L'écran d'El Fernando
Votre serviteur est de ceux qui ne prennent jamais de vacances, ou si peu, une petite expédition sur zone industrielle de temps en temps, une baignade dans une carrière inondée, une visite au camp militaire de Coëtquidam entre les fausses baraques de béton, les cibles géantes et les ballets des Rafales sur la forêt de Paimpont, ça fait mon bonheur. Quelques heure de base-ball avec mes potes aussi, manière de justifier mon surnom d'el toro et puis retour aux écrans géants, pop corn dans les allées, Suzy la guichetière délicieuse, pommettes hautes, grands yeux calmes, et gestes brouillons quand elle rend la monnaie, (sûrement mon charme latin). J'ai prévenu Suzy, elle me verra beaucoup, je vais squatter la feutrine des fauteuils tout l'été. Et pour commencer "Joyeux noël" de Christian Carion, [ça me rappelle un 15 aôut caniculaire où j'étais aller voir "La bûche" moins cher qu'un cône et même fraîcheur de vivre] un film sur la fraternisation dans les tranchées en 1916, entre allemands, anglais, français, une belle oeuvre européenne pour célébrer l'apaisement d'un continent déchiré durant des siècles.
Adepte du coq à l'âne depuis un séjour marocain aux cascades d'ouzoud, (mais ça fera l'objet d'une explication prochaine) je n'ai pu m'empêcher en pleine projection de me souvenir de cet autre film : JSA, autrement plus intense et habité et traitant du même sujet humaniste: la fraternisation en temps de guerre, au-dessus des impératifs nationaux, idéologiques, le quotidien, le ressac de la petite humanité qui oublie les armes et la connerie de l'affrontement. La simplicité en un sens qui tente de se frayer un chemin au grand jour. Dans JSA, film de Park Chan Wok qui réalisera 4 ans plus tard "Old Boy", c'est d'un autre pays dont il est question, où les tranchées n'ont guère été comblées en 50 ans.
"La division contemporaine de la Corée remonte aux suites de l'occupation japonaise commencée à partir de 1905. À la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, la Corée a été divisée en deux zones par les puissances mondiales, les États-Unis et l'URSS. En 1948, le Sud et le Nord se constituaient chacun en un État indépendant, un Nord communiste, et un Sud sous influence étatsunienne. En juin 1950, la Guerre de Corée commençait. Le Sud était soutenu par les États-Unis, le Nord par la Chine. L'accord de cessez-le-feu de Panmunjeom, signé en 1953, a mis fin aux combats mais pas à la guerre, qui n'est, en 2004, toujours pas officiellement terminée. La péninsule de Corée est divisée par une zone démilitarisée (DMZ) aux alentours du 38e parallèle. C'est la zone la plus militarisée du monde." Source : Wikipédia
La Corée, où la guerre de tranchées la plus longue de l'histoire, de part et d'autre de la frontière la plus explosive au monde. Les militaires du nord, obéissant à un régime dictatorial, qui fut communiste avant d'être stalinien, où les famines se succèdent à l'abri derrière un rideau de fer, pas d'images, à part peut-être de temps à autres les retours au compte goutte dans le sud de quelques membres d'une famille déchirée, les militaires du sud et la guerre froide entretenue, la course au nucléaire, le chaud et le froid. C'est une dialectique de la violence entre nations jumelles, un corps fendu en deux dont les membres s'afrontent à l'infini. Le cinéma Coréen est de qualité, de grande qualité même, on en a la certitude depuis les années 80, et le récent déferlement de films de genre, de sabre (Bichumoo) et policier (memories of murder), mangas (Wonderful days) et kimkiduckerie (Samaria , locataires) confirme le constat. Im kwon taek, réalisateur prolixe d'une centaine de film avait montré la voie, "Les monts taebek" surtout détaillait les basculements d'un village situé sur le 38 ème parallèle et passant successivement du Nord au Sud. Le Mont Taebek considéré comme la montagne mère du pays, un endroit de beauté et de tolérance, à voir ce lieu déchiré, ces familles imploser, ces individus forcés de choisir entre deux feux, et c'est toute l'âme coréenne qui s'explique : cet omniprésence de la violence et de l'absurde. Ces 20 dernières années le cinéma coréen a mûri, ses cinéastes ont digéré lé culture us et travaillent sur cette séparation et ses effets dévastateurs. Pour l'histoire la Joint security Area c'est la zone tampon, le no man's land de la séparation, où surveillent inlassablement les vigies en uniforme. Risquant de mettre le feu au poudre un double meurtre en pleine casemate des gardes communistes va forcer tout ce petit monde à enquêter. Pour l'intrigue évidemment je ne dirais rien, mais il faut souligner que si le film s'entame assez classiquement comme un "whodunit" (Kikatué?) de plus. Les flash back vont se charger de nous attacher lentement aux personnages, on retrouve Song Kang-Ho déjà vu en détective roublard dans "Memories of murder" et sa gueule fatiguée personnalise pleinement une Corée lasse de reconduire le malaise, jour après jour, il est celui qui a voyagé, qui dans un pays fonctionnant en autarcie sait qu'il existe d'autre modèles. En face il y a le jeune soldat du sud, avec un sens de l'honneur et une bonne dose d'idéalisme. Tout soldat surpris en train de parler avec l'ennemi est fusillé, ceci dit, il reste des tas d'autres moyens de communiquer autrement que par les mots. Il y a la bouffonnerie, la chasse au lapin, la musique... et comme dans le plan de fin on devine derrière les postures, le sérieux des uniformes que ces déguisements ne tiendront plus longtemps, on l'espère en tout cas. Mais "la grande muette" en kaki n'aime guère les histoire qui finissent bien.

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