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  • Après Citroën et le fracas des carcasses métalliques sur la chaîne hypocrite qui nous la joue "encore un tour", nous les ouvriers on adore écouter du Bach, dépenaillés, en songeant à des mots que plus personne n'utilise et puis, bonnet vissé jusqu'aux oreilles, le nez au vent, les vapeurs de cambouis insinuées dans chaque épaisseur de coton, on court au cinoche pour regarder les autres sur l'écran, en songeant à l'amitié, aux illusions de jeunesse, à la bouffonnerie généralisée des rapports humains, et au maton du ferrage, le jeanjean chef d'équipe qui demain pourrait bien se retrouver une chignole dans la zébrure à réciter son cahier des charges, aux tuméfiés de l'aquarium aussi, les playmobils, chacun sa couleur, bleu et rouge, jaune et bleu, gris pour la maintenance, cravate pour la décadence de la promotion. On y songe et puis on franchit la ligne, les belles portes vitrées de la grande salle, ou le carré soigné de la Arts et essais, et là, silence, recueillement, plus question de bagnole, de fraiseuse ou de soudure à froid, on devient philosophe son petit bonnet tortillé entre les doigts, on se dit que ça a toujours été comme ça, qu'on s'en fout des miteux. Et qu'histoire de faire la peau aux idée reçues, on mangerait bien du polar, du film noir.

Mardi 28 juin 2005

L'écran d'El Fernando
Votre serviteur est de ceux qui ne prennent jamais de vacances, ou si peu, une petite expédition sur zone industrielle de temps en temps, une baignade dans une carrière inondée, une visite au camp militaire de Coëtquidam entre les fausses baraques de béton, les cibles géantes et les ballets des Rafales sur la forêt de Paimpont, ça fait mon bonheur. Quelques heure de base-ball avec mes potes aussi, manière de justifier mon surnom d'el toro et puis retour aux écrans géants, pop corn dans les allées, Suzy la guichetière délicieuse, pommettes hautes, grands yeux calmes, et gestes brouillons quand elle rend la monnaie, (sûrement mon charme latin). J'ai prévenu Suzy, elle me verra beaucoup, je vais squatter la feutrine des fauteuils tout l'été. Et pour commencer "Joyeux noël" de Christian Carion, [ça me rappelle un 15 aôut caniculaire où j'étais aller voir "La bûche" moins cher qu'un cône et même fraîcheur de vivre] un film sur la fraternisation dans les tranchées en 1916, entre allemands, anglais, français, une belle oeuvre européenne pour célébrer l'apaisement d'un continent déchiré durant des siècles. Adepte du coq à l'âne depuis un séjour marocain aux cascades d'ouzoud, (mais ça fera l'objet d'une explication prochaine) je n'ai pu m'empêcher en pleine projection de me souvenir de cet autre film : JSA, autrement plus intense et habité et traitant du même sujet humaniste: la fraternisation en temps de guerre, au-dessus des impératifs nationaux, idéologiques, le quotidien, le ressac de la petite humanité qui oublie les armes et la connerie de l'affrontement. La simplicité en un sens qui tente de se frayer un chemin au grand jour. Dans JSA, film de Park Chan Wok qui réalisera 4 ans plus tard "Old Boy", c'est d'un autre pays dont il est question, où les tranchées n'ont guère été comblées en 50 ans. "La division contemporaine de la Corée remonte aux suites de l'occupation japonaise commencée à partir de 1905. À la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, la Corée a été divisée en deux zones par les puissances mondiales, les États-Unis et l'URSS. En 1948, le Sud et le Nord se constituaient chacun en un État indépendant, un Nord communiste, et un Sud sous influence étatsunienne. En juin 1950, la Guerre de Corée commençait. Le Sud était soutenu par les États-Unis, le Nord par la Chine. L'accord de cessez-le-feu de Panmunjeom, signé en 1953, a mis fin aux combats mais pas à la guerre, qui n'est, en 2004, toujours pas officiellement terminée. La péninsule de Corée est divisée par une zone démilitarisée (DMZ) aux alentours du 38e parallèle. C'est la zone la plus militarisée du monde." Source : Wikipédia
La Corée, où la guerre de tranchées la plus longue de l'histoire, de part et d'autre de la frontière la plus explosive au monde. Les militaires du nord, obéissant à un régime dictatorial, qui fut communiste avant d'être stalinien, où les famines se succèdent à l'abri derrière un rideau de fer, pas d'images, à part peut-être de temps à autres les retours au compte goutte dans le sud de quelques membres d'une famille déchirée, les militaires du sud et la guerre froide entretenue, la course au nucléaire, le chaud et le froid. C'est une dialectique de la violence entre nations jumelles, un corps fendu en deux dont les membres s'afrontent à l'infini. Le cinéma Coréen est de qualité, de grande qualité même, on en a la certitude depuis les années 80, et le récent déferlement de films de genre, de sabre (Bichumoo) et policier (memories of murder), mangas (Wonderful days) et kimkiduckerie (Samaria , locataires) confirme le constat. Im kwon taek, réalisateur prolixe d'une centaine de film avait montré la voie, "Les monts taebek" surtout détaillait les basculements d'un village situé sur le 38 ème parallèle et passant successivement du Nord au Sud. Le Mont Taebek considéré comme la montagne mère du pays, un endroit de beauté et de tolérance, à voir ce lieu déchiré, ces familles imploser, ces individus forcés de choisir entre deux feux, et c'est toute l'âme coréenne qui s'explique : cet omniprésence de la violence et de l'absurde. Ces 20 dernières années le cinéma coréen a mûri, ses cinéastes ont digéré lé culture us et travaillent sur cette séparation et ses effets dévastateurs. Pour l'histoire la Joint security Area c'est la zone tampon, le no man's land de la séparation, où surveillent inlassablement les vigies en uniforme. Risquant de mettre le feu au poudre un double meurtre en pleine casemate des gardes communistes va forcer tout ce petit monde à enquêter. Pour l'intrigue évidemment je ne dirais rien, mais il faut souligner que si le film s'entame assez classiquement comme un "whodunit" (Kikatué?) de plus. Les flash back vont se charger de nous attacher lentement aux personnages, on retrouve Song Kang-Ho déjà vu en détective roublard dans "Memories of murder" et sa gueule fatiguée personnalise pleinement une Corée lasse de reconduire le malaise, jour après jour, il est celui qui a voyagé, qui dans un pays fonctionnant en autarcie sait qu'il existe d'autre modèles. En face il y a le jeune soldat du sud, avec un sens de l'honneur et une bonne dose d'idéalisme. Tout soldat surpris en train de parler avec l'ennemi est fusillé, ceci dit, il reste des tas d'autres moyens de communiquer autrement que par les mots. Il y a la bouffonnerie, la chasse au lapin, la musique... et comme dans le plan de fin on devine derrière les postures, le sérieux des uniformes que ces déguisements ne tiendront plus longtemps, on l'espère en tout cas. Mais "la grande muette" en kaki n'aime guère les histoire qui finissent bien.

par abo publié dans : Chroniques
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Mercredi 22 juin 2005
ça se passe aussi chez Haut et Fort.   

                 
                              Prise2tête. Kung-fu cérébral
par abo publié dans : mandjaro.le-journal
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Mardi 14 juin 2005

J’épiais les allers et venues autour de la laverie comme d’autres aimaient s’avachir devant leur poste de télé, c’était devenu une méchante habitude. Je me roulais clope sur clope et scrutais l’enseigne lumineuse, la buée qui gagnait du terrain par couche, s’affichait progressivement sur la vitrine. Ça tenait du miracle parfois toute la vapeur épaisse trouant la rue les soirs de chaleurs.

Descendu de mon perchoir, je rejoignis la salle carrelée. Le soir approchant, l’assemblée hétéroclite avait déserté les lieux. La pièce était vide. Hormis un pauvre sac trônant sur la table. Curieusement ça sentait le raifort et le tabac froid, comme si les cloches avaient laissé traîner une vieille paire de groles et une réserve de tabac de chine dans un sèche-linge. Le sac puait tout autant : vieux chien mouillé, un pissou d’indigène des trottoirs, c’était au choix. Risquant un coup d’œil vers la porte je m’approchais du cabas de survie estampillé « Monkey bag », il tenait droit, rigide, et un savant travail de marqueterie avait visiblement permis de rafistoler les anses en bois pour un confort tout ergonomique. J’aurai sans doute risqué un coup d’œil à l’intérieur si on m’avait laissé le temps. Surgissant comme une furie la légitime propriétaire venait de faire son entrée. La charpie en guenille d’été tenta sans attendre de me faire subir une impressionnante clef de bras dont je me dégageais assez facilement, récoltant au passage une béquille bien ajustée dans la cuisse. A cet instant seulement elle laissa échapper un terrible meuglement guerrier qui à lui seul valait toutes les prises de close-combat disponibles dans l’attirail des vigiles du Monoprix. Désormais loin du sac, attendant que passe la douleur je lorgnais sur mon assaillante, son genou à la peau épaisse et noire dépassant de sous la grosse jupe plissé. Elle s’était arrimée au Monkey bag avec la sauvagerie d’un bulot qui tient à son rocher plus qu’à tout autre chose. Posé à même la pointe du pied l’une de ses frêles gambettes charbonnées tremblotait, et visiblement c’était bien de moi dont elle avait peur.

Comme deux discus affaiblis surnageant péniblement dans leur aquarium sous la lumière crue, nous nous dévisagions de côté. Je craignais une nouvelle attaque foudroyante, elle redoutait un vol à la tire. Pour détendre d’une manière où d’une autre cette atmosphère suspecte il aurait fallu des talents de diplomate, je ne me trouvais capable que d’une piteuse pirouette verbale : « Vous auriez de la monnaie pour les machines ? » refusant obstinément de détourner le regard l’autre ne répondit rien, puis imperceptiblement se mit en mouvement. Traînant les pieds son précieux sac tout contre elle, elle se mit à avancer droit sur moi. J’aurai pourtant dû m’en douter, avec mon physique de jockey, mes petites jambes galbées d’Aznavour en crise de tétanie perpétuelle, j’étais ce qu’on pourrait appeler le contraire d’un athlète, et pour tout dire je faisais une proie facile. Stoïque je la laissais venir, sur ma garde dans l’hypothèse où il faudrait esquiver un nouveau coup. L’éternité nécessaire à sa prudente traversée des quelques mètres nous séparant me laissa tout loisir de détailler les traits de la vieille. Elle était morveuse et reniflait à chaque pas. Sous la méchante muraille de sourcils froncés on devinait deux yeux vifs de fouine, ses mains étaient longues, osseuses, d’un blanc impeccable. Et avant que j’ai pu esquisser le moindre mouvement de recul elle avait touché au but. Testant d’un coup d’épaule mon équilibre, elle s’immobilisa soudain, collée contre moi. Rapidement je vérifiais que personne ne se préparait à entrer puis j’attendis. L’odeur tenace de la vieille m’enveloppa lentement comme un puissant anesthésique, sa rage semblait s’être dissipée, et comme je la laissais faire elle entrepris de se coller un peu plus contre moi. Le nez contre son chignon défait, menton levé, il m’apparut assez clairement qu’elle cherchait l’apaisement. Chez les grands singes une grande séance d’épouillage aurait définitivement scellé la réconciliation. Mais je manquais de dextérité dans ce domaine et de peur de provoquer une nouvelle avalanche de coups je n’osais bouger. A mon grand soulagement ce fut elle qui brisa la glace : « je te montre ce qu’il y a dedans si tu vides le tien. » C’était assez imprévisible, baissant la tête je constatais qu’elle lorgnait sur mon sac de linge sale. C’était donc ça, d’un coup je me dégageais de l’étreinte la vieille tituba, manquant de tomber à la renverse.

L’odeur s’était incrustée, une odeur de pot-pourri, de plante racornie, un délicat mélange qui chahutant mes narines me rappelait pêle-mêle l’agonie d’un Zippo, un vieux calva, une godinette. La vieille attendait, reprenant progressivement mes esprits je décidais qu’il serait bon finalement d’enterrer la hache de guerre. Je ralliais la table et sans attendre retournant mon sac de linge déversais tout son misérable contenu en pleine lumière. Mon intimité formait un minuscule tas de fripes sordides. Il fallait que je sois à moitié cinglé pour me prêter à ce jeu. La vieille prit place sur l’un des bancs dos à la rue et à défaut de fouiller dans les fringues épars comme je m’y attendais, elle se contenta de glousser. Visiblement satisfaite, tandis qu’elle défaisait avec une application intense les quelques ficelles qui fermaient son sac elle m’invita à prendre place à ses côtés. Et commença un curieux inventaire. Ca n’était rien sans doute mais je savais qu’elle venait de m’ouvrir les portes de son jardin secret. En un surcroît de dignité la rencontre de l’exilé et de la nomade aux yeux jaunis de mauvais vin passait de la rixe à la confidence. Elle logea dans ma main une petite chenille verte, pâle et luisante, je reconnus sans peine des bonbons collés, vosgiens sans doute ou des Valdas centenaire soudés les uns aux autres. Progressivement elle aligna ses fétiches : un médaillon enveloppé avec soin, une paire de lunettes sans monture, une poupée minuscule qui clignait de l’œil, des photos de mariés découpés dans des journaux…

Des milliers d’histoires, sa vie, elle s’appelait Enora et je ne l’ai plus jamais revu après ces quelques heures d’intimité. Toute agonie atteint son terme quand il n’y a plus de raisons de lutter. Existerait-elle encore sans la somme, les années lumières de souvenirs d’étrangers agrafés, petites capsules de bonheur propres à peupler ses jours et ses nuits ? Je me souviens qu’en rangeant son sac elle répétait « tout est à sa place ici. » Et cette phrase m’avait paru d’une justesse à chialer. Comme si pour tenir la mort à distance ces fétiches suffisaient, comme si ce rôle de gardienne de fantômes la préservait de l’irréparable. J’étais sorti ensuite, mon linge toujours aussi sale dans son sac gris. Enora à la table semblait m’avoir oublié déjà. Derrière la vitrine le visage gainé d’une ombre fugitive elle souriait paisiblement. La traversée de la rue vide me parut prendre des heures.

 

 

par Abo publié dans : Autres vies
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Mercredi 8 juin 2005

Pourquoi Mandjaro ? Pourquoi pas Mont Canigou ou Rail de Ouessant ? Que vient faire ici le nom d'une montagne qui a priori ne devrait passionner que les randonneurs, les alpinistes chevronnés et quelques amoureux de l'afrique de l'est ? Ce nom, nous l'avons choisi, tout simplement parce que cette montagne est magnifique, que derrière sa beauté se cache une puissance en sommeil. Des volcans éteints à proximité de la Rift valley là où tout aurait commencé, pour l'humanité, ça faisait pas mal de symboles réunis et du coup, ça s'est imposé. En fait de volcans éteints l'équipe du journal
réunit pour l'heure si peu de monde que ça serait presque indécent de les nommer tous. Journal avec un oeil de trop, expression chère à H. Michaux. Mandjaro se fixe la lourde tâche de donner sa vision décalée du monde sous toutes les formes qu'il jugera nécessaire d'utiliser. Les étiquettes ne sont pas notre fort mais disons que notre fond de sauce c'est l'utopie, sorte de synthèse caramélisée d'une pensée de gauche, de l'écologie militante et du surréalisme. Certains se disent anarcho-taoistes, d'autres décus du programme commun de la gauche, d'autres des terroristes du verbe, d'autres ne se prononcent pas. Un oeil de trop sur une montagne ça a un petit côté franc-maçon et pourtant c'est juste dans l'idée de voir loin. Mandjaro est un métissage. Nous vous laissons tout loisir d'explorer les liens, les articles pour vous faire une idée.

CONTACTEZ-NOUS ICI e-mail


Aline Toullic d'après Basquiat.

par anton abo publié dans : mandjaro.le-journal
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Jeudi 2 juin 2005

 

Il y avait des histoires à reconter et puis, au fil de la plume, les personnages, leurs sentiments, aigreurs ou espoirs, leurs luttes, leurs possibles disparitions, tout celà a fini par se mouvoir, se confondre, par acquérir une autonomie propre. Aussi, si ne restent que de sbribes, des évocations, des pièces rapportées, si ne demeure en fil rouge que l'acharnement du narrateur à vouloir fixer ce que lui-même oublie plus vite qu'il ne le fixe, autant faire le récir de l'inconstance, de ce qui échappe, de ce qui s'éffiloche. Libre alors d'assembler ce que l'on croira en cohérence, de rejeter ce que l'on soupçonne de légèreté, de rétablir un semblantde narration là où l'histoire a ses croisements.
Puisqu'il est des lieux qu'on traverse à défaut de les enjamber, des lieux qui ne dureront qu'une saison, mais qu'on ancre en soi à l'abri d'un orgueil, ce journal ne saurait durer plus qu'une évocation.
Nuancée, tronquée c'est la carte imprécise d'une géographie intérieure, le récit d'un deuil, d'une lutte, d'un exil.
C'est un menu pour qui daignera croire qu'un personnage en bout de course pouvait redevenir un homme.
par anton abo publié dans : Inédits
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Mercredi 1 juin 2005

« La mort dans l’âme »

A l’heure ou le débat, tous les débats sur l’Europe fleurissent, l’information est partagée comme jamais, au gré des forums, des chats, des blogs, on peut vérifier qu’une frange au moins de la population s’est emparée des médias avec force et conviction. Ceux-là même qui sont les passeurs d’idées quant à eux sont cette année ciblés plus encore. Les journalistes, grands reporters en majeure partie, que ce soit en Irak ou Côte d’Ivoire… servent désormais par la menace qu’on fait peser sur eux la cause de nouveaux communiquant de la terreur plate. Parfois même c’est en creux qu’on devine les revendications des preneurs d’otage, à leur silence. Ils souhaitent tout simplement qu’une menace sourde délimite des zones de non information, coupées du monde. Assassinats, enlèvements définissent une nouvelle identité des journalistes, non plus par le média qu’il représente, par la qualité de leurs infos, mais par leur seule existence. Cela nous prouve que la terreur ne reconnaît aucun privilège. Il y avait déjà l’indifférence de nos médias, qui souvent abandonnent des continents entiers à leur sort, indifférence motivée par le manque d’attrait d’un sujet ou la concurrence déloyale de sujets people plus rigolos, il y avait aussi l’incompétence de certains et bien d’autres problèmes de concentration de la propriété de vendeurs d’armes, de biens, de colonnes à la une. Aujourd’hui faire de l’info dans le monde revient à préserver son indépendance dans un océan d’hypocrisie, de copinage et surtout de menace comme le souligne reporters sans frontières. Pour quelques milliers de sujets sur le tsunami combien sur le Darfour, sur le Sida en Afrique et dans le monde ? 28 millions de mort en 2005 est un chiffre, mais il mérite une analyse autrement plus approfondie, et même si l’Irak est au centre de nos préoccupations, c’est juste une question de proportion.

 L’info serait-elle en train de changer de forme ? Ce serait souhaitable. En tout cas l’expansion des nouveaux supports comme les blogs posent un tas de questions auxquelles les professionnels se devront de répondre. On peut dire tout et n’importe quoi sur le web, il n’existe pour l’heure pas de chartes des journalistes amateurs, c’est à l’écrémage qu’on jugera la propagande de la véritable info mais c’est une source supplémentaire de diffusion et donc de répercussions.

 

Pour l’heure les français semblent se montrer satisfaits de leurs journalistes. Souhaitons que cela dure et que l’émotion perceptible depuis l’enlèvement de Florence Aubenas et Hussein Hanoun en Irak ne soit pas la seule cause de cet intérêt. Car demain encore ce soutien sera vital, pour que ce ne soit pas la mort dans l’âme, l’esprit lourd de trouille que les passeurs de lucidité continue à traquer l’info où qu’elle se trouve.

par abo publié dans : Edito
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Mardi 31 mai 2005

" Où l’on attend. Le parloir est de ces étapes imposées pour ravitailler la cale, inonder les sens d’une nouveauté pressentie. Odeurs, froissements, frôlements de tissus rêches. Le cliquetis de serrures n’est déjà plus qu’une information parmi d’autres. Je tâche d’économiser chaque geste, scrutant l’hygiaphone comme seul horizon. L’hygiaphone qui me malaxe, m’entame, m’étrangle savamment. Non, ils ne croient pas que parler me soulagera, ils se fichent du soulagement, la croyance en la cérémonie seule suffit.

Le parloir est un lieu qui vous reçoit, hôte, juste le temps d’abreuver les terres en friche. Rien que la fine gouttelette, la maigre rainure que creuse l’eau à même le sol nu et sourd.

Celui qui vient, celui qui sollicite pourrait n’être qu’une ombre singeant la défense, un bourreau en villégiature. Il marque de sa présence en négatif l’endroit d’où devrait se manifester l’écho. Je l’observe vaguement, sans attentes particulières. Si l’envie me prenait de l’épier il tirerait le rideau. Quel profil admirable, cette belle prestance des certitudes entretenues, cette omnipotence qui s’affiche, presque palpable. A peine un visage, juste une insupportable causerie. Du bon côté, rênes en main, il interroge, griffonne, fait mine de savoir quand il est à cour d’inventions. Tout cela me blesse et m’indiffère. Quelle nouveauté suis-je en droit de réclamer ? Exiger peut-être pour que la farce soit complète que l’on fasse mine de me laisser sortir. Entrer, sortir, je ne sais plus bien à quoi tout cela correspond. Pousse t’on un homme au hasard sur une scène aussi nue ? Sous cet éclairage de néons faméliques ? Pour qu’on neutralise un homme à ce point il faut d’autres raisons, d’autres principes.

Je gesticule, cela va de soi, puisque le moindre de mes mots à peine libéré est jeté à bas, épousseté comme on le ferait de miettes sur une table. Sans les mots, comme un simple pantin spectateur d’un funeste jeu pratiqué sur sa dépouille.

L’enfermement pour une heure encore, pour la vie entière prolonge la peine.

Une seule fois accepter le jeu, accepter que l’on cloisonne ma parole, que l’on me dise où et quand je pourrais faire montre d’humanité, c’est le signe premier de la perte de ma condition d’homme.

« Faites là où on vous dit de faire ! Déféquez ! Mangez ! Parlez ! » il ne reste plus qu’un buisson d’actes conjugués à l’impératif. Il faut bien que le corps se purge, on ne parle plus pour être entendu, on ne parle plus d’ailleurs, on joue les naïfs ou les muets. Un juste assemblage d’organes, aussi catégoriquement soumis qu’un rat de laboratoire. Et le naïf laborantin fait jouer encore une fois sa clef dans la serrure. Retour à la cellule, à l’essentiel. Le loquet tourne comme par miracle, je reste assis, patiente la prochaine ronde. Et sous ma fesse glisse le monde."

L'observatoire international des prisons le rappelle, les prisons françaises sont douloureusement surchargées et source de bien des drames : suicide, agressions, maladies mentales. Le débat nécessaire concernant les prisons rebute tout le monde parce qu'une forme de "bon sens populaire" juge depuis toujours que les prisonniers, les "punis" méritent leur sort. La question ici n'est pas sur les peines mais sur les conditions d'incarcération, sur la dignité bafouée. Le très bon article de Stéphane Artéta dans le Nouvel Obs décrit parfaitement la situation en juin 2004, depuis rien n'a changé. Il convient de souligner que la situation dans les prisons françaises est un scandale complet. On juge une société à sa façon d'appliquer la loi, de protéger les faibles. Les lois élémentaires ne sont tout simplement pas respectées dans les prisons. Rappelons que les incarcérations de très longue durée ne représente qu'un infime pourcentage et que la vrai question au bout de tout celà est celle de la réinsertion. Comment se réinsérer quand on ressort broyé, fou ou définitivement associal du cloisonnement.
























par Anton Abo publié dans : Débats
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Lundi 23 mai 2005

Photo Le Poher. Hebdo du centre bretagne


On l’a suffisamment répété ici, la question du logement est ces derniers mois en permanence sur le devant de l’actualité. Qu’un Gaymard, ministre de son état soit contraint à la démission pour une sordide histoire de logement de fonction et c’est la partie immergée de l’iceberg d’un problème qui touche tout le territoire français, Paris en premier lieu ou comme toujours si les problèmes sont les mêmes qu’ailleurs, leur visibilité criante confine à la caricature. Intra-muros les prix ont tant flambé que l’exode des classes moyennes au-delà du périphérique ne cesse de s’accélérer. La région parisienne s’étale dorénavant sur un périmètre qui ne devrait s’arrêter qu’en Champagne ou Seine maritime. Quid des logements sociaux promis ? Quand des milliers de mètres carrés dévolus à la spéculation restent tout bonnement vides ( 2 millions de logements vides en France en 1999, voir chiffres du DAL . La demande de logements ne cesse d’augmenter.
Un petit bilan s’impose :

Il y a des situations d’urgence Le nombre de mal logés et de sans logis reste important.
- 1,6 millions de personnes vivent dans des logements sans douche, WC ou les deux
- 1 million de personnes sont logées en situation de surpeuplement accentué
- 550 000 personnes, dont 50 000 enfants, vivent dans des hôtels, des meublés ou sous-locataires
- parmi les locataires, 300 000 ménages sont en situation d'impayés de loyers dont deux tiers dans le parc social, soit environ 1 million de personnes
- 146 000 personnes dans des maisons mobiles (recensement 1990)
- 10 000 sans abri à Paris pour une nuit moyenne de l'hiver 1995
- 86 000 personnes étaient "sans domicile".
Source : Ministère du Logement, de l'Equipement et des Transports - Questionnaire de la Commission de la Production et des Echanges. Projet de LFI pour 2001 et INSEE enquête 2001 sur la population "fréquentant les services d'hébergement et les distributions de repas chauds"
Le 7ème rapport de la Fondation Abbé Pierre, publié en mars 2002, recense trois millions de personnes mal logées en France dont, 86 000 sans domicile, 200 000 personnes hébergées durablement en hôtel, en habitat de fortune ou par des parents et amis, un demi million de personnes vivant en habitat temporaire ou précaire et deux millions de personnes dans des logements dépourvus de confort sanitaire de base. (SOURCE : Droit au logement)

Des immigrés en situation régulière s’entassent dans des hôtels bon marché à leur risques et périls. Jean Louis Borloo promet la lune avec son plan contre la fracture sociale en tête de pont d’une  prose gouvernementale campée sur des chiffres gros comme une montagne:

« 500.000 nouveaux logements
Doubler le nombre de logements sociaux et inciter le marché locatif. Le deuxième axe du plan Borloo: s'attaquer à la crise du logement. D'abord rattraper le retard en construisant des logements sociaux: 70.000 cette année, 80 à 85.000 l'an prochain, pour atteindre 500.000 nouveau logements HLM en 2009. Pour ce faire, 3 millions de mètres carrés pourraient être mobilisés à Paris ou en région parisienne (par exemple des terrains qui appartiennent à la SNCF), et les financements seront simplifier pour accélérer le processus. Le ministre envisage parallèlement de récupérer des logements vacants dans le parc privé. L'idée est de trouver un système sécurisant pour garantir aux propriétaires, frileux face aux défauts de paiements, leur garantissant leur loyer en cas de non paiement du locataire. Cela pourrait permettre de remettre 100.000 logements sur le marché.Dernière mesure: le logements d'urgence vont être augmenter pour éviter l'hôtel durable aux familles expulsées. 12.300 places supplémentaires d'accueil et d'hébergement d'urgence, dont 4.000 places en maisons-relais pour des personnes en grande difficulté, et 7.000 pour des demandeurs d'asile, devraient être créées d'ici à 2009, afin d'atteindre 100.000 places. »

Source : RTL

mais les expulsions n’ont jamais été aussi violentes que ces derniers temps. Et Droit Au Logement souligne que sur 500 relogements promis il y a des mois seuls 250 ont eu lieu.

 

En ces temps où précarité croissante et spéculation font bon ménage la situation sur la région parisienne est loin d’être une exception. Depuis quelques mois en Bretagne un vent de révolte gronde. A stroll en anglais signifie promenade, ballade, un mot tout en légèreté, bucolique même comme cette bonne vie à la française calme et tranquille que viennent chercher de nombreux nouveaux arrivants de ce côté-ci de la manche. Stroll est aussi un mot breton qui signifie collectif, en l’occurrence c’est le nom du collectif « ensemble pour le Trégor goélo » qui depuis quelques mois s’est mobilisé contre la spéculation immobilière qui sévit en bretagne. Ils dénoncent « la flambée des prix qui est un facteur d’exclusion pour les jeunes et les familles les plus modestes. L’arrivée massive de riches nantis qui alimentent le déséquilibre du marché de l’immobilier.» Collectif visant à défendre les intérêts de la Bretagne  A Stroll n’a pas hésité à utiliser le terme de colonialisme économique, ce qui dans un premier temps a fait grincé de nombreuses dents jusqu'en Angleterre mais cette provocation aura eu le mérite d’alimenter le débat. Ils réclamaient des élus un droit de préemption sur les logements vacants, la création d’un établissement public foncier au large source de financements pour aider les petites communes à exercer leur droit de préemption. C’est chose faite. Mais le conseil régional n’aura pas les épaules pour alimenter ce fond. Le débat est donc lancé et c’est une bonne chose, localement A Stroll ne fait que récupérer la lutte du DAL, mais il y la spécificité du cas du centre Bretagne.

Et l'Intégration des anglais ? Et si les poules aux oeufs d'or voyaient les choses sous un autre angle ? Souvent retraités ils fuient de fait par ras le bol un pays ou la flambée immobilière est sans commune mesure avec la notre, ou la protection sociale est réservé aux plus riches, un système que Blair entretient dans les pas de Thatcher. Il serait bon de voir la situation comme la marque d'un problème européen, la bretagne n'est pas une terre habituée à une forte immigration, mais pour autant elle est une terre d'accueil et d'ouverture sur les cultures du monde. Dans cette affaire de logements c'est aussi une question d'intégration: dans les deux sens. Les anglais installés seraient sans doute heureux de participer à l'avancée du débat, avant tout il faut jauger les vrais problèmes, le centre bretagne moribond profite aussi de l'installation des nouveaux arrivants. Reste qu'il y a cette affaire de la langue: l'état français, tout tremblotant n'accorde rien à la langue bretonne qui ne met pas en péril l'intégrité de la république quand il çède face aux corses. Si c'est par crainte du communautarisme c'est louable mais le communautarisme est une conséquence de l'absence de dialogue, et Sarkozy d'ici peu imposera sa discrimination positive en lieu et place du dialogue : un préfet musulman, un ministre trégorois, des sénateurs scientologues... L'état n'a toujours pas compris qu'un système à l'espagnol, intelligemment décentralisé était une source d'enrichissement et non de problèmes. Le gouvernement a préféré institué une décentralisation jacobine, laissant aux régions et collectivités locales plus de charges que de moyens, manière de se délester un peu plus, de poursuivre l'abandon des services publics.
Il y face à la question des langues régionales la même peur que face à l'indépendance de nos micro-colonies éparpillés, quand l'angleterre lâche Hong-kong on applaudit mais on s'accroche à la Guyane et au West indies comme si l'honneur du pays en dépendait, c'est pathétique, comme si toute la pensée d'un pays était passé sous la coupe règlée d'adepte du soin palliatif. Euthanasie pour la France du passé ? Pour un pays qui ne sait se réformer que sur le versant économique, en se délestant du meilleur (les services publics) sans rien offrir d'alternatif.

Prenons un autre exemple : la situation des sans domicile, des mal logés dans notre beau pays, qu'ils soient victimes de discrimination sociale, raciale, le résultat pour eux est le même, malgré la quantité de logements vacants, malgré la réactualisation des lois sur la discrimination, rien n'y fait. Le DAL usant d'un euphémisme parle de réquisition de logement vides, appelons les choses par leur nom : le squatt est peut-être en passe de devenir la solution d'avenir pour les milliers de précaires, étudiants, étrangers, sans-papiers. Le sacro-saint droit à la propriété qui conditionne les difficultés actuelles ne serait-il pas adaptable, voir aisé à contourner puisqu'il semble que ce soit là le dernier recours. Aucune politique de réquisition par les mairies, les conseils généraux n'ayant été mis en place, le secteur de l'immobilier est devenu l'un des plus concurentiel et ouvert au n'importe quoi. Apparemment le relogement d'urgence en hôtel bon marché, de situation de remplacement est devenu situation durable, le récent et dramatique incendie sur Paris tire la sonnette d'alarme dans ce sens aussi. La situation est on ne peut plus préoccupante, et au-delà des voeux pieux rien n'est fait pour concrètement arranger la situation. A SUIVRE ICI EN MAI UN DOSSIER COMPLET SUR LES SQUATTS.

par anton abo publié dans : Actualités
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Samedi 21 mai 2005


Face au cauchemar, thérapie ou spectacle ?

Il y a de celà quelques années un livre avait fait parler de lui d'abord par son titre et la dénonciation humaniste de "l'horreur économique" qu'il décrivait. Depuis l'alter-mondialisation s'est saisi de plusieurs médias pour poursuivre la dénonciation. L'horreur n'est pas qu'économique, mais l'économie globalisée actuelle est le théâtre de tous les cauchemars. Qui a t-il de neuf après l'esclavage, la colonisation ? Ah oui l'essor de la chine, elle nous effraie, fait trembler l'industrie du textile et demain les armes et demain ... Mais c'est bien au-delà, c'est une logique en place. Impérialiste aurait dit le Che. Le mot sonne puisqu'il définit un système de valeur en place et qui s'il supporte la contradiction, digère les oppositions ne va pas pour autant changer son fusil d'épaules. A présent qu'en France on s'est habitué au débat permanent pourquoi ne pas continuer et élargir les frontières vers des questions un peu moins franco-gauloises. L'Europe est aussi un modèle moral à construire, puisque les africains crèvent des appétits de tous, Européens, Russes, Chinois au darfour, Le cauchemar de Darwin est une démonstration de ce qu'inéluctablement la globalisation des échanges a institué le modèle de la sélection naturelle aux rapports de force, de commerce, de dépendances entre humains. La question de l'écologie sera traité en bout de chaîne quand on en aura fini avec les modèles actuels.
Parce que des modèles d'économie il en existe plusieurs, à commencer par le bon vieux troc
Au delà de la rareté de Bruno Ventelou et manuel d'anti-économie de Bernard Marris
Sur les multinationales voir aussi Terra economica
A la suite de la réussite de Michael Moore les documentaires ont la côte. Et quand ils sont bien fait, dénonçant de manière construite la globalisation ou mondialisation libéral ou capitalisme règnant, on applaudit.

The yes men Et s'il n'y avait aucune rationalité dans le fonctionnement des instances économiques mondiales ? La réponse par l'absurde est évidemment oui, et ça nous amène à plusieurs constats. Si c'est une logique débile qui mène les affaires du monde, il ne reste plus qu'à aller vers une autre économie. Et c'est possible.
The yes men est une sorte de preuve par l'absurde de l'iniquité du fonctionnement d'organisme comme l'OMC. Non seulement on peut s'y infiltrer sans trop de difficultés, mais ce laboratoire d'idées libérale laisserait passer n'importe quel théorie, et de préférence les pires. b=Voir cette légitimation de l'esclavage en comparaison du système des délocalisations ou comment recycler la merde en Mac Do Par l'absurde les yes men ( béni oui oui) tendent à prouver la nécessité d'un changement de logique économique, et avant tout en se mettant en scène dénoncent les acteurs de l'économie mondiale, incultes et encapsulés dans une logique. Des penseurs, des chercheurs qui de fait ont depuis longtemps cessé de se mettre en question.

The corporation aborde la question de l'entreprise à la manière d'un psy qui se pencherait sur les comportements d'un psychopathe. Génèse et expansion de ces corporations tentaculaires et insatiables sont disséquées, de fait c'est bien la logique générale qui pose problème, la question de la privatisation de la vie elle-même, de l'immersion complète de tous les champs de la vie des individus par l'économique, par le système de pensée merchandisé, de grands trust et corporations. Les effets d'une telle contamination menant assez logiquement à des sautes d'humeur, des rejets soudain de la part des populations quand elle constate effarée qu'elle n'ont plus de prise sur leurs réalités. De fait l'irrationnel et les peurs prennent place dans les habitudes. Après l'appel des indigènes de la République, l'appel sur le racisme anti-blanc, les raisons souvent racistes du vote non chez les extrêmes, il ne manque plus que Sarkozy s'installe à matignon pour qu'on poursuive une politique accrue d'expulsion des sans-papiers et qu'on communautarise un peu plus notre population. Eparpillés et divisés les individus n'auront plus qu'à se tourner vers les grandes et rassurantes multinationales. Amen.

 

par anton abo publié dans : Actualités
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Samedi 7 mai 2005

De l’impérialisme en général et du tourisme en particulier.

Peut-être fallait-il un peu plus d'espoir pour que le fourmillement se fasse plus précis. La phrase seule et tournoyant dans le crâne comme une fièvre vient vous prendre. Peut-être jusqu’à ce jour je n’avais su poser mon âme à mes côtés pour lire un semblant de paix, la frénésie des transports, humeurs et véhicules, les départs toujours à différer, à réfléchir, la crainte de ne jamais parvenir à s’écarter des sentiers tracés, le dépit aussi de ne pas être seul au milieu de ce groupe, tout cela a concouru à faire des premières encablures du voyage une approche digne mais qui au fond, et cela je le souhaite plus que tout autre chose, n’annonce rien d’autre que le rêve à incarner, le défi des sens à relever. Revenir mieux armé car cette jeunesse que je me suis faite est encore par trop indolente, inaccoutumée aux rixes, pas plus que d’autres sans doute, mais ont-ils ces appétits d’envergure, ces regains de passion ?

Je suis né en un temps, en une fin de siècle où tous se disent blasés, où tout est contrefait, le voyage s’est « popularisé » et avec ce terme toute la fausse candeur, le vrai voyeurisme, l’absence d’innocence et l’étroitesse d’esprit se diffusent aux quatre coins de la planète. 1000 européens en partance ne feront pas le centième, ne verront pas une once de ce qu’un siècle plus avant un seul entrevoyait. Ils viennent, tout pétris d’arrogance, assurés déjà de ce qu’ils vont trouver puisqu’on daigne le leur servir sur un plateau, puisqu’on connaît le moindre des stimulus nécessaires à réveiller leurs appétits. D’aventure il ne reste que celle de la devise, bien de consommation courante, perversion complète et endémique qui fausse les rapports comme on gagne en brûlis sur une forêt vierge. Tout s’achète, tout se paye, tout se filme, s’enregistre et peu importe combien coûte le typique, peu importe que le touriste rougeoyant vole les photos, confortablement assis dans son cyclo, à hauteur de visage de ces femmes qui triment balancier à l’épaule dans un quartier miteux sans eau courante, peu importe, ça fera une super diapo, une preuve qu’on y était, et que les miséreux sont restés dans cette boue.

Dorénavant il faut non seulement une volonté de fer (comme toujours) pour triompher de l’anémie des esprits, se dégager de l’étau où l’on nous enserre, où l’on se laisse enserrer. Et ici en Sud-est rien n’est différent de la métropole, il faut résister sans cesse aux évidences que votre candeur inspire, aux poncifs que l’on vous serre, puisque la faune transie et conditionnée des touristes alentours a tout faussé. Là est la première lutte et elle est perte de temps : se démarquer des impies que les charters déversent par grappe, sur un sol déjà conquis dans leurs crânes. Mais que cherchent-ils alors s'ils n’ont plus rien à envier, à critiquer, à mordre ? S’ils ne sont qu’un tombereau d’évidences et de craintes. Ils ne cherchent rien, sinon l’anecdote, le croustillant, l’exotique à bon créneau. En bref tout ce qui nie la vertu et le sens noble. Ils sont un fléau bien plus inquiétant que le palu où la rage, parce qu’ils sont divisibles à foison, multipliables jusqu’à l’écoeurement. Une marée qui ne se fie à aucune lune, qui n’a comme horizon que le mur gris et sale de son absence d’envergure. Par pitié qu’on cesse d’exporter l’imbécillité même noyée sous les devises, c’est un cauchemar insupportable. L’obscure nécessité qui pousse à partir loin de chez soi ne supporte pas qu’on la rabaisse à ce point. Le mystère est allergique aux codes barres.

par abo publié dans : Débats
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