l’extincteur, les bras ballants, un sourire contrarié aux lèvres. Je ne vais pas la convaincre, et ça n’a aucune importance. C’est long neuf étages, c’est atrocement long, ça vous laisse le temps de douter.

Je ne sais pas bien ce qui me prend de mêler tout le monde à ce scandale, je ne sais pas bien si une charge désespérée de cavalerie contre ce fortin de Babylone peut assurer un retour à la douce quiétude. La porte coulisse, j’ai les yeux dans le vague, je ne tiens plus la nuque de la femme au papillon que de deux doigts. Ils sont quinze, vingt, un rempart de sécurité en uniformes bleus devant la cage d’ascenseur. Je ne suis pas bien sur d’avoir vu luire le chrome d’une ou deux armes. Inconscient je fais sauter la molette de l’extincteur et tente d’activer le mécanisme. Ce genre de saloperie ne marche qu’une fois sur deux. C’est la mauvaise. Ma petite captive a bondi hors de mon giron.

La mêlée compacte s’abattit sur moi comme la grêle sur l’oisillon, je me souviens qu’entre les cris de mes agresseurs, les bruits sinistres de la chair qu’on fait bleuir et les câbles couinant de la cage d’ascenseur, aucun hurlement de douleur ne sortit de ma bouche. J’accueillais par un profond silence le tabassage en règle, dans une sorte de recueillement désespéré. L’extincteur me fut ôté, l’ascenseur repartit vers le rez-de-chaussée et à cet instant seulement je réalisais mon échec.

Mon corps atterri sur le trottoir avec un bruit mat. Ils ne désiraient pas se compliquer la tache. Le mouton noir une fois évincé de la bergerie, la petite fantaisie rupestre pouvait continuer. C’est assez humiliant de se tenir ainsi, a genou sur un trottoir humide en début de soirée. Et pourtant je ne m’en souciais pas le moins du monde. Je venais d’être cocufié par toute l’ORTF liguée contre ma petite personne. J’avais un goût de sang dans la bouche et un avenir en forme de bout du monde pour partisan de la terre plate. Le gouffre. La victime regarde le monde, l’assiégeant jette un dernier coup d’œil sur la forteresse imprenable.

Il y a cette belle femme derrière le cordon de sécurité, cette belle femme en robe sombre… Marthe, seule au milieu des badauds, elle ne fait pas un geste, sa respiration forme une jolie buée contre le verre de la grande baie vitrée. Entre elle et moi, un mur transparent, nos mois gâchés de vie commune, les sons de la rue qui montent en vrille. Et un visage-pâle, Spinetti, l’ennemi intime de mes jours.

par abo publié dans : mandjaro.le-journal
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Lundi 23 janvier 2006

lundi, 23 janvier 2006

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Laisser les images parler seules, c'est risquer les analyses à l'emporte pièce, les conclusions hâtives. Si face à la force indistincte des CRS, à ces silhouettes groupées et floues on peut opposer des visages de mères, d'enfants, d'homme le visage en sang, nul doute que nous savons de quel côté notre coeur balance. Ce film amateur circule depuis quelques temps sur la toile, provoquant de-ci de-là des débats souvent hargneux, des prises de parole où chacun campe sur ses positions. Ce film est une pièce brute, souvent flou, confus, il vous met dans la peau d'un sans-papier (et non d'un clandestin), d'un assiégé attendant que les portes cèdent. Pourquoi les télés refusent-elles de diffuser, même des extraits de ce genre de document ? Elles si friantes à l'habitude de sensationnel, d'émotion brute semblent se désintéresser complètement de la réalité crue. Evidemment ce petit film de l'intérieur n'est pas l'oeuvre d'un journaliste accrédité qui poserait des questions pertinentes aux représentants de la maréchaussée. Si c'est un reporter il a oublié la règle d'or du cadrage propre. Non la qualité est mauvaise parce qu'il est évident que celui qui filme est dépassé par ce qui arrive. L'irruption d'une cinquantaine de CRS en uniforme, leur énergie débordante quand il s'agit de déloger les femmes et les enfants réfugiés dans une autre pièce. Les crs sont d'une susceptibilité légendaire, pendant cinqs bonnes minutes ils vous dévisagent, visages fermés, et d'un coup c'est la charge pour un mot de trop. La matraque fait taire les récalcitrants et soulage l'amour propre de celui qui l'utilise.
Du "Non non non aux expulsions !" entonné bras-dessus bras-dessous par les militants et les familles ne subsiste presque rien dans le chaos général, lumière éteinte suivant l'irruption des uniformes. On entend par dessus le brouhaha des :
" Vous étes en train de terroriser des enfants !!!" "C'est des gamins! Laissez sortir les femmes ! "
Puis net et définitif tandis que la petite foule tente un sitting de la dernière chance. "On y va !!!" Parce que sous les uniformes sommeillent des hommes d'action à qui on a appris à ne pas réfléchir mais à agir. Quand l'évacuation, l'expulsion, appelons là comme on veut, traîne, ils remettent la gomme.
Quand des "Vous n'étes pas des hommes ! " "Plutôt pute que CRS" parviennent à leurs oreilles ils manient la matraque dans la seconde. Et c'est ainsi que jusqu'à l'aube ils poursuivront inlassablement leur tâche de nettoyeurs dans les rues adjacentes. Expulser d'accord, mais en gardant la part de jeu, la traque et la dispersion.
Mais qui doutait de l'efficacité des méthodes des CRS, de leur violence ? Non, le vrai sujet c'est la disproportion. Que la force publique soit devenu la solution à tous les les problèmes sociaux, c'est inquiétant et c'est pour tout dire le symptôme d'une politique du nettoyage et de la terre brûlée qui aurait remplacé les préventions et la politique sociale. Suite aux incendies criminels dans différents hôtels parisiens ou des enfants (principalement) de parents immigrés d'afrique noire trouvèrent la mort. Bertrand Delanoë et Jean-Louis Borloo (Ministre de la cohésion sociale) avaient promis qu'ils feraient le maximum pour qu'il n'y ait plus de familles habitant dans des squats à Paris ; et la mairie de Paris avait promis de reloger toutes les familles expulsées des squats vers des habitats convenables. On n'a vu que les expulsions, les relogements se feront au compte goutte. Pour ceux qui en douteraient, rappelons que les personnes expulsés ne sont pas des sans-papiers, que ces personnes travaillent mais sont justes contraintes au squatt où à s'abriter dans des hotels insalubres hors de prix pour cause de discrimination. Rappelons comme nous l'avions fait dans un précédent article que la situation du logement en France est catastrophique, qu'il y a une vraie disproportion entre la demande et la réalité. Quand des milliers de mètres carrés dévolus à la spéculation restent tout bonnement vides (2 millions de logements vides en France en 1999, voir les chiffres du DAL). La demande de logements ne cesse d’augmenter.

Un petit bilan s’impose :

Il y a des situations d’urgence Le nombre de mal logés et de sans logis reste important.
- 1,6 millions de personnes vivent dans des logements sans douche, WC ou les deux
- 1 million de personnes sont logées en situation de surpeuplement accentué
- 550 000 personnes, dont 50 000 enfants, vivent dans des hôtels, des meublés ou sous-locataires
- parmi les locataires, 300 000 ménages sont en situation d'impayés de loyers dont deux tiers dans le parc social, soit environ 1 million de personnes
- 146 000 personnes dans des maisons mobiles (recensement 1990)
- 10 000 sans abri à Paris pour une nuit moyenne de l'hiver 1995
- 86 000 personnes étaient "sans domicile".
Source : Ministère du Logement, de l'Equipement et des Transports - Questionnaire de la Commission de la Production et des Echanges. Projet de LFI pour 2001 et INSEE enquête 2001 sur la population "fréquentant les services d'hébergement et les distributions de repas chauds"
Le 7ème rapport de la Fondation Abbé Pierre, publié en mars 2002, recense trois millions de personnes mal logées en France dont, 86 000 sans domicile, 200 000 personnes hébergées durablement en hôtel, en habitat de fortune ou par des parents et amis, un demi million de personnes vivant en habitat temporaire ou précaire et deux millions de personnes dans des logements dépourvus de confort sanitaire de base. (SOURCE : Droit au logement)

Des immigrés en situation régulière s’entassent dans des hôtels bon marché à leur risques et périls. Jean Louis Borloo promet la lune avec son plan contre la fracture sociale en tête de pont d’une prose gouvernementale campée sur des chiffres gros comme une montagne:

Doubler le nombre de logements sociaux et inciter le marché locatif. Le deuxième axe du plan Borloo: s'attaquer à la crise du logement. D'abord rattraper le retard en construisant des logements sociaux: 70.000 cette année, 80 à 85.000 l'an prochain, pour atteindre 500.000 nouveau logements HLM en 2009. Pour ce faire, 3 millions de mètres carrés pourraient être mobilisés à Paris ou en région parisienne (par exemple des terrains qui appartiennent à la SNCF), et les financements seront simplifier pour accélérer le processus. Le ministre envisage parallèlement de récupérer des logements vacants dans le parc privé. L'idée est de trouver un système sécurisant pour garantir aux propriétaires, frileux face aux défauts de paiements, leur garantissant leur loyer en cas de non paiement du locataire. Cela pourrait permettre de remettre 100.000 logements sur le marché. Dernière mesure: les logements d'urgence vont être augmenter pour éviter l'hôtel durable aux familles expulsées. 12.300 places supplémentaires d'accueil et d'hébergement d'urgence, dont 4.000 places en maisons-relais pour des personnes en grande difficulté, et 7.000 pour des demandeurs d'asile, devraient être créées d'ici à 2009, afin d'atteindre 100.000 places. » Source : RTL

Mais les expulsions n’ont jamais été aussi violentes que ces derniers temps. Et des intérimaires meurent de froid dans leur voiture faute de place en foyer.

par abo publié dans : Actualités
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Dimanche 15 janvier 2006


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"Rien ne saurait étonner un américain"
Jules Verne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les américains ont la fâcheuse tendance à avoir toujours une longueur d'avance, après la lune, le fond des océans, le proche-orient, voilà qu'ils ont entrepris de s'intéresser à de nouveaux territoires sauvages. Sans nouvelles des Aliens depuis que Ben laden leur avait piqué la vedette dans la catégorie du "Mystère caché qui explique tout" nous respirons enfin, un remplaçant est en route, gloire aux spin doctors un nouveau héros arrive ! Et il est Africain, on l'appelle pour l'instant le Kalanoro, il est flippant, brouillon, hirsute, agressif, vit en bande, pour un américain le kalanoro réunit tous les stéréotypes rattachés à l'Afrique. Mais précisons les origines de ce petit être gris.

Sur Cryptomundo, un certain Loren Coleman, nous annonce qu’une unité de marines américains auraient entraperçu plusieurs représentants d’une nouvelle espèce de primates. Le détail de la découverte est donc rapporté sur un site hautement scientifique, étayé, pas du tout occulte et frapadingue [?!] : Cryptomundo, terre d'asile de Big Foot. L'information est ensuite relayée sur Boing boing. La rencontre improbable aurait eu lieu durant des opérations secrètes en République démocratique du Congo entre 1997 et 2002. Période de guerre dans l'ex-Zaire. Suivant ce que rapportent les membres de cette unité d’élite des marines, ces créatures, de la taille de chimpanzés, mais pratiquant la bipédie avec décontraction, auraient le dos hérissé de piquant semblables à ceux des porc-épics, et c’est tandis qu’ils tuaient sauvagement un animal que les marines auraient surpris 13 d'entre eux, piquants hérissés par l'excitation de la chasse. Par ailleurs ce curieux animal vivrait en milieu aquatique. Les créatures aperçues en République Démocratique du Congo seraient cousines d'une autre créature connue, d’après ce que l’on nous explique, depuis toujours des Malgaches : le Kalanoro qui malgré ses pouvoirs télépathiques et son apparence humanoide reste considéré comme un animal. Le dessin de Harry Thrumbore le représente. Madagascar est depuis toujours un haut lieu de légendes et de récits ayant trait à des créatures magiques. Imaginons la migration du Kalanoro de Madagascar à la République démocratique du congo, un périple difficile si l’on songe aux nombreuses guerres civiles en cour dans cette partie de l’Afrique... Bien entendu, comme dans toute nouvelle de cet acabit il existe une preuve : une vidéo de trois minutes classifiée par l’armée, car on se doit d’ignorer pleinement les raisons de la présence d’une unité spéciale de marines en plein milieu du conflit de l’ex Zaïre. Et c’est là que cette histoire improbable, cet énième hoax (canular se baladant sur le net à la vitesse du téléphone arabe) nous intéresse. Des unités d'élite américaine en plein conflit au Congo, tout le monde rêve d'en avoir la preuve.

 

 

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Entre 1997 et 2002 Il y avait bien des unités d'élite de l'Armée américaine dans cette région et elles avaient pour but l'entraînement et la formation des forces de l'AFDL, Alliance des Forces démocratiques pour la Libération du Congo qui se sont depuis emparées du pouvoir en RDC, au prix de nombreux massacres et déplacement de réfugiés que dénoncent l'association Human rights Watch :

 

 

Morale tragi-comique

La morale de cette histoire c'est que ces petits êtres perdus, chassant fièrement au fin fond des forêts denses du Congo, (elles le sont forcément pour que ces trolls amphibies se soient cachés si longtemps), fuyant les humains, tentant de préserver leur culture de chasseurs-cueilleurs et probablement un tas d'autres qualités... ces petits êtres surpris par une caméra dans leur quotidien, sans le savoir détiennent la clef d'une bataille géopolitique, c'est un peu comme si le Yéti détenait les clefs de l'occupation chinoise au tibet. Sans nous emballer il est possible que la politique internationale entre dans une nouvelle ère. Si tout celà est vrai, ( on attend les articles dans "Nature" et le "New York Times") Guantanamo verra débarquer des prisonniers d'un nouveau genre : petits singes gris perdus dans leur camisole orange XXL traînant tristement la patte pour rejoindre le réfectoire. Il faudra capturer tous les Kalanoros, car il est tout à fait possible qu'ils nuisent aux intérêts américains. La main mise des états-unis sur les richesses du Congo est à ce prix. Evidemment si cette histoire n'était qu'une énorme fumisterie, si les unités d'élite américaine sous l'abus de psychotropes, LSD ou autres, avaient confondus un mariage pygmée avec un scène de chasses de lutins, évidemment à ce moment là le gouvernement Bush tomberait, éclaboussé par le scandale, les français à leur tour décideraient de rendre un peu de son indépendance à l'Afrique et sur le champ le monde serait plus beau.

par abo publié dans : Enquêtes
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Mardi 10 janvier 2006

lundi, 09 janvier 2006

En conclusion du film de G. Clooney "Good night and Good luck" il ya cette profession de foi du héros : Edward R. Murrow parvenu sans courber l'échine, mais au prix de sa carrière, à défier Macarthy. Il dit à peu prêt ceci : la télé peut enseigner, éclairer des millions de personnes, elle est un instrument qui peut inspirer aussi mais à condition que ce soit le fruit d'une volonté, si l'on veut qu'elle ne soit qu'un instrument de divertissement, d'amusement et de cloisonnement, elle le restera. C'est une question de complaisance, ceux qui affirment que personne ne regardera des programmes destinés à éclairer, à informer qu'ont-ils au juste à perdre à essayer ? Si certains n'affirment pas la volonté d'utiliser cet instrument suivant ces principes alors la télévision n'est pas autre chose qu'un meuble lumineux.
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C'était en 1958, quelle différence avec notre télé de 2006 ? Non, nous ne sommes pas soumis à la chasse aux sorcières, passées les habituelles dynamiques, homme politiques-journaliste-recettes publicitaire-démagogie. La question d'une télévision riche, lucide et utile ne se pose apparemment plus qu'en terme de pourcentage, les chaînes privées peuvent faire ce qu'elles veulent puisqu'Arte et la Cinquième remplissent leurs rôles de télés intelligentes (sic). Toujours ce magnifique cloisonnement français, on ne peut pas tout faire, soit on distrait, soit on informe. Et que dire des journaux télévisé, qui s'emballent désormais sans recul, avec non plus la volonté d'informer clairement mais plutôt de soumettre les spectateurs à des stimulis émotionnels, qui après quelques jours s'avèreront être des informations non vérifiés, des rumeurs... pour exemple le "train de l'enfer du nouvel an." Très visuelle et choquante comme image mais information à peine étayée... juste de quoi donner du grain à moudre à quelques politiciens toujours sur la brêche et présentateurs en mal de sujet. Murrow ne parlait pas d'autre chose que d'intégrité, de conscience, mais nous dira t-on le cynisme emporte tout à la longue, l'énergie des jeunes journalistes volontaires que l'on usera comme on use les scénaristes, et réalisateurs motivés, porteurs de sujets intéressant mais pas "vendables", hors du créneau, "trop", entendez : trop vrai, trop en avance, trop moraux quand les gens veulent qu'on les délasse le soir et non qu'on leur administre une énième prise de conscience. La télé prozac contre la télé lucide, le choix n'a pourtant rien de cornélien, mais dans notre beau pays, on dira toujours que les gens ne sont pas prêts, parce qu'on l'a décidé d'avance...
Si vous tendez l'oreille, à la radio, à la télé, dans la rue, au bureau, à l'usine, vous entendrez les beaux parleurs, les causeurs avec un avis sur tout, des spécialistes ouvrant des débats, tournant des pages. El Fernando a depuis longtemps décidé de n'être spécialisé en rien, sinon en vie intra-utérine 8 mois d'emblée, puis une trentaine d'années et quelque en vie intra-citadine, sirotant un petit biberon de réalisme acidulé quand amoureux des polars je dois subir les bluettes françaises décrivant la vie du commissariat flambant neuf de la PJ St Martin, aussi proche de la réalité qu'un épisode de Madame est servie le serait de votre vie familiale. Subir aussi les sagas de l'été, réunissant des millions de gogos autour d'un Dolmen de studio qui a tout d'un Menhir et qui nous solde une Bretagne en cirée jaune et intrigue à la "club des cinqs" j'ai mal à ma télé comme disait De Gaulle, main sur le coeur et téléphone à l'esgourde pour dicter sa vision des choses à l'ORTF. Les choses ont elles changées ? Evidemment c'est mieux qu'en Italie où la totalité des chaînes est entre les mains d'un seul homme, mais chez nous c'est l'autocensure qui prime, la guerre préventive faite à l'intelligence des téléspectateurs conduit à l'écoulement régulier d'un bouillon immonde, d'une tambouille à laquelle Arte par à coups parvient à donner un peu de goût. Les fictions françaises c'est un fait et pas seulement policières, nagent dans le bonheur et le débile, les instits sont des Mac gyver, les flics des clones balladurisés d'un Roger Hanin qui s'essoufle, les brocanteurs sont psychologues et en fait de fictions on nous solde un téléthon des familles, qui fait oublié au quidam son petit quotidien délavé dans un jus de chausette en 52 minutes. Vent discret de la fiction ampoulée où le carrément foutraque et magique avec Mimmie matty en mère Térésa invisible côtoient les reconstitutions en costumes à faire mal aux yeux. Seules entorses à ce sérialement correct : "Engrenages" sur canal et "Clara Sheller" puis retour aux remake et à l'utilisation de quelques scénaristes qui ont fait leurs preuves : les Maupassant, Alexandre Dumas et autres. A l'opposé les maudits ricains ont depuis longtemps saisi le potentiel du format télé, de la liberté qu'elle offre, de l'espace pour développer des histoires, faire grandir des personnages et amener la réflexion chez le télespectateur. medium_engrenages.jpgOn se plaint de notre télé en France parce qu'elle est uniforme, s'autocensure, se diperse dans le vulgaire et d'inutiles chroniques nombrilistes, le parisianisme tounant à vide, notre télé ne nous ressemble pas et pourtant quel outil ! Quel potentiel ! A quand une télé comme HBO aux états-unis qui développe des projets comme "Oz" ou "The Wire" en réunissant les meilleurs des scénaristes, des acteurs, des producteurs avisés, écrivains informés. Société civile au travail, penché sur sa réalité et analysant les faits sans fards, sans collusion, dénonciation réaliste au fond. Et il faudrait ajouter "The shield".
A quand une série reprenant en France les affaires de corruption des politiques, les liens coupables de la presse et des pontes du pouvoir depuis plus de trente ans, le tout en nous décrivant la réalité de la rue, des trimards, des gens qui se bougent ailleurs que sur les marchés typiques ou l'île aux enfants. Ni la télé , ni le ciné en France , à quelques exceptions (Les mauvais joueurs, 36 quai des orfèvres, Sur mes lèvres, le petit lieutenant...) ne se penche avec lucidité sur les réalités de tous les jours, des Pialat, Sautet, Beauvois... la télé américaine en a des équivalents prestigieux. Quand des noms comme ceux de David Simon, Edward Burns, chroniqueur pour la section criminelle du Sun et inspecteur de police. Dennis Lehane auteur de "Mystic River", George Pelecanos, auteur de polars et producteur des frères Coen dans les années 80 se penchent sur le berceau , nul doute que le bébé sera beau et digne de ses pères spirituels, imprégné de réalisme, à un point rarement atteint, comme le souligne ce site d'afficionados francophones de la première heure : The Wire - France.
Si la seule qualité de la série se limitait au réalisme celà finirait par ne mener nulle part, mais non les intrigues, les personnages, leurs faiblesse, leurs ambitions, leur ennui tout celà nous attache irrémédiablement à une poésie noire des jours de boulot. Prolos et notables. Au turbin les flics, les dealers, les dockers, les politicards, toutes les ruches bourdonnent et ce que le travail produit c'est en permanence du pognon, de la destruction, des solitudes citadines, alcool, prostitution, hypocrisie... des toxs qui s'en sortent, des flics qui plongent, des dealers qui voudraient rêver d'autre chose, des prédateurs... on retrouve le fond du fond de toutes nos sociétés. C'est Bukowski sur les docks. Avec pour la saison 3 un parfum de Western urbain en plus, quand un major de police, sans prévenir sa hiérarchie décide de nettoyer la ville de ses dealers en légalisant le deal sur des petites zones, édifiante démonstration alors du cynisme des politiciens, attachés à leur sondage, gouvernant non pour l'intérêt de la communauté mais dans un pur souci de préservation personnel, et d'ambition. C'est toute la politique des minorités, politique sécuritaire, l'absence de l'état américain sur le terrain social qui est illustré. Sale boulot laissé aux flics et au juges sans rien de concret du côté de la prévention. Ca ne vous rappelle rien ? La saison 4 sera consacré à l'éducation, sujet particulièrement d'actualité ici aussi, répression, éducation, et si tout celà restait quoi qu'il arrive une question de business ?medium_posterart_mcnulty.2.jpg
Saisons 1 et 2 en coffret DVD
par abo publié dans : Chroniques
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