W3C

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0

___________

 

 

               kinékiffé

  • A bittersweet life
  • A bittersweet life
  • Breaking news
  • Breaking news
  • Crying fist
  • Crying fist
  • J'irai au paradis car l'enfer est içi
  • J'irai au paradis car l'enfer est içi
  • La 25éme heure
  • La 25éme heure
  • la sociologie est un sport de combat
  • la sociologie est un sport de combat
  • Le cauchemar de Darwin
  • Le cauchemar de Darwin
  • Le couperet
  • Le couperet
  • Le petit Lieutenant
  • Le petit Lieutenant
  • les mauvais joueurs
  • les mauvais joueurs
  • Max
  • Max
  • Memories of murder
  • Memories of murder
  • Running on karma
  • Running on karma
  • Syriana
  • Syriana








  • Après Citroën et le fracas des carcasses métalliques sur la chaîne hypocrite qui nous la joue "encore un tour", nous les ouvriers on adore écouter du Bach, dépenaillés, en songeant à des mots que plus personne n'utilise et puis, bonnet vissé jusqu'aux oreilles, le nez au vent, les vapeurs de cambouis insinuées dans chaque épaisseur de coton, on court au cinoche pour regarder les autres sur l'écran, en songeant à l'amitié, aux illusions de jeunesse, à la bouffonnerie généralisée des rapports humains, et au maton du ferrage, le jeanjean chef d'équipe qui demain pourrait bien se retrouver une chignole dans la zébrure à réciter son cahier des charges, aux tuméfiés de l'aquarium aussi, les playmobils, chacun sa couleur, bleu et rouge, jaune et bleu, gris pour la maintenance, cravate pour la décadence de la promotion. On y songe et puis on franchit la ligne, les belles portes vitrées de la grande salle, ou le carré soigné de la Arts et essais, et là, silence, recueillement, plus question de bagnole, de fraiseuse ou de soudure à froid, on devient philosophe son petit bonnet tortillé entre les doigts, on se dit que ça a toujours été comme ça, qu'on s'en fout des miteux. Et qu'histoire de faire la peau aux idée reçues, on mangerait bien du polar, du film noir.

Samedi 5 novembre 2005

vendredi, 04 novembre 2005

Sur les confettis de la République, à Mayotte par exemple, il y a aussi un effet Sarko... on connait la parabole de l'effet papillon, battement d'aile de papillon à Neuilly, "il faut nettoyer !" ouragan sur le 9 cube, et douche froide à Maoré, île jouxtant mayotte. Les évènements rapportés ici datent de fin Septembre.
... "la conscience politique ici s'achète à grands sacs de MABAWA (ailes de poulet) et de canettes de coca! Vivent les allocs' et les produits manufacturés! Vive la France!... "On est tous diabétiques, bientôt, mais on ne paiera pas les médocs... youpi! On roulera en belles 'tutures'; enfin, on fera du cul-à-cul pendant des heures sur l'unique route de l'île, et voilà... "Mayotte! Quel dommage... Tout s'éfface sous le béton, les mauvaises herbes disparaissent sous les canettes et les sacs plastiques... les flics remplacent les clandestins... au carrefour ils sont là, en mini-short bleu-marine et grandes chaussettes roulées sur les randjos en toiles... à la place de la petite bouéni (femme) qui vendait des beignets... On dirait que les autorités préfèrent les clandestins qui mendient (ou volent) à ceux qui travaillotent pour vivre un minimum décemment... question de conformité sans doute, élément du sacro-saint respect des cultures... question d'esthétique encore : mieux vaut les amputer quand le bras est pourri que de mettre un plâtre un peu plus tôt et de donner trois comprimés gratuitement... "Aïe aïe aïe... quelle ambiance... Sarko a réussi ses magnigances... Ce matin les femmes du village ont sorti ballets et rateaux de jardinier - de la Mairie! -pour faire le tour du patelin et sortir les enfants de clandestins de l'école, les parents de leur maison... Pourquoi ? Suite à une manifestation de clandestins à Mamoudzou, le bureau du député a été saccagé... bien sûr on ne parle que de ça à la télé sauf peut-être de cette bizarrerie : son portrait et son ordinateur sont restés intacts ! On saura dans quelques jours que le député (MDM, i.e pro Sarko) a lui-même payé les 'bandits' pour 'massacrer' sa permanence!... classique mais pas chic!... ça ne suffit évidemment guère à ceux que ça démangeait pour y voir clair... "Bref, demande-t-on à la barbarie d'ouvrir les yeux? En tout cas elle ouvre sa gueule puante sans honte, ne voit que tout-blanc-tout-noir... et s'excite à la promesse du sang et de la terreur..."

Lire Kashkazi, "le journal des quatre îles de la lune" Ngazidja, Ndzuani, Mwali,
Maoré, sur www.kashkazi.com

Alors que chez haut et Fort la communautés dite "Politique" ou "Débats de société" semblent avoir faite leur la propagande faciste de la droite extrême, libérale, nationaliste, où souverainiste c'est avec l'oeil vitreux que nous cherchons de la pluralité dans l'agora citoyenne. Le terme politique est donc réquisitionné par les démagogues qui s'alarment d'une soi-disant guerre civile, d'une horde de sarrazins venus égorgés leurs filles et compagnes (refrain connu). Navrant, mais il serait trop simple de se contenter d'une névrose à la rose, ces petits goebbels du haut-débit méritent qu'on leur rentre dans le lard, trop simple de les laisser tenir le crachoir. C'est tout le discours politique qui du coup s'en trouve confisquer entre droite, droite extrême, intégrisme général, fin de la nuance. Retour à des relents d'entre deux guerres quand la France s'inventait un facisme à la mode de chez nous. Là, dans ces tribunes ouvertes aux populistes sans vécu la République est en danger, pas dans les rues où des citoyens s'expriment, malheureusement par la violence, mais après tout comme toujours ça a le mérite de relancer les débats. On entend que quelque chose ne va plus, que peut-être la fin de la police de proximité, les coupes dans les budgets sociaux de prévention, dans les progammes de formation, les suppressions pures et simples de postes d'enseignants, la stygmatisation d'une population par des discours extrémistes et démagogiques de la part de ministre aux larges ambitions, l'augmentation des bavures de 37 % depuis le retour de Nicolas Sarkozy à l'intérieur, tout celà s'est ajouté pour l'embrasement. Le 21 avril était un accident dans le sens ou la majorité de ce pays à l'instant du second tour n'avait guère le choix de s'accomoder des idées de la droite. Le problème est dans les conséquences du 21 avril, sous prétexte qu'un parti xénophobe a totalisé 5 millions de voix, (ce qui est énorme mais nous sommes 65 millions) nombre de penseurs à la petite semaine, juste haineux par frustration, déboire personnel, incompétence, bêtise, ignorance, la liste serait longue tant les racistes font plus pitié qu'autre chose, ces névropathes donc se croient autorisés à dire tout et n'importe quoi, à cracher sans avoir réfléchi une demi-seconde, ils confondent musulmans et arabes, France et ancien régime, persuadé que dans un parti politique leurs idées ont plus d'ampleur, petits individus sans courage, ils leur manquait cette meute, cet abri pour se persuader peut-être qu'ils existent et que quelqu'un, quelquepart va les aimer, les soutenir, les comprendre, enfin quelqu'un... français de souche à 25 générations avec consanguinité attesté et cerveau capitonné. Allez un petit proverbe batabwa pour finir, "L'intelligence est un fruit qui se ramasse dans le jardin du voisin." ou mieux un proverbe Malinké : "Tu finiras par aimer celui qui t'auras bousculé pour te faire avancer."

 

 

14:42 Publié dans Les lettres du doc | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

par abo publié dans : Edito
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 28 octobre 2005

vendredi, 28 octobre 2005

medium_picture4.jpgIl a fait pas mal beau hier. Je venais tout juste d'acheter mon pain, le pharmacien de la place qui est gentil comme un dealer à la rentrée étudiante conseillait une cohorte de vieux sur la nécessité de se faire vacciner contre la grippe, d'acheter du Tamiflu en cagette de 100, et d'arrêter de fréquenter des poules qui connaissent des migrateurs, c'est que même chez les bêtes à plume tout ce qui voyage a mauvaise réputation, allez savoir pourquoi y'aurait des oiseaux voleurs de poules qui se soignent à l'anisette et jouent de la guitare debout jusqu'à pas d'heure...
Moi je dis que le meilleur moyen de pas chopper ce gros rhume qui tue c'est encore de garder le sourire. Je traverse l'hiver sans m'en faire, je me fais un peu chier c'est sur mais y'a toujours de l'animation... hier je suis tomber sur un chantier de décontamination de dioxine, en tant que voisin hein, vu que l'ancienne décharge je la connaissais bien pour y avoir appris à tirer à la 22 sur les rats. Et ben vla ti pas que débarque une bande de scientifiques chevelus attifés comme des apiculteurs du dimanche, on aurait dit l'équipe cousteau qui planquait des méduses. On a causé un moment vu qu'ils en connaissaient un rayon sur les danger de la prolifération, la pandémie et tout le toutim, mais bon faut quand même voir que des métiers de fainéants qui coupent les cheveux en quatre y'a qu'à se baisser pour en trouver. Quand je pense que la vache folle c'est la faute aux indiens qui jettent tout dans le gange. D'ailleurs après avoir fait trembler l'europe toute entière on en est où du fléau ? 9 morts Respect pour les familles mais on nous a gentiment chatouiller la paranoia pour pas grand chose alors, au moins on est sur que les vaches mangent plus de vaches...
Et les porcs?  Dès qu'on met le nez dans ces histoires on va vers la une gentille angoisse du 20 heure, entre deux cyclones, trois où quatre guerres, quelques milliers d'immigrants qui se jettent sur les barbelés de l'Europe. On se demande si ça laisse du temps aux chômeurs pour penser à leurs petits soucis... Ca me rappelle l'histoire d'un collègue qui s'était acheté une encyclopédie médicale pour se détendre après le boulot, il a fini plus hypocondriaque qu'un Druker à poil long, je crois même qu'il en est mort avant d'arriver au chapitre des virus mutant...
Le plus drôle dans tout ça c'est qu'en Afrique ils ont beau gueuler, les labos pharmaceutique bougeront pas le petit doigt pour quelques millions de morts du SIDA à venir, femmes, enfants et tout et tout ... Un conseil amis Africains faites mine d'abattre quelques centaines de poules avec un peu de chance tout ce beau monde qui contrôle les brevets et organisent la pénurie finira bien par se retourner sur vous, s'ils arrivent à lever le nez de leurs dividendes...

17:17 Publié dans La retraite à Paulo | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

par abo publié dans : Edito
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 12 octobre 2005
medium_the_machinist.4.jpg

 

"Ce livre n'est pas seulement une insomnie, c'est aussi un voyage. L'insomnie appartient à qui a écrit le livre, le voyage à qui l'a fait." Antonio Tabucchi.
Je me suis verouillé à une machine expresso pour expérimenter l'insomnie sur plusieurs semaines. A quoi bon, me direz-vous ? A quoi bon mettre à mal un si précieux équilibre de veille et repos qui jusqu'alors me gardait pied vif et oeil alerte. A quoi bon des litres de café pour des pupilles en dilatation permanente, un esprit s'embrumant à mesure que je m'excite au clavier, peut-être pour les déphasages à la mesure du surprenant quotidien... C'est la vision de "The machinist" de Brad Anderson qui m'a jeté dans ces travers expérimentaux, dont je suis coutumier ( souvenirs de peyotl à la vision de "Blueberry" et "La forêt d'émeraude", Pastaga pour la rétrospective Jean-Marie Poiré à Sète et autre Marijeanne pour "Country man") Session 9 son précédent film approchait la question de la schizophrénie sur le versant homicide sanglant dans un ancien hopital psychiatrique désaffecté, flippant mais assez prévisible et brouillon. "The machinist" creuse le sillon du trouble de la personnalité avec un Christian Bale, habité par son rôle et qui au delà de la performance physique, parvient à vaciller à l'infini, maigre comme la mort, ouvrier en voie de disparition accroché au fil de ses souvenirs par quelques post-it sur un frigo. Hagard, regard vide, il erre sans but, juste la paranoîa pour tenir. Il est cette machine à vivre dont la conscience semble s'en être allé avec les derniers réflexes élémentaires de survie. Il ne dort plus, la frontière entre lui et le monde tient dans l'épaisseur d'un papier à cigarette, mais il est loin d'avoir la force de déchirer ce voile qui dissimule l'essentiel. Le sujet est creusé, lentement, surement, jusqu'au malaise. L'insomnie n'est peut-être qu'un symptôme alors, ou la chance d'ouvrir un autre champ de perception. "Fight club" de David Fincher d'après le roman de Palaniuk s'entame sur la même constatation, le héros ne dort plus, et comme Alice il traverse le miroir, "Fight Club" n'est pas un fim de résistance altermondialiste où une bande de nihilistes mettraient à bas la société de consommation et ses vitrines, comme pour "The machinist" c'est la mise en scène réelle d'une guérison à l'oeuvre, le machiniste va jusqu'à se réduire à l'essentiel, réduire son monde en peau de chagrin, devenir une enveloppe pour atteindre à l'essentiel, à la réponse. Tyler Durden, lui, détruit en lui, autour de lui, jusqu'à ce que la chute de ce monde, de ces tours sur l'échiquier change la donne du schéma où il est enfermé et l'amène à renaître du chaos qu'il aura crée. Guérison à l'oeuvre, lutte en chantier à l'intérieur d'un être, la figure du double est l'une des plus mythique de l'humanité, elle fascine et effraie à l'extrême, c'est en quelques sorte l'ABC de l'étrangeté cette image d'un double, Faust, le Horla, les frères Bogdanov, rien au fond n'est plus frappant visuellement que l'Autre héros, le Mister Hyde du docteur Jeckyll, le Gainsbarre du Gainsbourg a condition que le traitement qui en est fait ne soit pas purement manichéen.
Mais si la figure du double en cinéma continue d'être utilisée sur son versant psycho-pathologique dans une production contemporaine anglo-saxonne détaillant nos sociétés schizos, bousculées où des individus en perdition, s'inventent des repères tangents. Le double ouvre aussi au politique et au spirituel, "Mr Klein" de Joseph Losey et "Nocturne Indien" d'Alain Corneau sont encore à la lisière de l'insomnie et du dédoublement énigmatique. Dans "Mr Klein" c'est un grain de sable dans la machine qui va tout bouleverser, un journal reçu à la mauvaise adresse pour mettre un doigt dans la mécanique bien huilée de la collaboration et des rafles. Mr Klein, comme un héros de Kafka pose des questions bien plus vastes que son petit destin de bourgeois contraint à s'impliquer ne pourrait le laisser croire. Cet autre Mr Klein que tout le monde semble poursuivre, cet homme pourchassé, en danger permanent finira par offrir un destin à son double, ce Mr tout le monde qui délaisse ses attributs de lâcheté et d'immobilisme, sacrifiera son petit instint de conservation pour aller jusqu'au sacrifice et la déportation. C'est la question de la responsabilité anonyme qu'interroge Losey. Chacun préservant son petit "quant à soi" laisse faire, fait mine de ne pas remarquer les rafles, la disparition d'un voisin, d'un collègue. Delon, impeccable en Klein, finit par se laisser prendre par le courant, pour se fondre dans ce tout indistinct des déportés et leur donner un visage. Je suis cet autre, je suis mon double.

Idem, pour "Nocturne Indien" adaptation du roman éponyme de Tabucchi où un homme parti à la recherche d'un ami disparu en Inde finit par se trouver lui même au bout d'un lent voyage halluciné. Corneau parvient grâce à une grande maîtrise à maintenir le rythme lent du livre, sorte de récit de voyage qui n'en serait pas un. Puissance évocatrice, étrangeté, ce qui importe dans cette quête d'un ami hypothétique, en de nombreux point semblable au narrateur, c'est que le héros, J.H Anglade, semble lui même transparent, d'une fadeur taoiste, parfait voyageur dès lors pour souligner la dureté et l'étrangeté des lieux qu'il traverse. Jeu de piste spirituel entre un homme et son double dérobé. Où on se demande qui au fond s'est vraiment perdu. "... Ne crois pas. Ne cherche pas. Tout est occulte." Fernando Pessoa, maître des personnalités multiples est évoqué et Tabucchi qui en est un grand lecteur dans la droite ligne de ces quelques mots interroge au fond le processus de l'écriture, de création lui même. Qui écrit ? Qui filme ? la véritable intrigue est là dans ce questionnement inutile. On ne pourra jamais qu'évoquer la figure du double, elle est avant tout une ouverture sur la question de l'être, question hautement spirituelle de l'ordre du "Qui sommes-nous ? Ou allons-nous ? Vous reprendrez un café ?" à laquelle l'humanité s'efforce de répondre manière comme une autre de passer le temps qu'il lui reste.
par abo publié dans : mandjaro.le-journal
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Jeudi 22 septembre 2005


L'auteur est devant la vague, tout petit, presque invisible mais nous le voyons, (l'image vaut ce qu'elle vaut mais pour qui connait la sensation du mur d'eau qui vous course, l'urgence du moment, cette peur là est assez proche au fond de la difficulté d'écrire, de tenir une histoire de bout en bout, toujours en surface, sans sombrer, sans se précipiter, à l'instinct et en rigueur.) Tant qu'il écrit il ne faut pas qu'il se retourne, le mur d'eau le talonne. Démesuré ? Machoires implacables et bouillon qui vont l'emporter. Minuscule ? Quasi invisible, un glacis, et c'est que le livre sera tombé dans l'oubli, mort-né, promis au pilon. Un bouquin qui fait se lever la vague, est un bouquin réussi. c'est aussi simple que celà.
Parce qu'il faudrait écrire à chaque fois aux auteurs après une lecture marquante, après le choc ou l'inertie de les avoir lu. Parce qu'ils en ont besoin de ce surcroît, de ce coup d'oeil pour leur expliquer un peu de ce qu'ils ont tenté de nous dire. L'indifférence, l'envie, l'amitié que nous lecteurs tenons pour leurs personnages embarqués ou paumés, la méprise où ils se tiennent aussi en croyant que travailler la matière, la rendre malléable, faire des actes d'un quidam une réalité tangible, évocatrice au moins est sans danger.

Il y a dans les bouquins de Benacquista une véracité qui transpire, comme s'il cherchait à nous persuader de sa prise au réel, de son ancrage dans le quotidien. Je pense le contraire même si le quatrième de couverture insiste sur les petits métiers de l'auteur, ouais il a vécu le gars, baroudé même et tel un Conrad urbain, affrontant les milieux mondains il a ramené de la tranche de vie, du vrai, du décor à la Trauner, pourquoi pas du roman social... non franchement c'est autrechose, cet auteur là rêve d'aller vers de l'éthéré, de la fluidité romantique, loin de la comédie de moeurs, il s'intéresse à l'intime, aime ses personnages, et plus encore se délecte de la fiction.
Pour "Sur mes lèvres" et "De battre mon coeur s'est arrêté" Scénario et adaptation de Benacquista, Jacques Audiard l'a bien saisi d'ailleurs ce minimalisme : au plus prêt des visages, dans leurs souffles, caméra scotchée, focale épousant le chemin de personnages qui dans l'urgence ne voient jamais loin, tentent avant tout de s'en sortir, pour qu'au final enfin la caméra prenne du champ, les laisse respirer, grandir hors-champ. Elle est là la morale de Benacquista, au bout de l'histoire, à la dernière page, les personnages sont libérés, inutile d'imaginer une suite. La vie reprend son cour. Un point c'est tout.
Dans "Malavita" il y a de celà, cette urgence, cette réalité qui colle aux semelles, le parrain seul condamné pour plusieurs vies à l'enfermement prend son temps, savoure, et on croirait retrouver les boss des "Affranchis" de Scorcese mitonnant leurs petits plats, pépères derrière les barreaux. Chez Benacquista c'est ainsi les personnages louchent en permanence vers un écran de cinéma.
Et au milieu de "Malavita" il y cette zone de transit, cet épisode en un chapitre qui fait toute l'histoire et résume tout le style de Benacquista, toute sa petite entreprise, un chapitre, le 5, comme un axe autour duquel le roman tourne, l'axe et son rebondissement que nous ne révèlerons pas ici. Mais pour un bon mot, le fil rouge sera un journal de lycée traversant l'Atlantique, passant entre toute les mains, un fils s'adresse à son père à quelques milliers de mètres d'altitude. Entre un passé qui s'apprête à rattraper cette famille d'italo-américain repentie réfugiée en Normandie, le présent qui taraude un jeune couple, et ces solitudes en ballade dans les aéroports internationaux, l'auteur par ce chapitre "goutte d'eau" va libérer son histoire et offrir de grandes pages d'émotion qui à elles seules rendent ce "Malavita" incontournable. Probablement le meilleur roman de Tonino Benacquista en bonification permanente. Respect. Belle vague.
PS: Deux très bons articles de l'express détaillent l'histoire et la biographie de l'auteur.

par abo publié dans : mandjaro.le-journal
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 7 septembre 2005


medium_madadayo.jpg A Tokyo en 1943 le professeur Hyakken Uchida prend sa retraite de l'université pour se consacrer à l'écriture. Le vieux libertaire, ses disciples, sa femme dévouée, son chat, donnent à Kurosawa l'occasion de signer son film le plus léger, une forme de testament, d'ode à la vie. Philosophe de l'ironie dans une période de guerre, le maître toujours vénéré fait face à l'adversité, à la perte de sa maison, retranché sur l'essentiel, ceux qui l'aiment, une pensée acerbe, les vers de quelques poètes célébrant la nature. La disparition de son chat va seule le jeter dans un affreux désespoir. Mais encore et toujours avec tendresse Kurosawa dépeint le maître vieillissant dont on célèbre l'anniversaire en grand comité chaque année, occasion de s'entendre demander, "mahda-kai", que l'on traduira par un "étes-vous prêt ?" assez proche du "loup y es-tu ?" des jeux de cache-cache, auquel le maître répond inlassablement "Madadayo" "non, pas encore", ce "pas encore" du grand gamin qui refuse de vieillir et de cèder face à la mort qui patiente au bout du chemin. En temps de guerre et de perdition générale, alors que l'humiliation de la défaite et de l'occupation est à la mesure de la démesure faciste du japon expansionniste, le vieux professeur symbolise ce Japon de la constance, dans la simplicité et l'innocence, loin des parti pris, c'est cette même émotion que dans "Rhapsodie en Août" qui explorait la question de la culpabilité et du pardon entre les 2 ennemis d'hier japonais et américain. Ce film fut le dernier d'Akira Kurosawa, ultime pied de nez et petit joyau de légèreté. Cette année un autre film est venu pour confirmer que la veine aérienne nipponne n'était pas close, loin de là. The taste of tea d'Ishii Katsuhito est à l'image de ces maisons japonaises à l'ancienne, une succession de grandes pièces nues ouvertes sur le dehors. Et dans l'intimité d'une famille de joyeux allumés, entre lenteur et poésie permanente, la mère créant ses mangas, le père et l'hypnose, l'adolescent et ses amours progressifs, on s'attache au vieux pépé totalement déjanté, et à la petite dernière s'essayant à la métaphysique face à son double envahissant. medium_16389436149a2a5fcba0badec013bc57.jpg El Fernando ne s'étalera pas, parce que d'autre ont déjà parlé (et très bien) de ce petit chef d'oeuvre. Tout ce qu'il y aurait à en dire c'est que pour la première fois comme dans l'espace d'un haïku ramassé, un film ouvre une brèche sur la magie de la création elle même, et si on pouvait craindre que toute cette alliance hétéroclite, d'univers, de mondes intérieurs, de folie douce fasse "fondre le cerveau", c'est au final une aussi belle leçon qui nous est donné que celle du vieux maitre de Madadayo, une ode à la liberté traité par le composite, les effets spéciaux, la musique, les mangas, la danse, toutes ces formes qui finissent par s'allier parfaitement et former un tout cohérent et unique. Comme il en est de cette famille dans cette maison ouverte, alliance improbable de personnalités pleines et complexes sous le regard du doyen à l'oeil aiguisé. De la pudeur, de l'excès, bref de quoi nous tenir sans climax, sans manipulation scénaristique. S'il vous arrive de vous figer des heures face à une toile de Van Gogh ce film vous tiendra longtemps.

Mahda kaï ?

 
par anton abo publié dans : Chroniques
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Dimanche 31 juillet 2005

Hommage ?

Hommage à Michel Butel. L’autre Journal un terreau et déjà il y a de cela 15 ans bientôt, une véritable expérience, presque l’ultime d'une presse vivante, du rôle exact que doit jouer un journal, mensuel sachant prendre le temps de la réflexion, sachant aller au bout de ses opinions.

par anton abo publié dans : Actualités
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mercredi 6 juillet 2005

medium_nora-lan_004.4.jpgMaison de chômeur, du type "A la Tom Sawyer", France 2005.

"[...] Aussi, je ne peux m’empêcher de soupçonner ceux qui plaident en faveur d’une réforme du marché du travail soit de s’avancer masqués, soit de rouler inconsciemment pour le compte d’autres, plus radicaux, dont le véritable objectif n’est pas de réformer le marché du travail, mais d’en finir avec le droit du travail."par Denis Clerc in Alternatives économiques.


Dans les temps de doute, de crise, d'occupation... la france revient à ses bonnes habitudes, à ses vieux démons diraient certains. Elles bouc-émissairise, néologisme qui mériterait d'être plus lisible tant son usage est en passe de devenir une véritable posture réflexe. Un problème avec l'Europe, c'est le plombier polonais, le turc fourbe. Un problème avec les JO ? C'est l'Anglais, l'apôtre de la malbouffe qui veut nous chasser du paradis du sport-business. Un problème de croissance et c'est du coté du chômeur qu'on va chercher la cause. Les habitudes Françaises sont impressionnantes de persistance. Ainsi nous sommes dans l'an I de l'ère Dominique de Mie de pain, les chômeurs vont donc attaquer le pain noir pour solutionner tout ce qui ne marche pas et le reste. Denis Clerc dans son article souligne combien tous ces projets de Contrat Nouvel Embauche sont hasardeux et sans doute promis à l'échec, mais au-delà de ces questions de choix politique, il faut se pencher sur ce qui arrive sur le terrain, y mettre le nez. Hier pour exemple, entre ANPE locale et ASSEDIC, larmes et crise de nerf, une jeune fille qui pour une question de suivi de courrier se retrouve dans la panade sans indemnités, des dossiers réexaminés après quatre mois de recherche intensive et infructueuse où on vous annonce que vous n'en avez pas fait assez, cad vous auriez du prendre n'importe quel boulot et oublier de penser à long terme. Donc la question pour les chômeurs est désormais une question de survie, rien ne l'indique, mais tous y pense, et si l'allocation chômage finissait par disparaître ? Des conseillers à qui on en demande plus que jamais, des chômeurs sur qui la pression déjà grande pèse un peu plus, la réforme du Pare a poussé nombre d'entre eux vers le RMI, dont rappelons-le le nombre de bénéficiaire est passé de 7000.000 à plus d'un million de 1994 à 2004, + 80.000 rien que pour l'année 2004. Entre persuasion, stigmatisation, menace de radiation il est de plus en plus difficile de chercher un emploi sans se sentir oppressé. Et la situation de demandeur nécessite de la sérénité, pour rester crédible, ne pas se disperser, continuer de croire en ses chances après des années. Du côté des employés de l'ANPE c'est assez simple on leur demande désormais de remplir les fonctions de recruteur, type gestion de ressources humaines, mais surtout de faire le tampon social : assistance, aide médico-psychologique bientôt, c'est à peu près ce que l'on demande aux profs, tenir, face à des réalités qui se délitent, des cas de plus en plus difficiles, et des situations où tout se conjuguent : endettement, chômage, logement insalubre. L'effet boule de neige en quelque sorte. La priorité serait donc de cesser de stigmatiser une frange de la population qui tente avant tout de s'en sortir, pour les soutenir, eux dont l'exemple sert en permanence de menace sourde: "Ca peut vous arriver, du jour au lendemain, une fermeture d'usine, un manque de chance, un manque de zèle... et vous devenez un des leurs, dans la longue colonne anonyme des invisibles."

........................................................Petite contribution supplémentaire..............

Cette vague copie du logo pepsi coûte 2.5 million d'euros

De récents travaux tendent à prouver qu'aux alentours du 21ème siècle, probablement au début... il existait une catégorie de personnes, citoyens, au sens de l'époque, qui, privés de travail, se voyaient généralement contraints à supporter les ricanements de leur contemporains, traités de "fainéants", soumis au "quand on veut on peut...", après plusieurs lois visant à forcer les fainéants à se mettre au boulot, les récalcitrants finirent par être échangés contre des plus motivés, peu onéreux, et dont on avait la garantie qu'il ne saurait pas lire leurs contrats de travail ni hausser le ton. Dominique de Mie de Pain, président du conseil de l'époque l'avait bien précisé : les vacances étaient fini, alors à tous ceux qui "profitaient du système", préfèrant les produits de la banque alimentaire où des restos du coeurs aux tête de gondole de chez Carrouf, c'en était fini des beaux jours, il allait falloir s'y mettre et participer à l'effort de guerre du pays contre... (contre quoi au juste?) N'importe quel boulot pour 700 euros par mois ! "Un travail précaire vaut mieux que pas de travail du tout ! entendait-on chez les têtes pensantes du Medef. Au 20éme siècle siècle les mêmes soutenaient qu'en dessous des 60 heures de travail hebdomadaire l'ouvrier peinait à s'épanouir, que le travail à la mine à 14 ans formait la jeunesse.

Ouvriers Qualifiés de Nestlé apprenant dans la joie leur prochaine délocalisation.


Coup de grisou pour les précaires, à présent que les sociologues ont défini la classe des "travailleurs pauvres" y'a plus qu'à foncer ! Les chinois le font, pourquoi pas nous ? Ce nivellement par le bas de la valeur travail marque l'avènement d'une nouvelle ère, une forme de STO va s'instituer, travail obligatoire pour les sur-diplômés ne trouvant aucun débouché, CDI lentement transformé en CDD avec des périodes d'essai s'étalant sur 2 ans, ce qui signifie, puisque la précarité n'est pas qu'un mot, une mise sous tension permanente chaque jour de la vie de l'employé, l'absence totale de confiance dans le lendemain. La peur en somme, cette même peur dont Paul Virillo a bien défini le rôle dans la contrainte sociale et de contrôle. Ce qui pour les économistes produit un émoussement de la consommation, pour les salariés un déclin de leur santé, une dépendance plus grande à tout type de drogue permettant de tenir (anti-dépresseur, alcool, télévision). Pour ce qui concerne le logement, désormais que les propriétaires exigent de multiples garanties, le CDI précarité ne permettra pas de trouver des cautionnaires. S'ajoutant à la longue cohorte d'intérimaires habitués au ballotage de leurs droits, traités comme des pions on en sera bientôt rendu à reconsidérer la valeur boulot comme une valeur dépassée.
Message d'espoir du type "Positive attitude" par des locataires précaires
par abo publié dans : Edito
ajouter un commentaire commentaires (4)    créer un trackback recommander
Lundi 4 juillet 2005

 



Personne n’aurait parié sur moi, personne ne parie sur l’invisible en fait, ni sur l’inachevé.

Et pourtant c’est exactement ce qu’il conviendrait de faire, s’éveiller à ce qui est en germe, ne pas juger simplement d’un coup d’œil, ne pas flatter ce qui déjà est achevé, celui qui a trouvé son rythme, son chemin, sa verve. Non, il faut s’arrêter sur les médiocres, les étouffés, les introvertis. Ceux qui se cherchent encore, tâtonnent. Ceux qui par leur discrétion savent se rendre plus visible en un sens. C’est probablement en s’effaçant qu’on va vers la reconnaissance. C’est le plus sûrement une forme désaxée de patience. Mais les blogs ont le temps devant eux.

 

par anton abo publié dans : Chroniques
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 1 juillet 2005

Dieudonné est-il vraiment anti-breton, anti-sémite, anti-fatwa ? Est-il cet adepte de la négritude figé dans une posture de victime et qui s'en va chercher des boucs émissaires sionnistes comme on nous le décrit à longueur de pages , d'hebdo, de chroniques, de petits mots lâchés de-ci de-là sur les plateaux télés par des adeptes de la staritude et du parisiannisme bon ton.
Peut-on rire aujourd'hui malgré les tensions? Peut-on parler de la situation en Israël sans qu'on nous reserve en permanence les appartenances religieuses

Dieudonné est-il exempt d'ambiguités ? Si l'on regarde attentivement ses derniers spectacles : "Le divorce dePatrick" et ""Je m'excuse" il attaque frontalement toutes les religions, plus exactement leur sectarisme, leur virus si l'on peut dire qui finit tôt ou tard par les conduire à fabriquer de l'exclusion. Sa quasi obsession: le communautarisme est une plaie. La france qui se gargarise d'être la nation Universaliste n'a rien fait pour l'heure pour remédier aux discriminations.

Dieudonné critique la sacro-sainte posture française qui à toute question répond : révolution française monsieur, esprit des lumières. sans jamais préciser que la traite négrière a enrichi ce pays. Que la france n'a pas quoi qu'on en dise cesser son néo-colonialisme, quelques frémissements heureusement:  la situation s'améliore en Nouvelle-Calédonie. Flosse aurait a priori lâcher un peu de lest en Polynésie.
Voir à ce sujet le dossier Afrique de Rezo. net

Mais Dieudo reste confus dans ses provocations et la confusion ouvre des gouffres, laisse le champ libre à toutes les interprétations, à toutes les projections. Peut-être est-ce ce qu'il cherche...

par anton abo publié dans : Débats
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Mardi 28 juin 2005

8La crainte des Bretons apparaît à l'évocation de l'Ankou, en breton 'Anken' signifie chagrin, 'Ankoun' oubli. Personnage clef des légendes bretonnes, l'Ankou est la personnification et l'artisan de la mort. (oberour ar maro)


A l'aube en sueur agité, cavalant du lit à l'entrée, horizon chétif de mes 10m2. Tout juste éveillé de ma nuit interrompue, maudissant le sommeil et les horreurs couvées. Les cauchemars sont les rêves qui ne vous calment pas.
Tout avait concouru à rendre cette nuit plus interminable que les autres. Vers deux heures du matin, j'avais fini par m'endormir, fuyant les you-you acides d'une tristesse insupportable. Mélopée de femmes tournoyant plusieurs minutes dans la rue vide, répétition inlassable et stridente de chants berbères pour m'annoncer la nouvelle de sa disparition. Au matin mes muscles s'en ressentaient encore, tendus et secs, douloureux.
Le rêve s'engage dans un souterrain, entre les couloirs sombres et humides d'une fosse, devant moi, des galeries voûtées, de larges et hautes fresques couvrent les parois, des tableaux de massacre peints de couleur vives, le rouge domine mais je ne remarque qu'un couleur fauve se diffusant alentours. Toutes mes sensations se sont soumises au poids de ce brouillard cramoisi. L'histoire est écrite dans le sang, des hommes aux traits déformés par la rage s'entretuent à l'abri de venelles noirâtres, sous la cloche d'un ciel gorgé d'eau. La St-Barthélémy où la fièvre des tortures de l'inquisition, partout ce n'est que représentation vivante de la terreur. Les yeux d'un cavalier au pic ensanglanté tombent sur moi sans une hésitation, je m'attends à ce qu'il descende de cheval et pointe sa gâche vers mon torse, mais l'image reste fixe, l'acier des armes scintille. Plus loin, fasciné, courbé ridiculement, incapable du moindre mouvement, j'observe qui éventre et découpe des membres, qui jette ses forces pour tuer. D'autres lances percent des flancs, partout des plaies béantes, des peaux violacées happent le regard et vous entraînent. Dans le tunnel je ne peux que continuer, poursuivre mon chemin, sans me soucier de ce coeur qui bat à tout rompre. Le ciel est sans lumière, je pénètre une salle plus haute, et plus impressionnante encore. Nombres de tréteaux sont disposés au petit bonheur, j'y découvre des pièces grossières de bois sculptés, figures humaines, têtes et bras, de longues jambes filiforme. Des silhouettes s'activent au-dessus de cet étalage macabre, des hommes vêtus de large bure, la tête encapuchonnée. Dans l'immédiat je ne vois que leurs mains nues disposant de fines lamelles de chair à la tête de chaque effigie de bois, certains s'agenouillent devant l'alignement. a défaut de fuir où de me cacher, je subis de front l'activité de ces cuisines, les lambeaux de cadavres s'alignent, une étrange hilarité m'envahit, grignotant mes restes de sang-froid. Pris d'un fou rire grotesque je hurle soudain, pointant le doigt vers chacun d'eux, je les insulte : ils n'honorent pas les corps des défunts mais du bois mort. Ils se trompent ! Ils se mentent ! La chair, les os, nos eaux, notre sang, tout celà pèse infiniment plus lourd qu'une piècede bois mort. Nul ne me prête attention. aucun ne se détourne ou n'interrompt son office. Ils sont imperturbables. Mais l'un d'entre eux, drapé de noir et qui se tenait à l'écart feignant l'immobilité, vient de bondir sans frein. Il m'empoigne. Nous commençons à nous battre, mais d'une manière si lente, si figée, que chaque geste se décompose et m'apparaît par flash. Je vois venir les coups avant qu'ils ne m'atteignent. Je sais combien la douleur sera vive mais ce n'est guère suffisant pour m'en défaire, la lucidité ne préserve pas du réel. Petit à petit, la lutte glisse vers un corps à corps , nous nous saisissons au visage. mes doigts cherchent sa face, j'explore avec violence, tire sur un bout de chair, sous l'action décomposée les visages se déforment comme s'ils étaient fait d'une matière malléable, ils s'affaissent, comme une chaude patte à modeler. C'est un combat que je ne peux pas perdre, que je ne dois pas perdre. L'enjeu en est, me semble t-il, démesuré. La lutte se poursuit indéfiniment, infiniment, entre nos doigts qui tiraillent et s'agrippent, tout notre hargne s'incarne. Trouver une prise et ne plus la lâcher, se suspendre de tout son poids, s'il le faut. Mon index soudain s'enfonce profondément, un liquide chaud s'écoule de l'orbite, de jointure en jointure. Dans un hurlement démesuré je le repousse de toute mes forces. Un borgne. Il n'émet pas une plainte et revient à la charge, le combat n'en finit pas, il a cédé pourtant, a même manqué de s'effondrer.
Je m'éveille en sursaut, sans souffle, alors même qu'arc-bouté c'est lui qui me fait plier. Je palpe les draps pour me rassurer. J'étais revenu, cette angoisse qui depuis des jours me poursuivait invisible, passant comme une traînée de poudre, cette chimère portée par un cauchemar fit rendre l'âme à me boyaux. Le borgne avait pris forme concrète, son fiel s'était correctement écoulé dans mes rêves jusqu'à l'abject. Au delà du seul dégôut inspiré par son teint bleui de cadavre, la peur lui avait petit à petit construit une réalité.
L'opacité est obsédante, que dire aux personnages qui vous inquiètent jusqu'à vous pousser dans vos derniers retranchements ? Comment leur dire quand il ne s'agit que s'adresser au vide ? Il me falllut des jours pour me remettre de ce cauchemar, j'essayais bien de me raisonner mais c'était inutile les images s'étaient calquées sur ma rétine. Voûté, cerné dans l'atmosphère obsédante de catacombes de bazaar, le souvenir de la lutte restait le plus tenace, et dans cette fin qui n'en était pas une tout laissait craindre que ce borgne revienne pour terminer le combat. Combien fut longue cette minute, cet instant où l'on suffoque, combien l'oppression qui n'est qu'un mot porte en elle l'avant-goût silencieux de la mort. On étouffe, on est là, enterré vivant, bien vivant mais privé d'une fonction primordiale, à peine soi-même, tout ce qui nous reste d'humain n'est que douleur. Et quand l'air revient on fait plus de bruit qu'un cargo rugissant, les poumons absorbant tout l'air de la pièce. Quand pourrais-je me permettre d'éprouver un sentiment libéré que la mystification de la rage ne couvre pas ? (à suivre dans Journal 333.)  

par abo publié dans : Inédits
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

.


Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Au suivant

Cliquez ici pour recommander ce blog

Recherche

Album photos

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus